A Nantes, des tritons, pas des avions !

29 avril 2009 / Geneviève Lebouteux



Un aéroport fou veut se poser près de Nantes, écrasant 2 000 hectares de terres agricoles. Les gens sensés résistent.

Près de Nantes, un projet pharaonique vieux de 40 ans menace 2000 hectares de terres agricoles, d’une biodiversité exceptionnelle. Il s’agit de construire un nouvel aéroport gigantesque. Il n’y a aucune utilité objective à ce projet car l’aéroport actuel suffit et suffira toujours largement. La majorité des élus, droite et gauche confondues, soutiennent pourtant le projet, au nom du sacro-saint développement économique. La crise financière actuelle et les efforts d’explication des opposants au projet ont commencé à faire changer les points de vue. Rendez-vous sur place la première semaine d’août 2009 pour soutenir le mouvement pour le maintien des terres de Notre Dame des Landes !

L’aéroport de Genève a une seule piste, il accueille 10 millions de passagers par an (170 000 mouvements d’avions) et occupe… 340 hectares. Ceux de Gatewick (GB) et de San Diego (USA) ont aussi une seule piste, leurs trafics annuels sont respectivement de 31 et 17 millions de passagers (223 000 et 280 000 mouvements) et ils occupent… 270 hectares l’un comme l’autre. A Nantes Atlantique, l’aéroport actuel de Nantes, il y a aussi une seule piste, le trafic annuel est de 2,6 millions de passagers (37 000 mouvements) et la superficie est de 320 hectares. Il est prévu de remplacer cet aéroport au trafic modeste par un aéroport à Notre Dame des Landes avec deux pistes, sur 1650 hectares. Cherchez l’erreur.

Un projet vieux de 40 ans

En 1967, le site de Notre Dame des Landes, à 15 km au nord de Nantes, est choisi pour y créer un nouvel aéroport qui remplacerait l’aéroport existant de Nantes Atlantique situé à 6 km au sud de Nantes et développerait le fret. C’est l’époque de démarrage du Concorde et les Nantais veulent pouvoir l’accueillir dignement ! Les prévisions de trafic de l’époque annoncent entre 5 et 9 millions de passagers pour l’an 2000 .

En 1970, la population apprend l’existence de ce projet par la presse. Michel Chauty, sénateur maire de Saint Herblain, revient enthousiaste d’un séjour aux Etats Unis : « La métropole Nantes Saint Nazaire pourrait devenir le Rotterdam aérien de l’Europe par la création d’un aéroport international de fret au nord de la Loire. ». L’Association des Exploitants Concernés par l’Aéroport (ADECA) se crée, soutenue par les syndicats agricoles. En 1974, un arrêté préfectoral définit une ZAD (zone d’aménagement différé), le Conseil général de Loire Atlantique commence à acquérir des terrains .

Dans les années 1980, le trafic stagne à Nantes Atlantique, le TGV vers Paris concurrence l’avion. A cette époque, l’arrivée d’avions plus gros nécessite une piste plus grande. La CCI, gestionnaire de l’aéroport, pose la question de construire une nouvelle piste sur Nantes Atlantique, perpendiculaire à la piste existante, beaucoup mieux orientée : les avions ne survoleraient plus du tout la ville de Nantes, il y aurait beaucoup moins de monde dans le périmètre de bruit, les trajectoires seraient rectilignes et dans le sens des vents dominants. Le Conseil général de l’époque refuse ce réaménagement : « Faisons au plus simple, de toutes façons, après, il y aura Notre Dame des Landes ». La solution retenue a été de prolonger la piste existante, très mal orientée.

1994, candidature pour le 3e aéroport parisien

Le projet de nouvel aéroport entre dans une période de sommeil dans les années 1980. Il en est de nouveau question en 1994. A cette époque, on parle d’un possible 3e aéroport parisien. Une délégation d’élus locaux monte à Paris pour proposer le site de Notre Dame des Landes (à plus de 400 km de Paris…). Dans cette délégation, on trouve Pierre Méhaignerie et Jean Marc Ayrault, symbolisant l’accord droite-gauche sur ce projet depuis le début. Là aussi, l’idée finit par faire long feu…

Le projet ressort en 2000 pour faciliter une opération de rénovation urbaine

En 2000, sous le gouvernement Jospin, le projet ressort. Il ne s’agit plus d’un aéroport de fret mais d’un aéroport international remplaçant partiellement l’existant (ce dernier restera en fonctionnement pour la société Airbus). Ajouté à l’aéroport de Saint Nazaire (pour Airbus également), le département de Loire Atlantique aurait ainsi trois aéroports. Waouh !

La raison donnée fut d’abord la future saturation de l’aéroport actuel. Le débat public de 2003 a montré que cet argument ne tenait pas. Depuis, la raison donnée est la volonté de supprimer le survol de Nantes (sachant que l’on compte moins de 2 avions par heure à survoler Nantes et pas plus de 4 ou 5 aux heures de pointe…). La majorité des élus soutiennent le projet pour le « développement économique » de la région : « Nantes et sa région seront plus compétitives », « Cela va générer des trafics nombreux vers les endroits de la planète les plus dynamiques économiquement », « La croissance du transport aérien est inéluctable »…

En fait, la vraie motivation pour ce projet en 2000 a été de faciliter une opération de rénovation urbaine importante dont une partie se situe dans le périmètre des nuisances sonores de l’actuel aéroport. Pour ne pas s’embarrasser de contraintes d’insonorisation trop fortes, on préfère se débarrasser de l’aéroport. Cette raison n’est pas évoquée publiquement, encore moins les appétits économiques des puissants lobbies du BTP, ni la mégalomanie de quelques-uns. Jean-Marc Ayrault a une vision extrêmement grandiose de Nantes et souhaite pour sa ville « un aéroport qui réponde aux défis de notre temps ». Traduction : une vitrine qui tape à l’œil. Pensez-donc, avec 1650 hectares (pour un trafic actuel de 37 000 mouvements et de moins de 3 millions de passagers), cet aéroport de Notre Dame des Landes serait plus gros que celui de Roissy Charles de Gaulle qui accueille, lui, sur 1400 hectares, 540 000 mouvements d’avions et 55 millions de passagers par an !

Depuis 2000, les opposants au projet de nouvel aéroport se sont organisés et exprimés. Une coordination regroupe une trentaine d’associations et de mouvements politiques opposés au projet. Dans les débats sur le projet, seule la forme de la démocratie a été respectée (débat public en 2003, enquête publique en 2007), mais sur le fond, la décision est prise. Un commissaire enquêteur a dit en privé « Vous ne pouvez pas imaginer les pressions que nous subissons ». La déclaration d’utilité publique est sortie en février 2008.

Malgré cela, de plus en plus de personnes, dont des élus, se posent des questions sur la pertinence de ce projet dans le contexte actuel. Les élus de la communauté de communes concernée ont pris une position unanime contre le projet, ils ont déposé un recours au Conseil d’Etat contre la déclaration d’utilité publique. Comme l’a fait la coordination.

Devant un projet si absurde et même indécent aujourd’hui, tant en termes de gaspillage de terres, d’argent public, que d’aggravation des problèmes existants (disparition de 50 exploitations agricoles, étalement urbain, déséquilibre du territoire…), la volonté de garder les terres de Notre Dame des Landes pour l’agriculture bocagère est puissante : réunions publiques d’information dans tout le département, tracts, manifestations, opposition sur le terrain aux prélèvements de terre qui ont démarré , présence continue tous les jours de deux personnes devant le Conseil général avec des panneaux « Réfléchissez encore ».

Du 1er au 9 août, une semaine de résistance est organisée sur les terres de Notre Dame des Landes : festival musical le samedi 1er août, pique nique annuel le dimanche 2, Camp Action Climat du 3 au 9, arrivée de l’Alter tour le samedi 8…

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(1) En 2000, il y a eu moins de 2 millions de passagers sur l’aéroport de Nantes Atlantique actuel. En 2008, 2,7 millions.
(2) Le Conseil général détient actuellement 900 hectares sur les 1650 nécessaires à l’aéroport
(3) Il s’agit d’étudier la qualité du terrain avant l’appel d’offre destiné à trouver un partenaire privé pour le projet. A peine une dizaine de prélèvements ont été faits, sur les 450 à faire pour l’étude.

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Source : Article paru dans la revue Silence de mars 2009.

Info : http://acipa.free.fr/index.htm

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