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ReportageNature

Le changement climatique pousse la chenille processionnaire jusqu’au nord de la France

Des chenilles processionnaires à l'Île-Saint-Denis, en Seine-Saint-Denis, en 2025 (illustration).

La chenille processionnaire du pin remonte vers le nord de la France à la faveur du changement climatique. Les hivers de plus en plus doux favorisent le développement rapide de cet insecte, dangereux pour les humains et les animaux.

Tilloy-lez-Cambrai (Nord), reportage

Marchant resserrées, les unes à la suite des autres, les chenilles processionnaires du pin offrent chaque année un spectacle saisissant, lorsque, repues d’aiguilles de pin, elles quittent leur arbre-hôte pour trouver un coin de terre où s’enterrer, avant d’achever leur adolescence en devenant chrysalides, puis papillons.

Leurs cousines, les chenilles processionnaires du chêne, ont tendance à rester dans leur arbre : vous avez moins de chance de les croiser. Tant mieux : qu’elle soit friande de chêne ou de pin, la chenille processionnaire est surtout très urticante, et ses petits poils peuvent affecter votre système respiratoire, et vous causer de sévères allergies. Pour les animaux, c’est encore pire.

Les excursions groupées des chenilles processionnaires du pin sont un spectacle plutôt familier dans les zones de montagne et méditerranéennes, mais aussi — et c’est un fait nouveau — au nord de la France. Grâce au changement climatique, l’insecte se plaît de plus en plus sous des latitudes septentrionales. Doucement mais sûrement, il monte de plus en plus haut.

Les chenilles processionnaires affaiblissent les arbres qu’elles infestent. © Pierre-Olivier Chaput / Reporterre

Pour suivre l’évolution des chenilles processionnaires, un observatoire dédié a été créé en 2021. Il est piloté par le réseau Fredon France, une fédération d’acteurs dont le but est de surveiller les organismes qualifiés de nuisibles. Chargé de mission chez Fredon Normandie, Gaëtan Douchin a vu, d’année en année, la chenille processionnaire remonter sa région.

« Les papillons peuvent parcourir 4 km par saison, explique-t-il. On voit les communes se faire coloniser au fur et à mesure, du sud vers le nord. La chenille est arrivée de Bretagne, on peut observer l’avancée du front de colonisation. » Ainsi, les départements du sud de la région sont les plus touchés, alors que la Seine-Maritime, au nord, est — pour l’instant — quasiment épargnée.

« Si on a des automnes et des hivers chauds, on va avoir des chenilles qui se développent de manière plus rapide »

Si la chenille processionnaire remonte, c’est parce que le climat est plus favorable à son évolution : elle a besoin de températures positives, et que son nid enfoui sous le sol conserve une température supérieure à 6 °C.

« Si on a des automnes et des hivers chauds, on va avoir des chenilles qui se développent de manière plus rapide, explique Gaëtan Douchin. Ça a été le cas dans la Manche l’automne dernier, avec des conditions favorables. On a vu les premières processions dès fin octobre, alors que c’est début janvier habituellement. »

La chenille processionnaire du pin se nourrit des épines de ces arbres. © Pierre-Olivier Chaput / Reporterre

Les chenilles processionnaires du pin remontent… Mais sont-elles déjà « tout en haut » de l’Hexagone ? À Tilloy-lez-Cambrai (Nord), le petit complexe sportif situé en bas du village, habituellement en accès libre, est fermé.

Sur la barrière d’entrée cadenassée, on peut lire un arrêté municipal explicite, faisant état d’une « fermeture temporaire de secteurs en cas de présence avérée de chenilles processionnaires ». Mais la photo prise sur place par nos confrères de La Voix du Nord montre une chenille avec deux points rouges sur le postérieur : ce n’est pas une chenille processionnaire.

Le complexe sportif de Tilloy-lez-Cambrai a été fermé par crainte des chenilles processionnaires. © Mehdi Laïdouni / Reporterre

« Si on voit deux points rouges, on peut être sûr que c’est un bombyx à cul brun », témoigne Gaëtan Douchin. Également urticante, la chenille du bombyx à cul-brun n’est, elle, pas considérée comme une espèce nuisible.

Tôt ou tard, les chenilles processionnaires du pin achèveront leur périple et finiront un jour par marcher sur Dunkerque. Mais en attendant : « Minute, papillon ! »



Dangereuse pour l’humain, encore plus pour les chiens

Les chenilles processionnaires sont urticantes et allergisantes pour les êtres humains. « Chêne ou pin, elles ont les mêmes propriétés, relate Gaëtan Douchin. Les poils urticants ne sont pas les poils qu’on voit sur les chenilles. Ils sont invisibles à l’œil nu, ces poils sont très volatiles. Parfois on s’approche des chenilles, on se dit qu’on est pas exposé, mais en réalité, on est exposé aux poils. »

Pour les animaux, le danger est encore plus grand : dans la majorité des cas, les victimes sont des chiens : un mauvais contact peut nécroser la langue de votre pauvre toutou, et le condamner. Pour contrôler la population des chenilles processionnaires, on peut compter sur des prédateurs naturels tels que les chauve-souris, friandes des papillons, et les mésanges, coucous, huppes fasciées et grands calosomes qui mangent les chenilles.

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