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Tribune —

Révolution Pon-Pon

M. Borloo en pur conservatisme énergétique.

Le nombre de révolutions que nous traversons est tout à fait ahurissant. Rien que ces derniers jours, m’indique une rapide recherche sur Internet, sont annoncées la révolution des maillots de bain, la révolution du foot africain, une petite révolution pour le pilote automobile Alonso, la triple révolution énergétique de Jean-Louis Borloo, l’arrivée d’un nouveau karaoké Revolution... Vu la définition du mot « révolution » dans le dictionnaire, il faut changer de dictionnaire. En temps de novlangue généralisée, « révolution » signifie en fait : « Modification cosmétique visant à maintenir la structure sous-jacente. »

Démonstration. Je sens bien que vous aimeriez étudier la révolution des maillots de bain, mais par pur esprit de contradiction, je vais commenter la « révolution énergétique » annoncée, le 3 juin, par M. Borloo.

Le ministre présentait la programmation pluriannuelle des investissements de production électrique (PPI), un document qui mérite la plus grande attention, puisqu’il dessine la politique énergétique du pays jusqu’en 2020.

« La révolution énergétique française » - oui, française, 1789 -, « c’est économies d’énergie, économies d’énergie, économies d’énergie, et développement très puissant des énergies renouvelables », proclamait l’apprenti Mirabeau.

Las. Economies d’énergie ? Le document annonce une consommation de 167 millions de tonnes équivalent pétrole (Mtep) en 2020 pour une consommation en 2006 de 177 Mtep : soit une diminution de 6 % sur la période, ou 0,46 % par an ! Belle révolution, en vérité. On sent d’ici trembler les puissants du gaspillage.

Mais il y a plus fort encore : en 2020, la production nationale d’électricité atteint 620 terawattheures, contre 550 en 2008. Vous faites la révolution axée sur l’économie d’énergie, et vous produisez plus en fin de parcours qu’au début ! Après la novlangue, c’est Ubu aux commandes.

L’explication du mystère est simple. Pour ne fâcher aucun des lobbies du secteur, presque tous intéressés à augmenter la production, on dit oui à tous : oui au nucléaire - le projet de deuxième EPR à Penly est confirmé en l’absence de tout débat public -, oui aux centrales thermiques - on ferme quelques centrales à charbon, mais on en ouvre vingt au gaz -, oui les yeux fermés à toutes les énergies renouvelables - en tenant pour négligeables les problèmes de paysage et d’occupation de l’espace.

Résultat : une surcapacité programmée pour 2020. Surtout, éviter toute analyse économique transparente : on risquerait de découvrir qu’il est bien plus rationnel de soutenir les économies d’énergie et l’efficacité énergétique que d’augmenter le parc de production.

Ce n’est pas une révolution, c’est la conservation. Le changement réel serait de raisonner en fonction des besoins, et non de l’intérêt des compagnies productrices.

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