Résister, responsabiliser, anticiper

Durée de lecture : 3 minutes

26 août 2013




- Recension par Jane Hervé

Comment humaniser l’inéluctable mondialisation ? Comment s’y retrouver dans le lacis des droits nationaux et internationaux, traitant de l’économie de marché ou des êtres humains, etc. ?

Mireille Delmas-Marty, juriste et enseignante au Collège de France, aboutit au terme de sa longue expérience internationale à un « mode d’emploi » limpide de combattante. Pour ce faire, cette vétérante en « humanisation réciproque » convoque l’imaginaire pour venir au secours de la situation actuelle complexe jusqu’à l’inextricable : Dédale, Giacometti, Kant, Clausewitz, Bachelard et même Edouard Glissant avec son refus de standardisation et son concept de mondialité). Elle s’interroge en deux temps : que penser et que faire ?

Que penser ? Nous sommes aujourd’hui cernés par de multiples contradictions : durcissement des contrôle des migrations alors que les frontières s’ouvrent aux marchandises et aux capitaux, aggravation des exclusions sociales alors que la prospérité globale s’accroît, crimes internationaux des plus graves, enfin multiplication des menaces sur l’environnement accompagnées également de risque d’asservissement par les nouvelles technologies.

Que faire ? Un droit international nouveau est à inventer ou à adapter afin qu’il protège vraiment les individus et réactive les solidarités. Pour mettre l’utopie au service d’un nouvel humanisme, la juriste propose une triple attitude qui combine les comportements singuliers et collectifs : résister à la déshumanisation, responsabiliser les titulaires du pouvoir et enfin anticiper les risques futurs. A ce dernier propos, elle n’évoque le droit mais plutôt le devoir vis-à-vis des générations futures (comme Jonas).

Responsabiliser dans sa version anglo-saxonne (responsability) implique l’élaboration collective d’une décision. Ainsi, concernant l’environnement, l’homme n’est plus le maître de la nature. Il faudrait inscrire la protection de cette nature dans la Constitution (cf. droit de la Pachamama en Bolivie), faire que le vivant soit reconnu à la fois comme humain et le non-humain (animal et végétal) avec les interdépendances qui en découlent.

La dilution des responsabilités ne facilite pas la tâche avec des Etats sans cour mondiale pour les atteintes à l’environnement, des entreprises multinationales sans juge mondial compétent, des experts et des citoyens. Des recherches s’esquissent que M. Delmas-Marty valorise avec lucidité : Edgar Morin élabore un statut pour un tribunal moral de l’environnement qui analyserait juridiquement les grands scandales environnementaux, les députés de l’Assemblée nationale réfléchissent, eux, sur le crime d’écocide.

En bref, cet ouvrage salutaire – presque optimiste - croit encore dans le pouvoir du droit à l’heure où tant de désespoirs émergent de nos multiples peurs. L’altruisme doit guider nos pas, s’appuyant sur un « droit en devenir pour une humanité en transit, confiante en son destin ». Avec cette juriste à la pensée si claire, un « bond en avant » bergsonien basé sur une volonté humaine semble encore possible.

Jane Hervé

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- Résister, Responsabiliser, Anticiper, Mireille Delmas-Marty, Editions du Seuil, 2013, 208 pages, 17,50€






Source : Festival du livre et de la presse d’écologie

Recension réalisée pour le Festival et du Livre de la Presse d’Ecologie 2013, dont Reporterre est partenaire

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