Un projet pharaonique d’autoroute à La Réunion

Durée de lecture : 3 minutes

31 août 2012 / Jean-Pierre Marchau

La Réunion prépare une troisième route circulaire, après que les deux précédentes se soient révélées dangereuses et très coûteuses. Le transport en commun est sacrifié aux investissements nécessités par le lobby du béton.


La Réunion n’en finit pas de payer l’erreur historique du choix
arrêté en 1955 de vouloir faire passer l’axe Saint-Denis /La
Possession sur le littoral. Dès l’achèvement en 1963 de la première
route en pied de falaise, devant sa dangerosité, on envisagea la
construction d’une nouvelle route plus éloignée en mer. Mais en
1976, lors son inauguration, cette deuxième route du littoral se
révéla elle aussi dangereuse et on réfléchît aussitôt à une 3e
route. Aujourd’hui et malgré les millions d’euros dépensés en
entretiens et en travaux de sécurisation, on persiste dans les erreurs
du passé en proposant un troisième itinéraire toujours sur le
littoral, encore un peu plus éloigné sur la mer et en y incluant cette
fois un Transport Collectif en Site Propre (TCSP).

La route des Tamarins en 2009 a connu un dépassement du coût initial
de + 70 %, la 1re route du littoral de 1963 et la seconde, celle de
1976, on l’a oublié, avaient elles aussi connu un dépassement de coût
de + 70 %, ce qui rend risibles les affirmations du Président de
Région sur un coût maîtrisé de 1,6 milliards d’euros.

Le projet de la Nouvelle Route du Littoral (NRL) a été modifié le 14
octobre 2010 par les Accords de Matignon II. D’un coût estimé en
2007 à 930 millions, la NRL est passée à 1600 millions d’euros du
fait de l’ajout d’une sur largeur (passage à une 2 X 3 voies dont
deux voies dédiées à un TCSP bus puis à terme, un TCSP ferré) et du
fait de l ’abandon du péage routier.

Avec ce projet pharaonique, La Réunion court à la catastrophe. Sur le
plan environnemental, car les deux énormes digues vont avoir un impact
meurtrier sur la biodiversité terrestre et marine, sur le plan paysager
car il va défigurer le site patrimonial et historique de la Grande
Chaloupe, sur le plan social car ce projet ne sert que les intérêts du
lobby automobile au détriment du transport en commun aujourd’hui
sacrifié, sur le plan économique car le chantier ne créera pas
d’emplois durables, sur le plan financier car CETTE ROUTE COÛTERA AU
BAS MOT 2,5 MILLIARDS D’EUROS et tous les dépassements du budget
initialement prévu seront supportés par les contribuables réunionnais
qui sont actuellement parmi les plus endettés de France. La dette
régionale se monte à 4225 euros par foyer fiscal en 2010. Si on y
ajoute la dette du département, le cumul des deux aboutit à une dette
de 8709 euros par foyer fiscal imposé, ce qui place La Réunion en
tête des territoires français endettés.

Enfin, une telle route en mer, sur un viaduc de 30 m de haut au-dessus des flots, est un archaïsme dans le monde du changement climatique qui se caractérisera par une recrudescence de la fréquence et de la violence des cyclones.

Une pétition en ligne a été lancée pour dire non à la nouvelle route du littoral : http://www.avaaz.org/fr/petition/NO...



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Source : Réunion Orange

Illustration : Info Réunion

Jean-Pierre Marchau est membre du Collectif Non à nouvelle route du littoral

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