Qui pour porter la voix de l’écologie à la présidentielle ? Tondelier sommée d’anticiper l’abandon de la primaire
Marine Tondelier, lors du meeting organisé à l'occasion des 90 ans du Front populaire et pour une primaire de la gauche, le 5 mai 2026. - © Bastien André / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
Marine Tondelier, lors du meeting organisé à l'occasion des 90 ans du Front populaire et pour une primaire de la gauche, le 5 mai 2026. - © Bastien André / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
Que faire en cas d’échec de la primaire de la gauche ? Comment porter la voix de l’écologie politique ? Des membres des Écologistes réclament une motion pour discuter de la stratégie présidentielle. La direction, elle, préfère temporiser.
Face à une primaire de la gauche qui prend l’eau, quel avenir pour une candidature des Écologistes à l’élection présidentielle ? En amont du conseil fédéral du parti qui se tiendra les 6 et 7 juin, l’aile droite et l’aile gauche du parti ont déposé une motion commune afin de poser les premiers jalons d’un plan.
En interne, rares sont ceux qui croient encore en la possibilité d’une telle primaire, et des voix s’élèvent pour que le parti acte rapidement une stratégie, à moins d’un an de l’élection présidentielle. Dès lors, cette motion vise à prévoir l’avenir si la primaire « n’est pas organisée avant le 30 octobre 2026 », ou que son périmètre n’est pas « plus large que celui des partis membres du groupe “écologiste et social” à l’Assemblée nationale » — comprendre : si le Parti socialiste (PS) n’y participe finalement pas.
Dans ce cas, un débat et un vote devront « être organisés » et ce au plus tard fin septembre. En conséquence, le Conseil fédéral déterminera « les modalités d’organisation et de participation des Écologistes à l’élection présidentielle de 2027 et, dans le cas d’un vote en faveur d’une candidature écologiste, les modalités de désignation du ou de la candidate ».
Ni LFI, ni le PC, ni Place publique
Marine Tondelier avait été investie pour représenter son parti dans le cadre de la primaire, mais sans cette dernière, certains souhaitent rediscuter cette incarnation. Il faut dire que le processus, supposé se tenir le 11 octobre, est semé d’embûches : ni La France insoumise, ni le Parti communiste, ni Place publique ne souhaitent jouer le jeu. Soutenu par Olivier Faure, le processus divise depuis plusieurs mois le PS.
Seulement, chez le Parti au tournesol, le débat demandé via cette motion risque de ne pas avoir lieu. À la veille du conseil fédéral, jeudi 4 juin, la direction du parti a déposé une demande de report de la motion au prochain conseil, pour l’instant prévu au mois d’octobre.
« La direction veut éviter tout débat »
« La direction veut éviter tout débat et utiliser la proposition de Faure pour temporiser », glisse un militant, en référence au nouveau scénario dévoilé la veille par le chef de file du Parti socialiste : celui d’une primaire en « deux temps ».
Résistances internes
À savoir un scrutin organisé au sein même du Parti socialiste auquel pourrait également participer Raphaël Glucksmann. Le vainqueur participera ensuite à la primaire aux côtés des autres partis de gauche, hormis les insoumis et les communistes donc. Difficile de savoir pour l’heure si ce plan emporte l’adhésion en interne mais sur France Info, Raphaël Glucksmann a lui-même rejeté cette nouvelle proposition.
« Finalement, la primaire n’est pas si morte que cela puisque la double primaire ressemble étrangement à notre processus de désignation interne ayant décidé de la participation de Marine Tondelier à la primaire », veut-on croire dans l’entourage de Marine Tondelier.
Du côté des militants écologistes joints par Reporterre, l’annonce peine à convaincre. « Le verrou, c’est le PS. Olivier Faure a sous-estimé les résistances internes à son parti, il pensait pouvoir passer en force, mais les opposants s’accrochent. Ce scénario de double primaire diffère simplement le processus et rend in fine la primaire improbable », analyse le politologue Rémi Lefebvre. Avec son confrère Éric Treille, ils ont imaginé, voilà déjà un an, différents processus de sélection en vue de la primaire des partis de gauche.
La motion, soutenue par ceux qui craignent de devoir se rallier derrière la social-démocratie, et ceux qui ne veulent pas entendre parler des insoumis, visait à avoir un premier temps de discussion collective. Et éventuellement, faire bouger les lignes afin d’obliger le parti à sortir de sa logique de trait d’union.
Candidature autonome ?
« On demande un débat et un vote, c’est un premier jalon afin d’organiser un temps d’échange collectif et réfléchir à différents scénarios, insiste le militant Clovis Daguerre, à l’origine du texte. Est-ce que l’on lance une candidature autonome, ou bien est-ce que l’on soutient le PS ou LFI ? Il est essentiel que l’on réfléchisse dès maintenant aux contours d’un possible accord permettant à l’écologie politique de faire entendre sa voix en vue des élections présidentielle et législatives. »
Début juillet 2025, un an après le Nouveau Front populaire (NFP), les figures de plusieurs partis de gauche et écologistes (Olivier Faure, Marine Tondelier, Clémentine Autain, François Ruffin...) faisaient « le serment » à Bagneux d’avoir un « candidat commun » pour 2027, toujours sans le PCF, LFI ou Place publique.
Des réunions hebdomadaires devaient alors avoir lieu afin de plancher sur un socle programmatique. Mis à part une convention sur l’éducation, le travail s’est progressivement arrêté. « Pour impulser une dynamique, la base aurait été d’avoir un projet commun, et ils n’en avaient pas », souligne un soutien de Yannick Jadot.
Difficile pour Les Écologistes de partir seuls
Empêtrée dans les divisions du PS, la primaire fut rapidement freinée dans son élan. « Une primaire, on la fait aussi pour intéresser les gens à la politique et créer une émulation, mais si chaque parti verrouille le processus, on rejoue le jeu des partis, et tout le monde s’en désintéresse », regrette Harmonie Lecerf Meunier, cofondatrice du collectif Radicalement vôtre, porté également par la députée Sandrine Rousseau.
Le 27 mai, Marine Tondelier, la secrétaire nationale du parti, et candidate à l’élection présidentielle, réunissait ses troupes pour un débat lors duquel elle a réaffirmé son intention de garder le cap de la primaire, et ce, bien que son avenir soit suspendu aux divisions internes du PS.
Si toutefois elle n’était pas élue candidate à l’issue du processus, « la seule raison pour laquelle Les Écologistes se rangeraient derrière une autre candidature qu’écologiste à la présidentielle serait parce que cette personne aurait gagné la primaire », prévenait-elle dans un manifeste publié début avril.
Il faut dire que lorsqu’ils partent seuls, Les Écologistes enregistrent de mauvais scores : moins de 5 % à l’élection présidentielle de 2022, 5,5 % aux européennes, et un recul aux dernières municipales. Sur la dizaine de grandes villes gagnées il y a six ans, le parti n’en compte désormais plus que trois : Grenoble, Tours, et Lyon — mais la métropole est passée à droite.
« La difficulté, c’est que l’électorat du parti est davantage proche de Raphaël Glucksmann mais chez les militants, la balance penche davantage du côté de Jean-Luc Mélenchon », pointe un élu écologiste.
Quid des liens avec les insoumis ?
Dans le parti, certains regrettent en effet que la stratégie unitaire se fasse au détriment d’une autre force politique de gauche, la France insoumise. « On a peur qu’en l’absence de primaire, Les Écologistes finissent par rallier le PS qui est une machine à perdre empêtrée dans ses divisions internes, loin de porter une écologie de rupture, pointe Clovis Daguerre. Ce n’est pas possible de se ranger derrière un parti qui soutient par exemple l’A69. »
Constatant « l’impasse politique que représente aujourd’hui la stratégie de primaire », les Verts populaires, fondés en avril par des dissidents des Écologistes, ont récemment annoncé soutenir la candidature de Jean-Luc Mélenchon.
En interne, il se murmure que d’autres députés écologistes, craignant de perdre leur poste en 2027, seraient tentés de prendre la main tendue par le leader insoumis. « J’ai confiance en Marine Tondelier pour ne pas contribuer à faire échouer la gauche face à la menace de l’extrême droite, affirme Claire Monod, militante et présidente du laboratoire d’idées l’Institut Cité écologique. Mais, face à ce risque, je pense que la priorité est de travailler à la coalition de la gauche et des écologistes en vue d’un accord législatif au format NFP, afin de ne pas risquer en plus, de donner la majorité parlementaire au RN. »
« C’est la limite de la stratégie du trait d’union de Marine Tondelier »
Loin des divisions de la primaire, la campagne de Jean-Luc Mélenchon qui démarrera officiellement via un meeting à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), dimanche 7 juin, fait de l’ombre au reste de la gauche. En parallèle, difficile de faire émerger la voix de l’écologie politique face au retour de bâton en cours : durant la vague de chaleur qui a frappé la France fin mai, nombre de scientifiques et de journalistes météo ont été victimes de menaces et d’insultes.
« C’est la limite de la stratégie du trait d’union entre les partis de gauche dans laquelle s’est mise Marine Tondelier, conclut un élu. La manière de ne pas être tiraillé, c’est de ne pas choisir et d’attendre un miracle. » Dans ce contexte tendu, le conseil fédéral de ce week-end du 6 juin risque d’être houleux.