A Tours, l’éducation populaire se pratique en coopérative

Durée de lecture : 3 minutes

24 mars 2014 / Flora Chauveau (Reporterre)

L’Engrenage est une Scop d’éducation populaire. Basés à Tours, ses trois membres animent formations et conférences gesticulées. Leur but : penser la société, pratiquer la démocratie, libérer l’expression populaire.


- Tours, correspondance

Tours, amphithéâtre de l’université, un soir d’hiver. Hervé Chaplais, grand, blond, commence sa conférence gesticulée par un remue-méninges. « Si je vous dis rural, vous me répondez quoi ? » Les propositions fusent : « Vache ! » « Gnôle ! » « Cul-terreux ! ». La problématique est posée. Pendant deux heures, le conférencier va interagir avec le public, raconter des morceaux de sa vie qu’il rattachera à des concepts sociologiques, afin d’interroger la fausse opposition entre le rural et l’urbain.

Hervé Chaplais se définit comme un éducateur populaire. Avec ses collègues Emilie Viard et Filipe Marques, il fait partie de la Scop L’Engrenage, l’une des quatre Scop d’éducation populaire en France (avec Le Pavé à Rennes, Le Vent debout à Toulouse et L’Orage à Grenoble). Ils sont issus de l’animation, de l’enseignement, de la sociologie.

Très vite, chacun s’est interrogé sur la pratique de son métier, sur les rapports de domination qui s’exerçaient au quotidien. Hervé et Filipe se rencontrent lors d’une formation au Pavé, la première Scop d’éducation populaire, basée à Rennes. Ils décident alors de créer leur association afin de mettre en pratique leurs convictions. Elle deviendra une Scop en 2012.

La petite structure a posé ses valises dans une rue calme de Tours, au sein d’un espace de travail partagé. Elle est installée entre le bureau d’une compagnie de théâtre et celui d’une association humanitaire. Ce lundi, les trois éducateurs, cahiers et stylos colorés en main, préparent une formation professionnelle qu’ils vont animer dans quelques semaines. Ils s’interrogent, s’opposent, s’écoutent, choisissent. Ils mettent en pratique, dans leur travail, les concepts qu’ils souhaitent transmettre à leur public : la démocratie participative, le conflit constructif, l’émancipation par le travail collectif.

« Nous nous opposons à la pacification, explique Filipe Marques. C’est dangereux ! Nous avons besoin du conflit pour s’émanciper. » Ils suivent la phrase du syndicaliste révolutionnaire Fernand Pelloutier : instruire pour révolter.

Les trois coopérateurs parviennent à vivre de leur activité. Pourtant, ils n’acceptent aucune subvention. « Cela nous permet d’être vraiment indépendant. » Leur activité : principalement des formations professionnelles telles que « Susciter la participation » ou « Provoquer du pouvoir d’agir », des conférences gesticulées à destination du grand public, parfois même des animations d’assemblée générale et de l’accompagnement d’associations.

« Ce qui nous pose problème, c’est que les interventions sont souvent assez courtes et nous n’avons pas le temps de savoir ce que deviennent les gens, et comment ils mettent en pratique les méthodes que nous leur avons présentées. »

Car pour les membres de L’Engrenage, l’important est l’action sur le long terme. Ils proposent actuellement un quatrième poste d’éducateur populaire. Parmi l’énumération des qualités recherchées : « Quelqu’un qui désire changer le monde, rien que ça. »


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Source et photo : Flora Chauveau pour Reporterre

Dessins : L’Engrenage

Ecouter par ailleurs : Qu’est-ce qu’une conférence gesticulée ?.


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