Un projet de route inutile et coûteux dans le Val d’Oise

Durée de lecture : 4 minutes

15 novembre 2012 / Collectif Vivre sans BIP




Un projet de 2x3 voies routières doit voir le jour dans le sud du département du Val d’Oise
à une dizaine de km de Paris. Le tronçon envisagé d’une longueur de
11 km doit relier les communes de Soisy sous Montmorency à l’Ouest et
de Bonneuil en France à l’Est.

De part et d’autre, existent déjà deux
petits tronçons de Soisy à l’autoroute A15 et de Bonneuil à l’A1. Il
s’agit donc à terme d’une nouvelle liaison routière (ou autoroutière)
entre ces deux autoroutes, en plus de l’A86 et de l’A104 existantes.

Ce projet très ancien (il date de 1937 !) est d’actualité car le
Conseil Général, Maître d’Ouvrage, veut absolument le boucler. A cet
effet, il mène actuellement une « concertation » comme le lui a
recommandé la Commission Nationale du Débat Publique avant l’enquête
publique qu’il compte lancer l’an prochain.

Cette concertation a
démarré dans la précipitation début mars dernier après que l’annonce
en fut faite fin janvier. Tout d’abord prévue d’un seul tenant pendant
les vacances de février et en pleine période électorale, le Conseil
Général l’a finalement scindée en deux sous la pression des
associations et de certains élus :

- la partie Est (Sarcelles, Garges les Gonesse, Arnouville) a bien eu
lieu en mars ;
- la partie Ouest (Soisy, Montmorency, Deuil la Barre, Groslay) a
démarré fin septembre et doit s’achever à l’issue de la dernière
réunion publique à Deuil la Barre le mardi 13 novembre (salle des
fêtes à 20h00).

Les raisons de cette accélération de calendrier de réalisation du
projet tiennent en partie aux projets de développement en cours à
l’Est du département :

- le Dôme de Sarcelles, projet d’Arena (salle de spectacle) de 20 000
places ;
- le projet d’Europa City sur le triangle de Gonesse.

L’infrastructure serait sous la forme d’une 2x3 voies routières dont
une voie en TCSP (Transport en Commun en Site Propre).

L’introduction
d’un TCSP est récente et n’a, en réalité, de justification que pour
permettre d’obtenir des subventions de la région IdF. En effet, le
tracé, bien qu’en zone urbanisée, reste éloigné des centre villes et
le TCSP n’y serait d’aucune utilité.

La majeure partie du tracé serait à l’air libre. Seule une petite
portion de 500 m à Montmorency serait en tranchée couverte. Malgré
cela, le coût global de l’opération est estimé à plus de 500 M. C’est
d’ailleurs pour cette raison que ce tronçon central n’a pour
l’instant pas été réalisé.

Les justifications avancées par les promoteurs du projet sont
principalement les suivantes :

- permettre aux habitants de la vallée de Montmorency d’aller
travailler sur la plateforme de Roissy et les zones avoisinantes ;
- fluidifier le trafic local.

Cependant, ces justifications ne tiennent guère :

- les documents d’étude produits par le CG font état d’un trafic
domicile travail de l’ouest vers l’est très faible. En effet, seuls 2%
des actifs de la communauté de communes de la vallée de Montmorency
vont travailler sur la plateforme de Roissy CDG.

Non parce qu’ils ne
peuvent y accéder (il faut aux heures de pointe de 45 à 50mn de trajet
en voiture, ce qui reste proche de la moyenne en IdF) mais parce que
leur bassin d’emploi naturel est Paris, le 93 ou le 92.

- La circulation locale est certes chargée aux heures de pointe mais
elle pourrait être fluidifiée par des aménagements locaux d’un montant
infiniment inférieur à celui de l’infrastructure.

- Enfin, une nouvelle liaison ferroviaire, la Tangentielle Nord, va
voir le jour entre Epinay sur Seine et Le Bourget dans un premier
temps. Cette liaison permettra aux habitants de l’ouest de rallier
beaucoup plus facilement l’est du département.

Ce projet est, à notre connaissance, l’un des derniers, si ce n’est
le dernier, à exister en France dans ce type de configuration : plus
de 10 km de 2 x 3 voies de route express en milieu urbain quasiment
sans couverture.

Pour s’opposer à cette aberration, 17 associations se sont regroupées
en collectif : le collectif Vivre sans BIP (le BIP est l’ancien nom
de l’avenue du Parisis).

Le collectif a pointé l’inutilité du projet,
son coût exorbitant pour l’un des départements le plus endettés de
France et bien sûr les nuisances associées en termes de pollution et
de bruit. En effet, le tracé se situe exactement sous les
trajectoires des avions de Roissy !

Les premières réunions tenues sur la partie Est, dans des zones aux
populations défavorisées, avaient connu une participation très faible.
En revanche, lors des dernières réunions publiques, cette opposition
était très majoritairement partagée par les participants venus en
masse (salles toujours comble avec plusieurs centaines de personnes).
La dernière réunion à Deuil sera sans doute l’une des plus virulentes
tant les habitants sont opposés et mobilisés.






Source : Courriel à Reporterre du Collectif Vivre sans BIP

Lire aussi : Près de Roissy, lutte contre le béton

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