Un excès de leucémies est constaté près des centrales nucléaires

Durée de lecture : 5 minutes

11 janvier 2012 / ACRO



Une étude scientifique constate une augmentation des leucémies chez les enfants vivant à proximité des centrales nucléaires françaises.


L’Association pour le contrôle de la radioactivité dans l’ouest (ACRO) souhaite attirer l’attention du public sur une nouvelle étude qui met en évidence une augmentation significative du nombre de leucémies chez les enfants vivant dans un rayon de 5 km autour des centrales nucléaires françaises.

L’étude vient d’être acceptée dans un journal scientifique avec comité de lecture : International journal of cancer

La mission principale de l’ACRO est d’informer nos concitoyens sur les risques liés aux radiations ionisantes.

Elle le fait d’abord à partir des études qu’elle publie et des données produites par son laboratoire. Mais il est aussi de son devoir d’informer lorsque des études scientifiques, encore trop peu accessibles au grand public, paraissent et qu’elles apportent des éléments nouveaux sur les risques sanitaires suspectés en lien avec l’industrie nucléaire.

L’International Journal of Cancer, paru en ligne le 5 janvier 2012, présente une étude épidémiologique, réalisée par des chercheurs de l’Université Paris-Sud, de l’INSERM et de l’IRSN, sur le risque de leucémie de l’enfant près des centrales nucléaires françaises. Basée sur une enquête dite « GEOCAP », elle porte sur la période 2002 à 2007 et concerne les 19 sites de centrales nucléaires.

La principale information qui ressort de cette étude est que l’incidence de leucémies aigües chez les enfants de moins de 15 ans vivant à proximité des centrales nucléaires, c’est-à-dire dans un rayon de 5 km, est pratiquement doublée (ratio de 1,9) et que cette sur-incidence de leucémies est statistiquement significative.

Il convient de souligner une avancée méthodologique - le géocodage - qui a permis d’établir la distance à l’installation avec une bien meilleure précision que dans les études précédentes.

Ces mêmes équipes de chercheurs, dans une étude antérieure portant sur la période de 1999 à 2001, avaient conclu à l’absence d’augmentation du risque de leucémies autour des sites nucléaires français.

En s’appuyant sur les doses (à la moelle osseuse) estimées par modélisation dues aux rejets radioactifs des centrales nucléaires dans l’atmosphère et leur répartition géographique (zonage établi par l’IRSN), les auteurs n’observent cependant pas d’association entre le niveau d’exposition aux radiations et le risque accru de leucémies.

Le point de vue de l’ACRO

D’autres études épidémiologiques ont, dans le passé, suggéré l’hypothèse d’une relation causale entre des risques accrus de leucémies chez l’enfant et certains sites nucléaires en Angleterre (Sellafield, Aldermaston, Burgfield), en Ecosse (Dounreay), en Allemagne (Kruemmel) et en France (usine de retraitement de La Hague).

Dans ce contexte, l’ACRO considère que cette nouvelle étude qui vient de paraître constitue un nouveau signal sanitaire important et qu’il doit être pris en compte par les autorités.

Certes, nous ne cherchons pas à masquer l’existence d’autres études épidémiologiques qui ont conclu à l’absence de relation entre les risques de cancers et la proximité d’un site nucléaire.

Pour autant, les doutes que l’ACRO a pu exprimer dans le passé restent plus que jamais intacts et il nous semble important que des études soient poursuivies et ce, dans plusieurs directions :

– Tout d’abord, il est essentiel d’élargir le travail effectué ici à l’ensemble des installations nucléaires, au-delà des seuls réacteurs, en particulier à des sites de la chaîne du combustible dont les rejets dans l’environnement sont plus importants. Par ailleurs, il convient de prendre en compte toutes les voies d’atteinte du public et non les seuls rejets atmosphériques (dont les retombées sont plus faciles à cerner).

– Bien des études en matière d’épidémiologie pêchent dans leurs objectifs par défaut de puissance statistique. Il est donc capital d’aller vers de grandes enquêtes d’envergure internationale, ce qui demande au préalable d’harmoniser les outils méthodologiques. L’ACRO rappelle que c’est cette démarche qui, avant 2005, a permis d’établir plus formellement la relation entre cancer du poumon et radon domestique.

– D’autres études doivent permettre d’approfondir les connaissances concernant les effets biologiques des faibles doses. Si les données acquises à partir du suivi des survivants de Hiroshima-Nagasaki ont permis d’assoir très largement le système actuel de radioprotection, il est insuffisant pour apprécier les effets des faibles doses. L’accroissement très important ces vingt dernières années des doses délivrées à des fins médicales doit être mieux exploré, notamment chez les enfants.

– la recherche des facteurs étiologiques (causes possibles) doit être renforcée et, au-delà de l’enfant jeune, porter également sur les expositions lors de la grossesse. Une attention particulière doit aussi être apportée aux effets combinés de divers agents toxiques. L’apparition d’un cancer est le résultat d’un processus en plusieurs étapes et, si les radiations sont connues pour être des agents initiateurs (altération du génome), d’autres toxiques (notamment chimiques) sont connus pour être des agents promoteurs c’est-à-dire qu’ils potentialisent l’action des radiations.

En conclusion, l’ACRO rappelle que, depuis près d’un siècle, c’est l’évolution des connaissances scientifiques qui a conduit à la réévaluation régulière et toujours à la hausse du risque induit par les radiations ionisantes. Depuis 1928, les recommandations concernant les limites d’exposition ont été réduites par un facteur 30. Cela se poursuit actuellement avec la réévaluation du risque lié au radon et du risque de cataracte radio-induite. Nous considérons qu’aujourd’hui, un nouvel abaissement généralisé des limites réglementaires, tant pour les travailleurs que pour le public, est à l’ordre du jour.






Source : Communiqué de presse de l’ACRO

Lire aussi : Aux Etats-Unis, 48 réacteurs nucléaires laissent fuir du tritium

25 septembre 2020
« Lubrizol nous a salis » : un an après l’incendie, des Rouennais témoignent
Reportage
23 septembre 2020
La réforme de la recherche « ne nous incite pas à prendre soin du monde dans lequel on vit »
Entretien
22 septembre 2020
La betterave, cheval de Troie des néonicotinoïdes
Reportage