Vu de l’Ecole centrale

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17 février 2011 / Hervé Kempf


Oubliez les barbus, les éleveurs de chèvres, les babas, les décroissants, les anarchistes, les agriculteurs bio, les frugaux, les écolos, les cultivateurs de topinambours, les utopistes, les rêveurs, les jeunes, les antipubs, les pacifistes, les végétariens, les cyclistes, tous ceux dont les gens sérieux savent qu’ils ne racontent que des niaiseries, des contes à dormir debout.

Non, prenez du solide, du concret, du... centralien ! De l’Ecole centrale, une des grandes écoles d’ingénieurs de la République française. Et plutôt que de lire La Décroissance, Silence, Tim Jackson, L’Age de faire, Down to Earth, Jean Gadrey ou la chronique Ecologie écrite par une espèce d’ayatollah khmer exalté s’éclairant sans doute à la bougie, absorbez page à page Quel futur pour les métaux ? (EDP Sciences, 2010).

Qu’y racontent Philippe Bihouix et Benoît de Guillebon, ingénieurs centraliens, et une douzaine de leurs collègues ? Que s’il y a un pic pétrolier, il faut aussi penser au pic des métaux. C’est-à-dire que la production des divers métaux - pas seulement les terres rares, mais aussi le nickel ou le cuivre, par exemple - va bientôt atteindre un niveau au-delà duquel il ne sera plus possible de l’augmenter, et qu’il va falloir apprendre à les économiser. Qu’il faut de plus en plus d’énergie pour obtenir la même quantité de métal, tandis que la production d’énergie, elle-même moins accessible, requiert de plus en plus de matières premières. Que les énergies nouvelles, et plus généralement les technologies dites vertes, recourent à des métaux rares, dont elles accroissent la consommation, et donc la crise prochaine. Que « les pays occidentaux consomment de l’ordre des trois quarts des ressources mondiales extraites annuellement pour un cinquième de la population » et que « le gâchis actuel est tout bonnement phénoménal ».

Tableaux, graphiques, statistiques, références viennent à l’appui des propos de Marc Ventre, le président de l’Association des centraliens : « La croissance mondiale va créer dans un horizon relativement proche des situations de pénurie. (...) Il ne sera pas possible de tout résoudre par des solutions technologiques. »

Tout n’est cependant pas perdu : si l’on économise et recycle à grande échelle, on pourra s’adapter à ces ressources limitées. Mais le temps court. Il y a quelques jours, le cours du cuivre a dépassé 10 000 dollars la tonne. Un monde se ferme. L’économie doit s’occuper « des ressources à moyen terme » plutôt que « du profit à court terme ». Ministres sourds, politiciens aveugles, médiacrates muets, pour une fois, lisez un livre.




Source : Cet article est paru dans Le Monde daté du 16 février 2011.

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