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Sports

Jugé trop engagé, le site « Vertige Media » persona non grata au Salon de l’escalade

Une salle d'escalade à Paris, en 2021. (Photo d'illustration)

Le site d’information sur l’escalade « Vertige Media » n’animera plus de conférences au Salon de l’escalade. En cause : sa ligne éditoriale trop engagée pour les marques présentes à l’événement.

Le site d’information sur l’escalade Vertige Media n’animera plus de conférences au Salon de l’escalade. Ce jeune média en ligne assure dans sa dernière lettre d’information avoir été « viré » de l’événement.

Ce salon, qui se tiendra à Paris en janvier 2027, rassemble amateurs et professionnels de la grimpe venant assister à des conférences, participer à des initiations, rencontrer des athlètes et tester du matériel.

Il accueillait depuis deux ans des conférences de Vertige Media sur différentes thématiques comme le sexisme dans le monde de l’escalade, l’embourgeoisement des salles de grimpe, la critique de la quête effrénée de performance sportive.

Vertige Media profitait de l’événement pour poser des questions de genre, de classe, de santé publique, d’imaginaires et de nouveaux récits. Un prolongement de sa ligne éditoriale destinée à « bousculer le monde de l’escalade » et ouvertement critique envers le business toujours plus juteux d’un sport en pleine gentrification.

L’équipe de Vertige Media avait également lancé un prix de l’initiative écologique, remis par Reporterre à la grimpeuse Éline Le Menestrel en 2025.

« Sur cette scène, nous avons fait exister tout ce qui fait de l’escalade un monde vivant, passionnant et contradictoire : l’accès aux falaises, la transition écologique, les modèles associatifs, l’inclusion, la gouvernance ou le quotidien des salariées en salle. Nous avions créé un endroit pour penser à voix haute, précisément parce que ce secteur grandit vite et a un besoin vital de débattre », explique Pierre-Gaël Pasquiou, le directeur de publication, dans leur dernière lettre d’information.

Parmi les thématiques abordées par Vertige Media, le business de l’escalade. Capture d’écran/Vertige Media

Le choix d’un angle « plus neutre et moins engagé »

Une dimension critique et ouvertement politique à l’origine de la mise à l’écart de Vertige Media pour l’organisation de conférences au Salon de l’escalade ?

Contacté par Reporterre, le directeur du salon, Éric Hatesse, concède « souhaiter revenir à une certaine forme de neutralité dans les propos ». Il précise : « “Vertige Media” se revendique engagé avec une ligne éditoriale assumée que je respecte. Mais l’idée [pour la prochaine édition] est d’aborder les choses sous un angle plus neutre et moins engagé, sans pour autant fermer la porte à cette approche-là. »

« C’est très hypocrite, répond Pierre-Gaël Pasquiou. C’est vraiment dommage de voir disparaître un espace de parole qui abordait des sujets plus politiques et moins confortables. Je ne remets pas en question la crête économique sur laquelle se trouve le salon. Mais ce qui en faisait sa richesse ces dernières années, c’était justement ce mélange du monde associatif et fédéral. »

« C’est très hypocrite »

Pour avoir des conférences plus « neutres », le salon a confié leur organisation à Matthias Paré, un photographe d’aventure qui écrit pour PlanetGrimpe, un site d’actualité très axé sur les compétitions et qui ne publie aucun article politique, contrairement à Vertige Media.

Derrière ce changement de tonalité et sa non-reconduction, Vertige Media soupçonne les pressions directes des marques de matériel d’escalade présentes sur le salon. Selon une autre source contactée par Reporterre, qui a requis l’anonymat, la direction du salon a bien reçu des remarques de certaines entreprises à propos de cette programmation. Des accusations dont Éric Hatesse se défend : « Je n’ai jamais fait l’objet de pression de la part de qui que ce soit. »

Quelles qu’en soient les raisons, cette interruption de partenariat confirme un climat hostile à l’existence de voix critiques sur le milieu de l’escalade. Sur les réseaux sociaux, certains internautes accusent Vertige Media de faire « du mal à l’escalade ». La rédaction reçoit même des appels téléphoniques à la teneur menaçante, comme « l’escalade se porterait mieux si tu sautais d’un pont ». Face à cela, l’équipe du jeune média promet de poursuivre son travail critique.

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