Sept milliards d’étoiles

Durée de lecture : 3 minutes

24 août 2011 / Hervé Kempf




Nuits d’août, nuits d’étoiles. Si les vacances ne devaient avoir qu’un seul but, cela pourrait être celui-là : contempler l’infini du ciel et méditer sur l’étrange destin de la planète bleue. Chauffée par le soleil, parmi plus de cent milliards d’étoiles , elle abrite la vie sous forme d’une biosphère resplendissante qui inclut l’espèce que l’on appelle humaine.

En août, l’Institut national d’études démographiques nous a appris qu’en octobre, la Terre logera sept milliards d’humains . Un chiffre impressionnant au regard de l’histoire de l’espèce : les deux cents dernières années auront suffi aux hommes, dans leur long chemin d’un million d’années jusqu’à aujourd’hui, pour multiplier par sept leur population.

Et pourtant, l’humanité n’a jamais été aussi riche : elle génère un produit mondial brut de 63.000 milliards de dollars (44 milliards d’euros). Elle n’a aussi jamais été aussi injuste : le revenu moyen d’un Etatsunien est, par exemple, quatre-vingt fois celui d’un Tchadien. Et, même si aucun indicateur synthétique ne permet d’en rendre compte, elle n’a jamais aussi été destructrice de son environnement naturel, cette biosphère miraculeuse.

Or, tandis que l’on songeait, l’ébranlement du système financier mondial, commencé en 2007, a repris durant l’été avec vigueur, comme la réplique d’un séisme inachevé. La dette est immense, elle doit être purgée, entend-on. Mais pas dans l’austérité, disent les uns, sans toucher aux riches, disent les autres, presque tout le monde étant d’accord sur l’idée que la baisse du revenu moyen des pays touchés est inenvisageable, et que la reprise de la croissance est indispensable.

L’équation est insoluble parce qu’elle oublie une tendance historique majeure : ces sept milliards d’humains – bientôt neuf – ne voient plus pourquoi les uns auraient beaucoup, et les autres très peu. L’humanité s’oriente maintenant vers une convergence des niveaux de vie. Or, il n’est écologiquement pas envisageable qu’elle s’opère au niveau de vie matériel d’un Occidental moyen. Celui-ci doit donc commencer à baisser. Pour le dire crûment : l’appauvrissement matériel des Occidentaux est devenu écologiquement une nécessité.

Ceci n’est cependant pas synonyme d’une moindre qualité de vie. D’abord, parce que l’inégalité au sein des sociétés s’est grandement accrû depuis trois décennies. L’enjeu prioritaire est donc d’opérer une redistribution des richesses. Ensuite, parce que l’enrichissement matériel s’est opéré au détriment des biens sociaux et communs, alors qu’ils sont aussi essentiels à la qualité de la vie et qu’ils présentent un impact écologique moindre. Moins de matière, mieux de biens communs, voilà l’issue.






Source : Cet article a été publié dans Le Monde du 24 août 2011.

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