A Bonn, les négociations sur le climat patinent dans la choucroute

Durée de lecture : 4 minutes

12 juin 2015 / Emilie Massemin (Reporterre)

Réunis dix jours à Bonn, les 196 États-membres n’ont quasiment pas avancé dans leur projet d’accord climatique. Ils ont toutefois accordé aux co-présidents des négociations l’autorisation d’améliorer le texte avant leur prochaine réunion, fin août. La route est encore longue avant la grande conférence de Paris, en décembre prochain.


Presque un tour pour rien. Réunis à Bonn du 1er au 11 juin, les représentants des 196 États-parties de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) ne sont pas parvenus à avancer sur le projet d’accord universel sur le climat, à moins de six mois de la conférence de Paris.

La mission des délégations était de raccourcir le brouillon issu de la session de négociations de Genève, en février dernier. Épais de 86 pages, ce document en anglais listait toutes les options, parfois contradictoires, défendues par chacun des États. Le nettoyage du texte impliquait donc que les propositions les plus proches soient regroupées, mais aussi que les parties adoptent certaines options et en rejettent d’autres – et entrent ainsi dans le vif des négociations.

Les questions de fond toujours pas abordées

Cet objectif n’a pas été atteint. Repris par les délégations ligne par ligne, trois fois de suite, le texte n’a perdu que 10 % de son volume et reste dense et confus. Les 4 000 négociateurs, accaparés par les questions de forme, n’ont pas eu le temps d’aborder les questions de fond : financement, adaptation, etc.

« Il règne ici un sentiment de grande insatisfaction, commente au téléphone Pierre Radanne, président de l’association 4D et expert des questions climatiques. Cet enlisement n’est pas le résultat de tensions politiques, parce que tout le monde est d’accord sur le fait qu’il faut éviter de dépasser les 2°C de réchauffement. Il est lié aux erreurs de méthode des co-présidents, qui ont voulu mélanger simplification du texte et discussions de fond. Les acteurs du processus se sont pris les pieds dans la complexité d’un texte de cent pages. »

« La confiance, la confiance, la confiance »

« C’est un processus qui se déroule étape par étape, plaide Christiana Figueres, secrétaire exécutive de la CCNUCC, en conférence de presse. Les délégations doivent faire face à la difficulté de clarifier le texte. Des progrès très intéressants ont été faits dans la compréhension du texte. »

« Nous ne devrions pas être frustrés, ajoute Laurence Tubiana. Les conditions d’un succès à Paris sont réunies. » L’ambassadrice française pour les négociations climatiques souligne l’importance de la confiance entre les États dans la poursuite des négociations : « Il faut trois conditions pour des négociations climatiques réussies : la confiance, la confiance, et la confiance. Nous n’avons pas d’armées, nous n’avons pas d’armes pour la mise en œuvre des accords climatiques. C’est une question de confiance. »

Un été studieux en perspective

Mais la confiance était bien là, estime Thomas Spencer, directeur du programme climat à l’Iddri (Institut du développement durable et des relations internationales). Elle a permis aux co-présidents des négociations, Daniel Reifsnyder (États-Unis) et Ahmed Djoghlaf (Algérie) d’obtenir un mandat pour avancer sur le texte, d’ici le 24 juillet. « Ces dix jours de travail étaient nécessaires pour aboutir à ce mandat. Les États avaient besoin de faire confiance aux co-présidents, qui devaient être sûrs de parfaitement connaître la position de chaque États. »

Les co-présidents Daniel Reifsnyder et Ahmed Djoghlaf

Deux autres sessions de négociations officielles sont prévues à Bonn, en septembre et en octobre. « D’ici-là, cet été, de nombreuses dates importantes vont donner une impulsion politique aux négociations, estime Alix Mazounie, chargée des politiques internationales au Réseau Action Climat (Rac) France : une réunion de haut niveau sur le changement climatique le 29 juin à New York, la conférence d’Addis Abeba sur le financement du 13 au 16 juillet, le forum des économies majeures, une réunion interministérielle les 20 et 21 juillet... Sans compter les contributions nationales, notamment celle de la Chine, qui vont continuer à tomber et s’ajouter aux quarante déjà dévoilées. »

Mais il reste du chemin à parcourir avant d’aboutir à un accord universel pour le climat lors de la conférence de Paris, en décembre prochain. « Plus on va se rapprocher de la COP 21, plus les négociations vont être difficiles, prévient Pierre Radanne. Et cette session de Bonn n’est pas rassurante : on va s’attaquer à une montagne, alors qu’on n’a pas été capables de grimper sur une taupinière. »


Complément d’info :

- Le texte de négociation le 12 février 2015

- Le texte de négociation le 11 juin 2015


Puisque vous êtes ici…

… nous avons une faveur à vous demander. La crise écologique ne bénéficie pas d’une couverture médiatique à la hauteur de son ampleur, de sa gravité, et de son urgence. Reporterre s’est donné pour mission d’informer et d’alerter sur cet enjeu qui conditionne, selon nous, tous les autres enjeux au XXIe siècle. Pour cela, le journal produit chaque jour, grâce à une équipe de journalistes professionnels, des articles, des reportages et des enquêtes en lien avec la crise environnementale et sociale. Contrairement à de nombreux médias, Reporterre est totalement indépendant : géré par une association à but non lucratif, le journal n’a ni propriétaire ni actionnaire. Personne ne nous dicte ce que nous devons publier, et nous sommes insensibles aux pressions. Reporterre ne diffuse aucune publicité ; ainsi, nous n’avons pas à plaire à des annonceurs et nous n’incitons pas nos lecteurs à la surconsommation. Cela nous permet d’être totalement libres de nos choix éditoriaux. Tous les articles du journal sont en libre accès, car nous considérons que l’information doit être accessible à tous, sans condition de ressources. Tout cela, nous le faisons car nous pensons qu’une information fiable et transparente sur la crise environnementale et sociale est une partie de la solution.

Vous comprenez donc sans doute pourquoi nous sollicitons votre soutien. Il n’y a jamais eu autant de monde à lire Reporterre, et de plus en plus de lecteurs soutiennent le journal, mais nos revenus ne sont toutefois pas assurés. Si toutes les personnes qui lisent et apprécient nos articles contribuent financièrement, la vie du journal sera pérennisée. Même pour 1 €, vous pouvez soutenir Reporterre — et cela ne prend qu’une minute. Merci.

Soutenir Reporterre

Lire aussi : Le dossier de Reporterre sur la COP 21

Source : Emilie Massemin pour Reporterre

Photo :
. chapô : Le centre de conférence à Bonn (@UNFCCC - Twitter)
. les co-présidents à Genève, en février : © Massemin/Reporterre.

DOSSIER    Climat : de COP en COP

20 septembre 2019
Philippe Martinez : « Avec les écologistes, on se parle ; ce n’était pas le cas avant »
Entretien
25 juillet 2019
Aux Rencontres de la photographie d’Arles, les murs séparent, la nature relie
À découvrir
19 septembre 2019
Week-end féministe à Bure : « Le nucléaire est un monstre du patriarcat »
Entretien


Dans les mêmes dossiers       Climat : de COP en COP





Du même auteur       Emilie Massemin (Reporterre)