Un vaccin imposé sans précaution aux troupeaux ovins

Durée de lecture : 5 minutes

22 novembre 2009 / Nature et Progrès

Les éleveurs luttent pour ne pas se voir imposer un vaccin à l’utilité discutable contre la Fièvre catharale ovine.


La fièvre catarrhale ovine (FCO) ou langue bleue, originaire d’Afrique, semble vouloir s’installer dans les élevages du Nord, sans doute à cause du réchauffement climatique. Véhiculée principalement par des insectes piqueurs, cette maladie sévit en France depuis quelques années. Cette fois encore, malgré tous les éléments scientifiques montrant que l’éradication du virus est impossible, le gouvernement se lance à corps perdu dans une stratégie vaccinale aussi incompréhensible que coûteuse et surtout moins efficace sur les troupeaux que l’immunité naturelle. Un collectif d’éleveurs s’élève contre cette politique dénuée de vision à long terme.

Entretien entre Nelly Pégeault, rédactrice en chef de la revue Nature & Progrès et Thierry Machard, porte parole de la Coordination Nationale des collectifs FCO contre l’obligation de vacciner.

Pouvez-vous nous resituer le contexte qui a prévalu à la création des collectifs FCO ?

Thierry Machard - La Fièvre Catarrhale Ovine est apparue en France début 2006, avec d’emblée une proposition de règlement de la maladie par la vaccination. Mais celle-ci était facultative et le vaccin gratuit. Courant 2008, il y a eu quelques milliers de foyers (1), et donc, en décembre, Michel Barnier a décidé de rendre la vaccination obligatoire. C’est là que ça a commencé à réagir dans les départements, surtout du côté des éleveurs bio. L’ITAB, l’Institut Technique d’Agriculture Biologique, a bien tenté d’obtenir des dérogations en proposant que les élevages Bio servent de « troupeaux sentinelles », mais la proposition a été rejetée. Les seuls qui ont obtenu des dérogations sont les centres d’insémination artificielle : autrement dit les animaux considérés comme "ayant de la valeur". Tous les autres devaient se faire vacciner ! C’est à ce moment que la contestation a grandi dans pas mal de départements et que les premiers collectifs se sont créés, vers février 2009 : c’est une date importante en ce sens qu’il était déjà trop tard pour contester l’arrêté ministériel imposant la vaccination.

Certains éleveurs ayant fait vacciner leur bêtes contre la FCO auraient connu ensuite des problèmes de santé sur leur troupeau, avez-vous des informations à ce sujet ?

Il n’y a aucune information officielle sur les « dégâts » de la vaccination. Aucune ! Parce que la fameuse pharmacovigilance n’a jamais été respectée. Elle est pourtant obligatoire avec des vaccins n’ayant qu’une autorisation temporaire d’utilisation, comme c’est le cas ici. Sans autorisation de mise sur le marché, certains protocoles sont à respecter : le vétérinaire aurait du fournir aux éleveurs un document où figurent la date de vaccination du cheptel, le lot de vaccins utilisés, le lieu de l’injection, permettant de tracer l’effet du produit sur les animaux. Mais ce document n’a jamais été transmis aux éleveurs. Du coup, les abcès de 20 cm de circonférence se formant après l’injection, les avortements, les naissances avec des malformations ou des animaux morts nés, etc., aucun de ces symptômes, pourtant observés par certains éleveurs après la vaccination, n’est remonté jusqu’aux Directions des Services Vétérinaires. C’est comme ça qu’officiellement "il n’y a pas de problème avec la vaccination".

Votre collectif réclame un déclassement de la maladie, comment comptez-vous y parvenir ?

Jusqu’au mois d’Août, les discussions avec le Ministère et la Direction des Services Vétérinaires (DSV) laissaient entendre qu’on allait trouver un consensus en se dirigeant vers une vaccination facultative. Puis au mois d’Août, Monsieur Mortureux est arrivé à la tête de l’AFSSA… Et nous voilà repartis vers l’obligation vaccinale ! Début septembre, dans un discours, le ministre Bruno Lemaire a même présenté la FCO comme un fléau. Un fléau ! Alors qu’il n’y a eu que 79 foyers déclarés en 2009 sur le territoire national, contre environ 7 à 8000 foyers en 2008 : si ça, ça ne ressemble pas à une campagne de désinformation ! Sans être un adepte de la théorie du complot, il y a de quoi se poser des questions quand on sait que Michel Barnier, le premier à avoir préconisé une campagne vaccinale, a été vice-président de Mérieux industrie. Et que Mortureux, lui, a été directeur général adjoint de l’Institut Pasteur ! Que ces deux-là choisissent justement la vaccination pour gérer la fièvre catarrhale, cela ne vous semble pas bizarre ? D’autant que les scientifiques de l’AFFSA se montrent de plus en plus réservés quant à l’efficacité de la vaccination sur cette maladie…

Que risquent les éleveurs qui refusent de vacciner quand c’est obligatoire ?

Dans le Doubs et en Vendée, les processus ont été enclenchés en rapport avec la campagne de vaccination 2009… Les éleveurs risquent une amende de 450 € par animal non vacciné. Mais nous, on attend le procès pour avoir une tribune. Car les média jusque là ne reprennent pas nos informations. Vous rendez-vous compte que, pour cette campagne de vaccination, le Ministère est parvenu à débloquer 98 millions d’euros ? Qui vont passer directement de la poche des contribuables à celles des laboratoires ! Comme s’il n’y avait pas d’autres priorités pour les agriculteurs en ce moment !

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Note

(1) Les foyers ne concernent pas forcément des animaux ayant déclenché les symptômes de la maladie. Une simple prophylaxie (une prise de sang par exemple) présentant des traces de FCO est considérée comme un foyer.



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Source : Cet entretien est paru dans la revue Nature et Progrès, n°75, novembre 2009.

Pour en savoir plus : Coordination Nationale des collectifs FCO contre l’obligation de vacciner : http://www.collectif.org

Lire aussi : Les liens dangereux entre la grippe porcine et l’industrie de la viande http://www.reporterre.net/spip.php?...

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