Procès OGM en Belgique : un déni de démocratie

Durée de lecture : 4 minutes

21 février 2013 / Fondation Sciences Citoyennes



La plantation d’OGM étaient illégales. Des faucheurs l’arrachent. Ce sont les faucheurs qui sont condamnés...


La Fondation Sciences Citoyennes s’insurge contre la condamnation, le
mardi 12 février 2013, par le tribunal de Termonde (Belgique) de onze
membres du Field Liberation Movement pour avoir participé à une action
non violente contre l’expérimentation plein champ d’une variété de
pommes de terre OGM.

Pour dénoncer l’expérimentation plein champ d’une variété de pommes
de terre OGM au mépris du principe de précaution, plusieurs centaines
de militants avaient choisi, le 29 mai 2011 à Wetteren (Belgique), de
remplacer des tubercules génétiquement modifiées par des variétés
conventionnelles et biologiques. Cela leur a valu une citation directe
du parquet et les institutions menant l’essai ont choisi de porter
cette affaire devant les tribunaux.

Trois experts du Conseil de biosécurité belge avaient donné un avis
négatif pour ledit essai faisant valoir les risques environnementaux
induits. En août 2012, le tribunal de Gand avait par ailleurs jugé que
l’autorisation de l’essai était illégale suite au manque de
motivations de la part des ministres compétents pour n’avoir pas tenu
compte des oppositions publiques, ni des avis quoique minoritaires des
experts du Conseil de biosécurité.

Cela n’a pas empêché le tribunal correctionnel de Termonde de
prononcer, à l’encontre des militants, des peines qui laissent pantois
 : deux condamnations à des peines de 8 mois ferme, trois condamnations
à 6 mois ferme et cinq condamnations à 6 mois avec sursis.

La lourdeur de ces peines s’explique par le fait que les inculpés ont été
accusés, et reconnus coupables, d’« association de malfaiteurs », un
chef d’accusation qui, en Belgique, permet désormais la répression de
tout mouvement de contestation politique, même non violent.

La juge a d’ailleurs, lors du procès qui s’est tenu le 15 janvier dernier, argué
de ce que seuls « les faits » comptaient pour refuser d’entendre les
témoins de la défense qui allaient affirmer le sens et la légitimité
de l’action. Les droits de la défense étant piétinés, les accusés
et leurs avocats ont quitté la salle et le procès s’est poursuivi sans
eux.

Symbole de ce déni de l’action militante, la condamnation à 6 mois
ferme de la chercheuse Barbara Van Dyck pour avoir répondu à la
presse.

S’exprimer à l’encontre des OGM deviendrait criminel.

Pendant ce temps, l’Institut pour la recherche en agriculture et pêche
(ILVO), l’Institut flamand pour la biotechnologie (VIB), l’Université
de Gand et la Haute-Ecole de Gand se frottent les mains par
l’intermédiaire de leur avocat : "Nous sommes satisfaits du jugement",
se réjouit Me Vandenbussche.

Les chantres des OGM, d’une recherche
aveuglée et irresponsable, indifférents aux conséquences sanitaires,
environnementales et socio-économiques inhérentes à leurs cultures,
peuvent en effet être satisfaits du soutien que leur apporte la justice
belge contre l’action de désobéissance civile du mois de mai 2011.

Seul bémol, BASF, commanditaire de l’essai de Wetteren, a annoncé, ce
29 janvier, abandonner le développement de ses pommes de terre
génétiquement modifiées.

Les accusés se sont bien évidemment opposés à ce jugement inique et
attendent un nouveau procès respectant, cette fois, les droits de la
défense.

Les consommateurs à travers chaque sondage effectué sur cette
question montrent leur défiance voire leur hostilité vis-à-vis des
Plantes Génétiquement Modifiées (PGM).

Comment ne pas leur donner
raison lorsqu’on constate le déni de démocratie mais aussi le mépris
du principe de précaution qui marquent le développement de cette
technologie, la carence et l’opacité de l’évaluation dont elle fait
l’objet, et l’absence totale de garantie quant à leur innocuité, comme
l’a montré récemment l’ « Affaire Séralini » ?

L’intérêt même de ces plantes n’est toujours pas fondé (sauf pour
les actionnaires des géants de l’agroalimentaire qui produisent ces
semences). Pire encore, il est constaté une utilisation accrue de
pesticides - alors que le contraire nous était promis - ou le
développement de résistances par la faune et la flore cibles, ce que
n’importe quel biologiste aurait pu annoncer dès lors qu’on utilise une
substance agressive de façon répétée.

Par ailleurs, les risques de
dissémination de PGM sont loin d’être suffisamment pris en compte
rendant compliqué - puis un jour peut-être impossible - l’absence de
contamination dans les filières non-OGM.






Source : Fondation Sciences Citoyennes

Lire aussi : EXCLUSIF : l’article de Séralini sur les OGM traduit en français

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