Sabotages : la présomption d’innocence aux orties

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20 novembre 2008 / CNT AIT (Syndicat Interco Paris Nord)

L’application de la législation antiterroriste permet de bafouer les règles d’un Etat démocratique. Les médias observent, sans rien dire.

Dix personnes ont été interpellées mardi 11 novembre matin à Tarnac en Corrèze, à Paris, à Rouen et à Baccarat lors d’une opération baptisée « Taïga » qui a mobilisé 150 policiers. Neuf sont en garde à vue dans les locaux de la direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) à Levallois, la dixième, mère d’une des gardées à vue, est en garde à vue à Nancy. Il leur est reproché d’appartenir à « l’ultra-gauche tendance anarcho-autonome » et d’être lié à une série de cinq sabotages de caténaires SNCF dans l’Oise, l’Yonne, la Seine-et-Marne et la Moselle. Un sixième cas de sabotage près de Narbonne a été évoqué puis écarté parce que de conception différente des premiers.
Sous les coups de la législation anti-terroriste, cette garde à vue, reconduite pour la troisième journée consécutive, peut encore être prolongée jusqu’à durer 96 heures. Les suspects devront être ensuite, soit présentés à un magistrat anti-terroriste, soit remis en liberté sans charges.

D’après la ministre de l’intérieur Michèle Alliot-Marie et les services de police qui les espionnaient depuis des mois à la manière du KGB des films américains, les dix inculpés auraient été aperçus « à proximité des lieux » où les sabotages ont été commis « à des heures pouvant correspondre », mais les policiers n’ont cependant pas constaté qu’ils avaient mis en place un dispositif de sabotage et n’ont rien remarqué d’anormal sur le coup. En outre, la ministre affirme que « les perquisitions ont permis de recueillir beaucoup de documents très intéressants » et reproche à ces individus de se caractériser par « le rejet de toute expression politique démocratique et un discours extrêmement violent ». Ces maigres éléments, a priori tout à fait insuffisants pour engager de quelconques poursuites judiciaires, ont cependant suffi au ministère de l’intérieur pour prendre leurs fantasmes « d’une résurgence violente de l’extrémisme radical » pour une réalité et enclencher une vaste opération policière spectaculaire à grands retentissements médiatiques.

Alors que les policiers du renseignement intérieur et de la sous-direction anti-terroriste ne disposent pas pour l’instant de preuves, la présumée innocence des « présumés auteurs » a été piétinée en long, en large et en travers par le gouvernement, les médias mais aussi les syndicats et la LCR. Dès le début des opérations, le président Nicolas Sarkozy s’est félicité des « progrès rapides et prometteurs obtenus dans le cadre de l’enquête » par cette « opération éclair » des services de police. Les médias ont immédiatement emboîté le pas et relayé les théories fantasmagoriques du ministère de l’intérieur sans aucun travail d’enquête complémentaire ni émettre le moindre doute sur le bien fondé des accusations. Enfin, les syndicats des cheminots se sont publiquement et abondamment réjouis d’être si vite mis hors de cause parce qu’aucun employé de la SNCF n’a été arrêté. Le leader de la LCR, Olivier Besancenot, s’empresse de condamner des actes de sabotage qui ne « sont pas et ne seront jamais » ceux de la LCR.

Pour Sud-Rail, il s’agit d’actes terroristes et le syndicat met en garde « ceux qui frisent la diffamation en voulant confondre terrorisme et action syndicale ». Bref, le bouc-émissaire que l’imaginaire douteux du ministère de l’intérieur a baptisé « ultra-gauche tendance anarcho-autonome » arrange tout le monde, excepté les quelques 350 habitants de Tarnac qui font bloc pour soutenir leurs épiciers et leur président du comité des fêtes.

Quand le spectre du terrorisme et son effet de vent glacial sera passé et apparaîtra pour ce qu’il est, une manipulation médiatique, il sera intéressant de mettre tous ces sbires hypocrites des syndicats soi disant radicaux et des partis soi disant révolutionnaires face à leurs discours parfois plus accusateurs encore que celui de la police, où ils se réjouissent sans détours de l’arrestation d’innocents, seulement coupables de ne pas avoir acheter la carte de leurs sectes, accusés de sabotages sans aucun élément à charge et de terrorisme pour des actes qui n’ont pas encore été commis mais qui auraient pu l’être selon ces paranoïaques.

Ils se sont tous empressés de condamner de façon définitive les 10 individus, se montrant ainsi encore plus expéditifs que la justice de Sarkozy qui n’a pas encore rendu son verdict. A écouter tous ces charlatans professionnels du syndicalisme, il faudrait croire que le sabotage n’a jamais appartenu à leur histoire !

Pourtant, le secrétaire adjoint de la CGT de 1901 à 1908, un certain Émile Pouget, loin de condamner les saboteurs de la machine, n’avait pas peur, lui, de saluer leurs actes et de les préconiser comme outil pour les luttes syndicales. A cette époque, où le droit de grève était piétiné par les patrons et les gouvernements, où les manifestations des travailleurs étaient réprimées dans le sang comme à Chicago ou à Fourmies, le sabotage apparaissait alors comme la solution, le moyen de lutte le plus efficace pour protester contre des conditions de travail inacceptables et revendiquer la journée de huit heures sans se faire fusiller. (on pourra télécharger une réédition de sa brochure ici :
http://www.cntaittoulouse.lautre.net/article.php3?id_article=215

Aujourd’hui encore, le droit de grève est attaqué de tous côtés : il y a la pression de l’Etat avec le service minimum, la pression de l’employeur avec la précarisation de l’emploi et le chantage au licenciement, il y a aussi tous les chômeurs qui n’ont pas la possibilité de faire grève. On ne peut pas compter sur les syndicats pour le défendre, trop préoccupés qu’ils sont à négocier leur part du gâteau avec le Pouvoir.
Dans de telles circonstances, une résurgence et une prolifération des actes de sabotage est plus que prévisible, c’est une certitude logique et ce ne sont pas les discours complètement à côté de la plaque des syndicats, partis et autres imposteurs qui y changeront quoi que ce soit. Le sabotage reste un outil à la disposition des travailleurs pour mettre en œuvre leur imagination combative dans le dessein de justes revendications.
L’Etat et le patronat ont réduit à la portion congrue le droit de grève et les possibilités des travailleurs d’y recourir mais ce n’est pas là une invention moderne. Dans le passé, face à cette situation, les travailleurs se sont fait saboteurs et ce n’est pas en les traitant de terroristes qu’on arrêtera leur œuvre.
Pour la Révolution sociale,
Vers le Communisme Libertaire !



Source : http://cnt.ait.caen.free.fr/forum/

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