Un poète dans le ciel

Durée de lecture : 2 minutes

29 septembre 2012 / Fawzi Al-Ma’louf




UN POÈTE DANS LE CIEL

Un aigle à un autre aigle :
" Cet oiseau, de quelle espèce est-il ?
Qui sont ses compagnons ?
S’il vient vers nous
avec des bonnes intentions,
pourquoi crie-t-il si fort ?

Quelle idée de voler ainsi
sous l’aspect d’un Satan !
Et pourquoi donc ces flammes issues de sa poitrine
tout comme d’un volcan ? "

L’autre : " C’est l’un de nous - Non !
Non ! fait l’autre, je n’ai jamais vu
pareil géant se déplacer ainsi
parmi la troupe
des enfants du ciel.

Mon cœur appréhende le mal
qu’il peut nous faire.
Allons voir de plus près
ce qu’il en est. "

Alors son frère : " Cet oiseau
est en réalité un homme, issu d’Adam,
qui est venu coloniser l’atmosphère
éthérée et la prendre
entièrement pour lui.

Le globe terrestre est devenu
trop étroit pour ses convoitises,
et les ressources de son esprit
l’ont porté jusqu’ici.

Nous n’avons émigré des bas fonds de la terre
vers ces lieux d’altitude
que pour être loin de lui
et nous garder de son hostilité.

Allons rassembler tous les oiseaux
afin de fondre sur lui :
seule façon de le traiter
selon les mérites de sa perfidie. "

Aussitôt la clameur du combat
s’éleva dans les airs
bientôt livrés à l’assaut des aigles
et de tous les oiseaux de proie.

La multitude ailée ébranla l’azur
au point que le duvet
dans l’ardeur de l’envol forma des nuées
qui aveuglèrent la vue.

Je me trouvai soudain au milieu
d’ailes noires qui me cachèrent
l’horizon et firent disparaître
le visage du disque lumineux.

J’étais cerné par une foule
de becs grands ouverts,
chaque rapace tendant vers moi
ses deux serres et ses griffes.
" Ô vous, oiseaux, ne craignez rien !

Je ne suis pas autre chose
qu’un poète
et mon chant n’a d’autre but
que de faire tressaillir de joie
la gent ailée !

Oui, un poète est venu aujourd’hui
vous rendre visite, accablé de fatigue,
pour chanter la quiétude
dans la paix magique du silence.

Il s’est enfui loin de sa terre
comme vous l’avez quittée,
soucieux d’éviter les dommages
que lui réservaient le siècle
et ses tristes habitants. "

C’est ainsi que j’ai vécu
quelques minutes où se trouvaient condensées
des parcelles d’éternité.
Elles m’ont été offertes à la façon d’un songe,
et, comme un songe, ont fui. Mais pourquoi le songe
n’aurait-il pas pouvoir de faire un jour retour vers nous ?

traduction : René R. Khawam






Source : René Khawam, La poésie arabe, Anthologie (éd. Phébus, 2000)

Première mise en ligne sur Reporterre le 13 août 2012

Photo : Ecotourisme magazine

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