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Tribune

Qui paiera pour les énergies renouvelables ?

« Tant que les sommes en jeu étaient faibles, ni la question du rythme de déploiement ni celle de la répartition du surcoût ne posaient problème. Ce n’est plus le cas lorsque ce surcoût représente une ponction de l’ordre de 1 à 1,5 % sur le pouvoir d’achat des ménages, ce qui se produira d’ici à 2020 »


Pour produire de l’électricité en France, la seule énergie renouvelable et rentable aujourd’hui est l’hydraulique. Mais on en a déjà largement épuisé le potentiel. Capter en plus celle du vent et la puissance du soleil est tentant. Cela nous ouvre des horizons vers un avenir moins dépendant du nucléaire et des produits fossiles. Mais à quel prix ?

La Cour des comptes évalue à 50 euros/MWh le coût de la production de base d’électricité nucléaire, et on peut évaluer entre 60 à 80 euros le coût de la production des centrales au gaz. On rachète les productions intermittentes entre 200 à 400 euros pour le photovoltaïque, 80 euros pour l’éolien et on parle d’environ 200 euros pour le futur éolien offshore, sans prendre en compte les coûts du stockage ou de l’ajustement.

Aux conditions actuelles, plus on en construit, plus le montant du surcoût augmente. A elles seules, les échéances annuelles de remboursement de ce surcoût, via la contribution au service public de l’électricité (CSPE) et lissées sur vingt ans, vont passer de 500 millions d’euros en 2009, à 2 milliards d’euros en 2012 et pourraient s’élever à 7 milliards en 2020.

Les consommateurs n’en ont pas encore pris pleinement conscience : la note va pourtant apparaître progressivement sur leur facture. En France, avec ce qui est engagé, le surcoût de l’éolien et du photovoltaïque alourdira de l’ordre de 20 % la facture d’électricité des particuliers d’ici à 2020 et plus au-delà. Et il faudra y ajouter le coût du renforcement du réseau.

Faut-il, dans ces conditions, en faire plus et suivre l’exemple des Allemands ? Faire une pause et arrêter les nouveaux projets, comme le font les Espagnols ?

La sortie de notre dépendance vis-à-vis des fossiles prendra des décennies et non pas des années. Trouver à la fois un rythme et faire les bons choix techniques permettront de poursuivre l’effort dans la durée. Dans ce domaine de très long terme, l’impatience coûte très cher. Mais qui va payer ?

La TVA est un impôt proportionnel aux dépenses des ménages. L’impôt sur le revenu est progressif. La CSPE fonctionne à l’inverse et va frapper proportionnellement davantage les consommateurs du bas de l’échelle sociale. Car la consommation en électricité dépend fortement du revenu. L’Insee évalue en effet la part de l’électricité à 5 % en moyenne dans le budget des ménages, mais à 4 % seulement des dépenses des 20 % les plus riches et 6 % de celles des 20 % les plus pauvres.

Tant que les sommes en jeu étaient faibles, ni la question du rythme de déploiement ni celle de la répartition du surcoût ne posaient problème. Ce n’est plus le cas lorsque ce dernier représente une ponction de l’ordre de 1 à 1,5 % sur le pouvoir d’achat des ménages, ce qui se produira d’ici à 2020.

Le président d’EDF plaide pour l’abandon du système actuel et son remplacement par l’impôt. D’autres solutions existent. L’une d’entre elles repose sur le volontariat. Elle consiste à faire payer cette transition énergétique par les consommateurs motivés sous la forme d’une électricité verte. Cela fonctionne déjà pour la nourriture biologique et le commerce équitable. Pour l’électricité, les pays scandinaves y ont partiellement recours, ce qui permet aux consommateurs de faire volontairement des choix citoyens dans ce domaine.

Rappelons que pour le déploiement de l’électricité, de l’automobile, de l’avion ou du téléphone en leur temps, et même de l’électronique grand public aujourd’hui, ce sont toujours les consommateurs les plus motivés ou les plus riches, et non la totalité d’entre eux, qui ont financé par leurs achats les innovations avant que la baisse de leur coût de production ne permette leur généralisation. Le consommateur a été jusqu’à maintenant exclu des choix stratégiques de l’électricité. Il est important de les faire entrer dans la boucle de décision. Sinon, la bienveillance dont bénéficient actuellement dans l’opinion les énergies vertes pourrait un jour se retourner contre elles.


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