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Rien ne devrait nous habituer aux violences policières

3 octobre 2018 / Lutopik

« Lutopik, le magazine des luttes et des utopies », consacre le dossier de son dernier numéro aux violences policières.

  • Présentation de la revue par son éditeur :

Déclarations chocs, controversées et calculées du pouvoir, attaques brutales menées sur tous les fronts : la stratégie du choc pilotée par Macron et son équipe est un pari risqué. Celui de la dispersion, de l’épuisement et de l’échec des mobilisations face à l’offensive brutale et générale menée contre un modèle social protecteur. Ça passe ou ça casse. Le mouvement semble bien avoir été sonné, il n’a en tout cas pas encore été en mesure de stopper, ni même seulement de freiner, l’élan du gouvernement. Si l’effet peut provoquer un sentiment d’impuissance et de résignation, la méthode suscite aussi la colère. Celle de ceux qui se sentent trahis s’ajoute maintenant à celle qui transpire depuis déjà longtemps.

De plus en plus souvent, la colère s’exprime avec fracas sur des vitrines ou d’autres symboles d’un monde perçu comme injuste et destructeur. Le « cortège de tête » devance désormais systématiquement les organisations syndicales dans les défilés jugés trop mous et sans impact significatif. Certains justifient les dégradations et l’usage d’une certaine violence en réponse à celle des politiques mises en œuvre. Une stratégie risquée, elle aussi. Elle fournit des images spectaculaires et souvent incomprises. La rage est compréhensible, mais bien souvent, ce n’est que de cette violence dont on entend parler le soir à la télé, et c’est elle qui reste dans les esprits.

En face, la violence émanant des forces de l’ordre est devenue légion, y compris lorsque la police n’est pas directement attaquée et qu’il n’y a rien à protéger. Une violence froidement dosée dans la rue peut briser l’élan d’une contestation en instaurant un climat de peur et d’intimidation. La répression peut être ciblée, ou frapper au hasard et sans discernement toute personne se trouvant à proximité d’une foule jugée hostile ou indésirable. Pour n’avoir fait que marcher lors d’une manifestation, certains restent marqués dans leurs chairs par une charge, un poing, une matraque, un nuage lacrymogène, une grenade, une munition de flashball ou de LBD lancé à plus de 300 km/h, etc. Ces armes sont dites à létalité réduite, mais elles infligent des blessures graves et ont déjà tué. Elles sont à l’origine d’au moins huit morts depuis 2010.

S’il faut un drame pour que la question des violences policières se pose dans les médias, certains la subissent au quotidien dans les quartiers sous la forme de contrôles d’identités à répétition, d’insultes ou de coups lorsque la situation dégénère plus fort encore. Et même sans armes, certaines techniques d’immobilisation policière ont elles aussi déjà tué. Avec les migrants, la police a recours à des pratiques inhumaines : tentes lacérées, nourriture gazée, chaussures volées ou découpées… La gendarmerie, assistée de ses véhicules blindés, a blessé des centaines de personnes en lançant plus de 11.000 grenades en onze jours pour ses opérations d’expulsions et de destructions sur la Zad de Notre-Dame-des-Landes.

Rien ne devrait nous habituer aux violences policières qui se banalisent dans un contexte où des mesures d’exception de l’état d’urgence sont rentrées dans le droit commun. Difficile d’imaginer que les tensions s’apaiseront d’elles-mêmes quand certains policiers profèrent des paroles racistes, que les dérapages sont couverts et que leurs auteurs ont la quasi-certitude d’obtenir gain de cause devant les tribunaux si nécessaire... Bien sûr, les forces de l’ordre subissent également la violence. Elles dénoncent aussi un manque de moyens et d’effectifs. Sans que cela excuse les comportements déviants, cela caractérise des conditions de travail difficiles. Peut-être que dans un monde idéal nous n’aurions pas besoin de police, mais nous en sommes loin. En attendant, on peut toujours rêver que les discriminations cessent, que la police ne protège plus les intérêts des puissants, que les CRS enlèvent leur casque pour fraterniser avec la foule plutôt que de la brutaliser quand elle se bat pour plus de justice sociale…

Vous l’avez peut-être remarqué en soupesant le magazine ou en le feuilletant, ce numéro est un peu particulier. Moins de pages et un dossier constitué majoritairement de reprises de médias amis. Nous avons fait ce choix car nous n’étions pas en mesure de vous offrir un contenu de qualité par nos propres moyens. Nous avons ressenti le besoin de nous donner un peu d’air après cinq ans de travail épuisant. Nous avons quelques excuses, mais la principale se réveille tôt le matin, parfois la nuit, et ses parents lui consacrent beaucoup de temps tous les jours ! Nous avons donc décidé de repousser le dossier que nous avions commencé plutôt que de ne pas en être satisfaits. Nous espérons que vous nous pardonnerez ce petit écart, et que vous passerez un bel été !

GC


Le sommaire du numéro 19

  • Initiative : De l’orge en bar
  • Dossier violences policières
    • Entretien avec David Dufresne
    • Le mouvement social de plus en plus réprimé
    • Entretien avec une policière
    • L’arsenal "non létal"
    • Famille courage
    • En bref
    • Retour de la police de proximité
    • Les violences policières se généralisent, constatent les avocats
    • Journaliste prise pour cible
    • D’une police du chiffre à une police du peuple
  • Portfolio : les cabanes de la Zad
  • Une ceinture pour nourrir Liège
  • Brèves
  • Nouvelle : « Nous tournions en rond dans la nuit »
     
    Pour commander le numéro, ou vous abonnez, rendez-vous ICI.

  • Lutopik, no 19, été 2018, 5 €.



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