Un socialiste contre l’aéroport de Notre Dame des Landes

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21 février 2011 / Michel Sourouille

« Mes camarades n’ont pas encore compris que les raisonnements d’il y a trente ans ne sont plus des raisonnements durables. »


Je suis membre du parti socialiste depuis 2002 et de son pôle écologique depuis sa création en 2008. Anciennement membre des Verts, je pense en effet que l’écologie doit d’urgence être prise en compte par un parti de gouvernement. Car les temps qui s’annoncent vont être durs. Mais l’évolution des mentalités au sein du Parti socialiste reste limitée. Ainsi le député-maire de Nantes, Jean-Marc Ayrault, soutient le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Quels sont ses arguments ?

Dans un article paru dans Le Monde du 15 février 2011, notre camarade Jean-Marc Ayrault et quelques grands élus essayent de constamment disqualifier les opposants par le verbe et les procès d’intention : « Niant les questions… partisans de l’immobilisme… semblant considérer que le trafic aérien est la cause unique et majeure du réchauffement climatique… refus de toute forme de progrès… logique de régression… composantes radicales ». Ceci ne constitue pas un raisonnement, mais une excommunication. Et ce n’est pas en saupoudrant le texte de références écolo qu’on fait de l’écologie : « Nantes, capitale verte de l’Europe… Aéroport labellisé HQE… protection de l’environnement. » Cela s’appelle du greenwashing.

Mes camarades n’ont pas encore compris que les raisonnements d’il y a trente ans ne sont plus des raisonnements durables. Affirmer que « Les avions ne vont pas s’arrêter de voler demain » ne dit rien d’après-demain. Si le kérosène était taxé, la majorité des compagnies aériennes serait déjà en piteux état. Alors si le prix du baril double ou triple, seuls les plus riches pourront atterrir sur cet aéroport du Grand-Ouest. Sachant que le pic du pétrole conventionnel a été franchi en 2006, cela ne saurait tarder. Et ce n’est pas parce que les autres font des erreurs comme Oslo (transfert d’aéroport) qu’il faut faire les mêmes. Le soutien réaffirmé à l’avion et aux lignes à grande vitesse montre d’ailleurs que nos camarades ne savent pas encore que demain il faudra aller ailleurs moins vite, moins loin et moins souvent.

Pourquoi mes camarades se trompent-ils ? D’abord parce qu’ils sont encore obnubilés par la croissance économique comme source d’emploi (« Nous sommes partisans d’un modèle de croissance équilibré… Une logique de régression pénaliserait les régions où nous travaillons… l’avenir d’un bassin d’emploi… lutter contre le chômage… embauche de 200 personnes… politique créatrice d’emplois »). Or la croissance économique est manifestement destructrice d’emploi : soixante ans de croissance en France et le chômage est devenu structurel. Mais modifier ses paradigmes de référence est toujours difficile, surtout dans une société croissanciste qui vous ressemble.

Ensuite parce que mes camarades sont des élus qui pensent que leur talent de bâtisseur fera leur notoriété, donc leur ré-élection. Cet article est d’ailleurs cosigné par des présidents de différents territoires. Financer des aéroports ou des LGV, c’est de leur responsabilité, il faut bétonner, laisser une trace matérielle de sa présence. Ils ont la mentalité de leur fonction. Mais notre planète est déjà dévastée et l’énergie va devenir de plus en plus chère. Les élus locaux, en toute conscience, doivent changer et comprendre ce que signifie vraiment « maîtrise de l’énergie ». L’heure n’est plus aux grands projets, il est dorénavant impératif pour les élus locaux de penser en termes de sobriété et de relocalisation.




Source : Courriel à Reporterre.

Contact : Pôle écologique du PS

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