Ségolène Royal sur les chapeaux de roue

Durée de lecture : 4 minutes

26 avril 2014 / Hervé Kempf (Reporterre)



La nouvelle ministre de l’Ecologie a exposé sa politique environnementale en conférence de presse. Son mot clé : « accélérer ». Un axe central : les économies d’énergie. Deux oublis : le climat et le gaspillage des terres. Mais il y a maintenant quelqu’un au ministère de l’Ecologie


C’est une Ségolène Royal toute pimpante - tailleur rouge impeccable, sourires éclatants, attroupement de photographes, batterie de caméras - qui a fait son show de rentrée en tant que ministre de l’Ecologie vendredi 25 avril pour sa première conférence de presse à cette place. Durant son entrée dans le tout nouvel auditorium du ministère, à Paris, on se serait cru un instant au Festival de Cannes lors de l’arrivée d’une star.

Et après tout, c’est une star : qu’on l’aime ou pas, celle qui aurait pu être présidente de la République, en 2007, plutôt que Nicolas Sarkozy, attire l’attention, elle « prend la lumière ».

Mais au lutrin, c’est la ministre, l’ancienne énarque, la responsable qui a repris la main, énumérant une liste de cinq chantiers en vingt-sept actions selon trois leviers. L’exposé a duré une heure, et là, on était très loin de Cannes...

Revenant en boucle dans son discours, le mot « accélérer », que Mme Royal a répété plus d’une trentaine de fois. L’enjeu est « que les Français ressentent rapidement l’effet de cette politique ».

Les économies d’énergie pour l’emploi

Axe central et le plus concret de ce catalogue : une volonté affirmée d’engager une vraie politique d’économies d’énergie, essentiellement dans le bâtiment. S’appuyant sur un travail mené discrètement dans l’administration et les milieux professionnels sur cette question, Mme Royal veut donner une impulsion politique forte, avec l’object de 500 000 logements rénovés et la promesse de cent mille emplois en trois ans - une promesse déjà faite naguère par Delphine Batho. Mais le poids politique n’est pas le même...

L’enjeu essentiel est de mettre en place les financements, qui « seront présents » tandis que la fiscalité sera « stabilisée ». Il faut pour cela que les banques mettent en place les instruments financiers de la rénovation thermique. L’objectif : installer une logique de « tiers payant » par laquelle les ménages pauvres et, la ministre l’a souligné, les classes moyennes, n’aient que marginalement à financer ces travaux, dont le rendement n’est pas immédiat.

Autre outil essentiel : une convention sera prochainement signée avec la fédération du bâtiment pour la formation des artisans aux travaux d’économies d’énergie.

Et dans l’objectif de réduire le coût de l’énergie pour les particuliers, la ministre, qui entend peser sur les tarifs de l’électricité, intègre aussi pleinement l’idée que l’économie d’énergie contribuera à cette réduction. Il y a là un ton nouveau.

L’énergie, toujours

Autre enjeu de taille : la loi sur la transition énergétique, qui sera « transmise dans quelques semaines au Conseil économique et social » avant qu’elle soit discutée en commission au Parlement en juillet - ce qui conduirait à une adoption à l’automne.

La ministre a aussi annoncé le soutien aux énergies renouvelables, avec de prochains appels d’offres sur le solaire et les éoliennes marines - fixes et flottantes -, un décret simplifiant l’installation de la géothermie, l’encouragement à la méthanisation.

Mme Royal s’est montrée aussi attentive au lien entre santé et environnement, promettant de finaliser les plans de protection contre la pollution de l’air, et d’adopter d’une stratégie nationale sur les perturbateurs endocriniens. En ce qui concerne les OGM (organismes génétiquement modifiés), elle tentera d’influencer ses partenaires européens pour un régime plus contrôlé.

La course contre le temps

La ministre abandonne de fait la négociation climatique, dans la perspective de la Conférence de Paris en décembre 2015, au ministre des Affaires étrangères.

Elle n’a pas évoqué une fois - alors qu’un de ses chantiers concerne la biodiversité - la question de l’étalement urbain, du gaspillage des terres, de l’artificialisation des sols. Une question qui restera donc en jachère dans le gouvernement actuel, alors que c’est un enjeu prioritaire de l’environnement.

Et vu le nombre de tâches qu’elle s’est fixée d’ici… juin, on peut douter qu’elle parvienne à tenir tous ses objectifs. D’autant plus que ses propos inconsidérés sur l’écotaxe, il y a quelques semaines, ont plus compliqué le problème qu’ils ne l’ont fait avancer. A une question d’un journaliste italien sur le problème de la société Ecomouv (qui gère les portiques de l’écotaxe, et avec qui l’Etat français a passé un contrat), elle se contente de répondre : « On y travaille. On fera des propositions dans les jours qui viennent ».

Mme Royal risque de découvrir qu’on ne peut pas accélérer aussi vite qu’on le voudrait. Mais il y a incontestablement quelqu’un au ministère de l’Ecologie. Sous cette présidence, c’est un phénomène nouveau.





Source : Hervé Kempf pour Reporterre.

Photo : Libération.

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