Tartufferie climatique

Durée de lecture : 2 minutes

13 septembre 2009 / Hervé Kempf


Cette chronique est dédiée à Molière, et à son immortel Tartuffe. Communiqué du président de la région Aquitaine, Alain Rousset : « En plein débat sur la taxe carbone et à trois mois du Sommet mondial sur le climat qui se tiendra à Copenhague, l’heure est plus que jamais à la responsabilité politique et citoyenne. » Mmmh, c’est beau comme l’Antique. La missive continue : « C’est pourquoi Alain Rousset a décidé de créer un »fonds carbone« pour financer en région Aquitaine des projets permettant de »séquestrer« le carbone. » But : compenser les émissions liées au chantier de l’autoroute A 65, qui doit relier Pau à Langon. Pour un million de tonnes de gaz carbonique générées par le chantier lancé fin 2008, on financera des actions, par exemple la plantation d’arbres, supposés absorber une masse équivalente de CO2.

Ça sonne écolo, ça brille écolo, c’est plus vert que vert... Sauf que c’est une hypocrisie de la plus belle espèce.

L’autoroute A 65 est en effet un projet d’infrastructure des plus contestés et contestables, imposé après le Grenelle de l’environnement sous la pression assidue de M. Rousset, entre autres. Sa réalisation va détruire des zones naturelles classées, fragmenter l’écosystème landais, et susciter un surcroît de trafic routier (Le Monde du 12 avril 2008). La décision de lancer l’A 65 a été finalisée en 2008, après le Pacte écologique de Nicolas Hulot, le Grenelle de l’environnement, et une tornade de déclarations la main sur le coeur en faveur de la lutte contre le changement climatique.

Détail crucial. Alors que le trafic actuel entre Pau et Langon est de l’ordre de 7 500 véhicules par jour, l’autoroute ne sera rentable, estime le concessionnaire, l’entreprise A’lienor, que s’il atteint 14 500 véhicules par jour en 2020 : autrement dit, tous les efforts seront faits pour presque doubler la circulation automobile - ce qui ne peut qu’augmenter la quantité de gaz à effet de serre.

Est-ce qu’il est prévu de « compenser » cette augmentation inévitable ? Que nenni. On ne parle que des « émissions du chantier ».

Mais compenser, même, ne suffirait pas. La plupart des pays occidentaux - dont la France, dans sa loi sur l’énergie de 2005 - ont pris l’engagement de réduire leurs émissions de 80 % d’ici à 2050. Cela représente une diminution de l’ordre de 3 % par an. Il s’agit bien, non pas de stabiliser les émissions, mais de les réduire drastiquement et régulièrement. On attend avec intérêt la démonstration que l’A 65 aidera à atteindre cet objectif en Aquitaine.

Tiens ! Un autre communiqué. « Nantes Métropole prépare activement le Sommet de Copenhague sur le climat sous l’impulsion de son président, Jean-Marc Ayrault ». Ayrault, Ayrault ? Ce n’est pas le monsieur qui veut construire un aéroport au nord de Nantes ?

Merci, MM. Rousset et Ayrault, l’avenir de la planète est en de bonnes mains.




Source : Article publié dans Le Monde du 13-14 septembre 2009.

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