Wikileaks : A Copenhague, Borloo avait un double discours

Durée de lecture : 6 minutes

9 décembre 2010 / Greenpeace / Wikileaks


La publication par Wikileaks de télégrammes diplomatiques émis par l’ambassade américaine à Paris en début d’année met en lumière le double jeu de la France et de son ministre de l’époque, Jean-Louis Borloo, au sujet des négociations internationales sur le climat.
Dans le télégramme diplomatique http://www.wikileaks.ch/cable/2010/..., JL Borloo confiait qu’un « accord contraignant » est illusoire et impossible…. tout en soutenant en public la position européenne !

D’un coté, la France s’est illustrée par des discours enflammés sur la nécessité d’un accord ambitieux et contraignant alors que, de l’autre, dans les couloirs, Jean-Louis Borloo défendait officieusement une approche fondée sur des engagements non contraignants, totalement inefficace, voire dangereuse.
Une telle approche, soutenue notamment par les Etats-Unis, a déjà fait la preuve de son inefficacité. Il est illusoire de croire que la somme des actions volontaires de chacun formera un tout cohérent et suffisant pour faire face à la crise climatique !

C’est précisément la question clef à l’agenda de Cancun.

Les signataires du Protocole de Kyoto vont-ils accepter une 2e période d’engagement et maintenir leurs actions dans un cadre contraignant sur la base d’un objectif commun de réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre ? Ou abandonner le Protocole de Kyoto et s’engager sur une base volontaire ?

C’est la ligne rouge pour les pays en développement. Le Protocole de Kyoto est le seul cadre juridique contraignant permettant de lutter contre les changements climatiques à l’échelle globale. Sans un signal clair des signataires de leur volonté d’agir dans ce cadre, les négociations seront bloquées. Or le Japon a exprimé de fortes réticences à s’engager sur une 2e période et la position de l’Europe semble plus fragile que jamais… comme le prouvent les fuites de Wikileaks.

Autre enjeu de taille de la conférence de Cancun : reconnaitre et combler le fossé entre l’objectif des et les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre des pays industrialisés.

Jean-Louis Borloo défendait (en public…) le passage de l’Europe d’un objectif de - 20% à - 30% d’ici à 2020, sans conditions. Quelle est la position de la toute nouvelle ministre de l’Écologie ? Face au ministère de l’Industrie et de l’Énergie, ce dernier portefeuille lui ayant été retiré, Nathalie Kosciusko-Morizet saura-t-elle défendre cet objectif de - 30 %, qui est le minimum que l’Europe puisse faire pour retrouver une forme de leadership sur la scène des négociations internationales ?


Complément d’info : le texte en anglais du télégramme concernant M. Borloo :

RR RUEHAG RUEHDH RUEHHM RUEHPB RUEHROV RUEHSL RUEHSR RUEHTRO
DE RUEHFR #0183 0481130
ZNY CCCCC ZZH
R 171130Z FEB 10
FM AMEMBASSY PARIS
TO RUEHC/SECSTATE WASHDC 8324
INFO RHEHAAA/NATIONAL SECURITY COUNCIL WASHINGTON DC
RHEBAAA/DEPT OF ENERGY WASHINGTON DC
RUEHZN/ENVIRONMENT SCIENCE AND TECHNOLOGY COLLECTIVE
RUCNMEM/EU MEMBER STATES COLLECTIVE
C O N F I D E N T I A L PARIS 000183

SIPDIS

E.O. 19528 : DECL : 12/03/2019
TAGS : SENV KGHG ENRG FR
SUBJECT : CLIMATE CHANGE - BORLOO SAYS DROP "LEGALLY BINDING"

REF:09 Paris 1635

Classified by Amb. Charles H. Rivkin for Reasons 1.5 (b)(d)

Summary


¶1. (C) French Environment Minister Jean-Louis Borloo told the
Ambassador that the key to advancing climate negotiations is to drop
the notion of a legally binding treaty in favor of a system of
national commitments. He also argued that it would be up to a small
group of eight or ten heads of state, and their sherpas, to negotiate
implementation of the Copenhagen Accord. Borloo attributed the
European obsession with legally binding treaties to its post-war
history and experience in creating the EU by progressively ceding
sovereignty via treaty. The key to reaching this kind of deal would
be credible action on tradable quotas, forests, and finance including
innovative financing mechanisms. The Copenhagen Accord was not a
failure, but allowing the means to become the ends was a trap. End
Summary.

¶2. (C) Ambassador Rivkin called on Minister of State for Sustainable
Development Jean-Louis Borloo on February 11 to review the Copenhagen
Conference and next steps on the Accord. They had last met on the
eve of the conference (reftel.) Borloo expressed in several
different ways the idea that Copenhagen had gone off track because
its approach had been too Western and too European. Major emerging
countries were not prepared to cede sovereignty to a treaty, while EU
members saw this as both normal and essential. Borloo observed that
Copenhagen had, in fact, established a possible global deal on
emissions reductions by the United States, China, and Europe. We
will not get beyond this balance at the next Conference of the
Parties (COP) in Cancun, he said.

¶3. (C) Borloo insisted that UNFCCC COP negotiators did not have the
ability to close a deal after years of ongoing negotiations. It was
now up to the major heads of state. He suggested a group of eight or
ten : Germany and France for Europe, the United States, China, India,
Brazil, Algeria and Ethiopia (and possibly South Africa). Once these
leaders, working through their sherpas or personal representatives
agree on an implementation plan for Copenhagen, it will be largely
acceptable to, and accepted by, the rest of the world, and can then
be returned to a UN forum to be finalized. (Borloo dismissed the
role of Spain as the current EU Presidency country, saying that Spain
has exceeded its Kyoto Protocol targets by 50 percent and is mired by
its internal economic situation. The United Nations also did not
have any leadership capacity to advance the negotiations, he said.)

¶4. (C) Borloo argued that the key to implementing the "equilibrium"
revealed at Copenhagen was an arrangement that would be voluntary but
also automatic in implementation and would include tradable emissions
quotas (with linked carbon markets), a forestry mechanism (REDD
Plus), and financing, including innovative financing and a fast start
mechanism. He commented that China would agree to such a system as
far preferable to a U.S. and EU carbon border tax or tariff
arrangement.

¶5. (C) Borloo thought that adhesion to the Copenhagen Accord would be
more than adequate to establish its acceptance, and he expected most
of Africa and three quarters of the island states to sign on. He
relayed that France continues to advocate adhesion and said that he
personally was travelling and meeting with key country counterparts,
including China and India.

¶6. (C) COMMENT : Borloo conveyed a strategic view of these
negotiations that has changed significantly. We note especially his
assessment that a legally binding instrument is not only unnecessary
but also impossible. He stressed that unlike some Europeans, the
French understood the USG position and had not been critical of the
United States at Copenhagen. In fact, he said, the success of the
Copenhagen Accord for the USG had been the direct engagement of
President Obama. END COMMENT.

¶7. (U) Borloo also passed a letter from himself, on behalf of the
French people, to Secretary of Energy Chu expressing condolences for
the loss of life at the Kleen Energy Power plant in Middletown,
Connecticut, and expressing his wish that those injured in the
explosion recover quickly. The Embassy has faxed the letter to the
Department of Energy.



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Source :http://energie-climat.greenpeace.fr...

Source Wikileaks : http://www.wikileaks.ch/cable/2010/...

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