Faire un don
28060 € récoltés
OBJECTIF : 80 000 €
35 %
Pour une presse libre comme l'air ! Soutenir reporterre

Un trésor aquatique dans le sous-sol du Niger

Durée de lecture : 2 minutes

28 décembre 2006 / Hervé Kempf


BOULAKOURATÉGUI (Niger) ENVOYÉ SPÉCIAL

La mare, paisible, surprend dans l’environnement aride du Niger : l’eau est limpide, la végétation et les manguiers abondent, les chèvres et les vaches viennent boire à satiété - ainsi que les girafes, tôt le matin, paraît-il. « On l’appelle ’la mare où l’on plonge’, parce que les enfants s’y baignent souvent », dit Issifou Moumouni, un paysan de Boulakouratégui. Ici, l’eau ne manque jamais.

Ce petit lac, situé à 70 kilomètres de la capitale du Niger, est l’illustration d’un phénomène que les hydrologues ont baptisé « le paradoxe de Niamey ». Alors que les précipitations dans le Sahel ont baissé de 25 % entre 1968 et 1995 et que le débit du fleuve Niger a connu une diminution moyenne encore plus importante, le niveau de la nappe phréatique située sur sa rive gauche, de Niamey à Tahoua, ne cesse de monter : « Le mouvement s’accélère, constate Luc Descroix, de l’Institut de recherche pour le développement (IRD). La nappe, appelée Continental Terminal 3, gagnait 1 à 2 cm par an avant 1980, 5 cm par an dans la décennie suivante, 10 cm dans les années 1990, et on en est maintenant à 20 cm par an. »

Comment ce paradoxe de Niamey, mis en évidence par un autre chercheur de l’IRD, Christian Leduc, s’explique-t-il ? Par le changement du mode d’occupation des sols depuis un demi-siècle, sous l’effet de la croissance démographique, le Niger a vu sa population quadrupler depuis 1950. Ainsi la brousse a-t-elle progressivement été remplacée par l’agriculture et la jachère.

Or celles-ci retiennent beaucoup moins l’eau - qui tombe à verse pendant la saison des pluies - que la brousse. Au lieu de s’infiltrer, l’eau ruisselle donc en suivant la pente. Comme la région est constituée d’une multitude de petits bassins versants autour de mares, l’eau de ruissellement alimente celles-ci et s’infiltre dans la nappe phréatique sous-jacente.

Ainsi, écrit Christian Leduc, « l’influence positive - bien qu’involontaire - de l’homme sur la recharge de la nappe phréatique a largement permis de contrebalancer près de Niamey la chute de la pluviométrie observée depuis vingt-cinq ans au Sahel ». Le Continental Terminal couvre une région d’environ 200 000 km2, où l’agriculture dispose donc d’une ressource en eau importante : « La nappe n’est pas exploitée, dit Luc Descroix. Or elle recèle de l’ordre d’un milliard de mètres cubes, mille fois plus que ce qui en est tiré chaque année. »

L’irrigation pourrait donc être développée, permettant d’accroître la production agricole, un enjeu crucial pour un des pays les plus pauvres de la planète. Le Niger dispose dans son sous-sol d’un atout important pour l’avenir.



Puisque vous êtes ici…

… nous avons une faveur à vous demander. La crise écologique ne bénéficie pas d’une couverture médiatique à la hauteur de son ampleur, de sa gravité, et de son urgence. Reporterre s’est donné pour mission d’informer et d’alerter sur cet enjeu qui conditionne, selon nous, tous les autres enjeux au XXIe siècle. Pour cela, le journal produit chaque jour, grâce à une équipe de journalistes professionnels, des articles, des reportages et des enquêtes en lien avec la crise environnementale et sociale. Contrairement à de nombreux médias, Reporterre est totalement indépendant : géré par une association à but non lucratif, le journal n’a ni propriétaire ni actionnaire. Personne ne nous dicte ce que nous devons publier, et nous sommes insensibles aux pressions. Reporterre ne diffuse aucune publicité ; ainsi, nous n’avons pas à plaire à des annonceurs et nous n’incitons pas nos lecteurs à la surconsommation. Cela nous permet d’être totalement libres de nos choix éditoriaux. Tous les articles du journal sont en libre accès, car nous considérons que l’information doit être accessible à tous, sans condition de ressources. Tout cela, nous le faisons car nous pensons qu’une information fiable et transparente sur la crise environnementale et sociale est une partie de la solution.

Vous comprenez donc sans doute pourquoi nous sollicitons votre soutien. Il n’y a jamais eu autant de monde à lire Reporterre, et de plus en plus de lecteurs soutiennent le journal, mais nos revenus ne sont toutefois pas assurés. Si toutes les personnes qui lisent et apprécient nos articles contribuent financièrement, la vie du journal sera pérennisée. Même pour 1 €, vous pouvez soutenir Reporterre — et cela ne prend qu’une minute. Merci.

Soutenir Reporterre

Source : Cet article est paru dans Le Monde daté du 27 décembre 2006.

28 novembre 2019
Le climatoscepticisme reste présent dans la classe politique
Enquête
9 décembre 2019
Les zadistes de la Cagette des terres ravitaillent et réchauffent les luttes
Reportage
7 décembre 2019
COP25 : les négociations internationales sur le climat s’enlisent
Info




Du même auteur       Hervé Kempf