Une pierre noire tombée par hasard sur le chemin du progrès ? Non !

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15 mars 2011 / Hervé Kempf



« Il est étonnant qu’un procédé technique qui hypothèque autant l’avenir des prochaines générations soit présentée comme l’ »énergie du futur« . Il n’y a pas guère de meilleur symptôme de l’irresponsabilité morale de l’oligarchie présente. » (texte de 2009)


Étrange époque. On n’a jamais autant parlé de l’énergie nucléaire. Mais ce flot de paroles se déverse comme si elle était à l’abri de tout accident grave, comme si Tchernobyl avait été un simple chaos de l’histoire, une pierre noire étincelante mais météorique tombée par hasard sur le chemin du progrès.

Je frémis quand j’imagine qu’un des cinquante réacteurs que compte mon pays pourrait faillir et rendre inhabitable pour des décennies plusieurs dizaines ou centaines de kilomètres carrés. Car malgré le mutisme coupable des dirigeants, les accidents sont possibles. A plusieurs reprises dans les années récentes, des réacteurs sont passés à un doigt d’un pépin vraiment grave : le 27 décembre 1999, la centrale française du Blayais a subi une grave inondation qui a mis hors service des pompes essentielles à sa sécurité. Le 25 juillet 2006, le fonctionnement de la centrale suédoise de Forsmark était stoppé en urgence – « c’est une pure chance si le cœur n’a pas fondu, commentait Lars-Olov Höglund, un ancien responsable de la centrale,  »cela aurait pu être une catastrophe". Le 16 juillet 2007, la centrale japonaise de Kashiwazaki-Kariwa subissait le contrecoup d’un violent séisme ; la principale conséquence était la fuite d’eau radioactive ; un an plus tard, la centrale restait à l’arrêt.

Ces événements se sont produits dans trois pays réputés pour la qualité de leur sûreté nucléaire.

La possibilité qu’un accident grave advienne est enfin officiellement envisagée : la France a constitué en 2007 un « Comité directeur pour la gestion de la phase post-accidentelle d’un accident nucléaire ou d’une situation d’urgence radiologique » (Codirpa). Celui-ci a commencé à réfléchir aux « questions qui nécessitent une anticipation », telles que celle-ci : « Dans le cas où les pouvoirs publics retiendraient un éloignement des populations, du fait des doses susceptibles d’être reçues, le statut des territoires concernés devra être précisé : - l’éloignement des populations a-t-il le statut de simple recommandation ou entraîne-t-il une interdiction absolue de séjour ? – dans l’hypothèse où l’éloignement est impératif, comment s’assurer du respect de l’interdiction de séjour sur les territoires concernés ? ». Comme l’observe un membre du Codirpa, « il est dur d’appréhender le sacrifice d’un territoire pour plusieurs siècles, voire des millénaires ».

Il est étonnant qu’un procédé technique qui hypothèque autant l’avenir des prochaines générations soit présentée comme l’« énergie du futur ». Il n’y a pas guère de meilleur symptôme de l’irresponsabilité morale de l’oligarchie présente.






Source : Pour sauver la planète, sortez du capitalisme, (Seuil, 2009), p. 78-80.

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