Seize espèces de papillons menacées de disparition en France

Durée de lecture : 3 minutes

16 mars 2012 / UICN et Museum d’Histoire naturelle

La destruction des espaces naturels est la première cause du déclin des populations de papillons


Seize espèces de papillons de jour sont menacées de disparition en France métropolitaine et dix-huit autres quasi menacées. C’est ce que révèle le nouveau chapitre de la Liste rouge des espèces menacées en France, consacrée pour la première fois en métropole à un groupe d’insectes. Le risque de disparition des 253 espèces de papillons de jour a été étudié par le Comité français de l’UICN et le Muséum national d’Histoire naturelle, en collaboration avec l’Office pour les insectes et leur environnement et la Société entomologique de France.

Un fort déclin historique, toujours d’actualité

Les populations des papillons de jour ont fortement chuté en France dans les années 70 et 80, en raison de l’intensification des pratiques agricoles et d’une urbanisation croissante. Ce déclin se poursuit aujourd’hui encore pour de nombreuses espèces. Ainsi, l’Hermite, un papillon autrefois bien réparti en France, a subi une régression de ses effectifs de l’ordre de 30% sur les 10 dernières années, ce qui le classe dans la catégorie “Vulnérable”, et l’Azuré du mélilot est lui classé “Quasi menacé”.

La dégradation des milieux naturels en cause

La destruction importante des milieux naturels et leurs transformations sont les principales causes de ce déclin. Du fait de leur biologie singulière, les papillons de jour sont en effet très sensibles aux modifications de leur environnement. Par exemple, chez la plupart des espèces, les chenilles ne se nourrissent que sur une seule ou quelques plantes spécifiques, appelées “plantes-hôtes”.

Ainsi, la régression de l’Azuré de la sanguisorbe est liée à celle des prairies humides où pousse la Sanguisorbe officinale, l’unique plante-hôte de ce papillon original, dont la chenille vit un temps au sein d’une fourmilière. Avec l’intensification des pratiques agricoles, ces prairies ont été remplacées par des cultures ou modifiées par l’apport d’engrais, et ce papillon est aujourd’hui classé “Vulnérable”. De même, le Mélibée est menacé par la disparition des prairies humides à Molinie, sa plante-nourricière, remplacées notamment par des plantations de résineux. Il ne subsiste plus que dans quelques localités du massif du Jura et se trouve désormais “En danger critique” en France.

Le développement des routes et des zones urbaines est également l’une des causes majeures de la disparition et de la fragmentation des milieux naturels propices aux papillons. Ainsi, l’Hespérie du barbon, victime de l’urbanisation du littoral méditerranéen, n’a pas été revue depuis plus de 10 ans et a été classée “En danger critique” en France.

Enfin, le changement climatique constitue une menace supplémentaire. L’élévation des températures pousse certains papillons à rechercher des conditions de vie plus favorables vers le Nord ou en altitude. Mais certaines espèces ne trouvent pas de nouveaux refuges et voient leur aire de répartition régresser en France, comme le Fadet des tourbières, classé “En danger”.

Des mesures de préservation à renforcer

La préservation des papillons de jour passe nécessairement par celle des milieux où ils vivent. Une quinzaine d’espèces font déjà l’objet d’une protection réglementaire incluant leurs aires de reproduction et de repos, et les quatre Azurés du genre Maculinea bénéficient d’un plan national d’action. Toutefois, le renforcement des mesures de préservation des habitats apparaît comme une nécessité pour enrayer le déclin des papillons en France. Comme pour beaucoup d’autres espèces, l’évolution des pratiques agricoles et l’arrêt de l’artificialisation des milieux naturels sont indispensables pour empêcher que les seize espèces aujourd’hui menacées ne disparaissent du territoire métropolitain et que les dix-huit autres “Quasi menacées” ne deviennent menacées à leur tour.



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Source : OPIE

Photo : Azuré du melilot (Ph. Dubois)

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