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Tribune —

Socialistes écologistes ?


Un écologiste présent lors de l’université d’été du Parti socialiste, les 26 et 27 août, ne pouvait manquer d’être perplexe. D’un côté, il relevait dans les discours les mots « environnement », « crise écologique », « nouveau modèle de développement », à une fréquence reléguant le discours d’Eva Joly, entendu la semaine précédente aux journées d’été d’Europe Ecologie-Les Verts, au rang de bluette sous-écologiste.

De l’autre, il entendait une ode à la croissance dont François Hollande s’est fait le chantre le plus enthousiaste. Certes, glissa celui-ci lors de la session intitulée « Croissance durable, croissance partagée », « nul ne tombe amoureux d’un taux de croissance », mais enfin, « s’il n’y a pas de croissance, il n’y a pas de création d’emplois, pas de création de richesses, pas de perspective écologique ».

Et d’enfoncer dans la tête de ses auditeurs enthousiastes, à grand renfort d’effets de manche, que sans croissance, rien n’était possible.

L’obsession du PS pour la croissance ne laisse pas d’être préoccupante. Car se focaliser sur un objectif que l’on ne pourra pas atteindre prépare les pires déceptions. Et raisonner avec un concept du passé ne permet pas de penser le monde de demain. Nombre de hiérarques du PS semblent continuer à rêver de l’âge d’or des « trente glorieuses » qui, comme tous les âges d’or, a pour première caractéristique d’être derrière nous. Ils semblent aussi se référer à la séquence de 1997-2002 quand, M. Jospin étant premier ministre, la croissance atteignit 2,5 % par an. Mais, rappelle Pierre Larrouturou dans Pour éviter le krach ultime (Nova Editions, 256 p., 15 euros), ce niveau élevé reposait sur deux facteurs durablement disparus : un prix bas de l’énergie et la faiblesse de l’euro par rapport au dollar.

Quant à l’environnement, l’emploi répété du mot correspondait-il à un engagement réel ? Un orateur invité, Guillaume Duval, d’Alternatives économiques, a parlé juste en disant : « Avec le Grenelle de l’environnement, Nicolas Sarkozy peut encore légitimement apparaître comme celui qui a entamé la mutation écologique. Il faudra convaincre que les socialistes ont compris la gravité des enjeux. Vous avez encore vos preuves à faire. »

Et si l’on a entendu Arnaud Montebourg défendre les paysans face à l’agrobusiness mondial, Guillaume Bachelay appeler à une vaste politique d’économies d’énergie « pouvant créer 300 000 emplois », Gérard Collomb vanter une réforme du foncier pour stopper l’étalement urbain, l’obsession de la croissance et la promesse de grands travaux (l’aéroport Notre-Dame-des-Landes ?) faisaient penser que la prise en compte de l’enjeu vital du XXIe siècle n’a pas encore réellement modifié le logiciel du PS.


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