À gauche, les querelles étouffent l’écologie à un an de la présidentielle
Marine Tondelier, secrétaire nationale des Écologistes, au « Grand débat des Gracques » à Paris, le 11 avril 2026. - © Ian Langsdon / AFP
Marine Tondelier, secrétaire nationale des Écologistes, au « Grand débat des Gracques » à Paris, le 11 avril 2026. - © Ian Langsdon / AFP
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Primaire de la gauche, candidature unique, création d’un nouveau mouvement écologiste... Les partis de gauche se déchirent en vue de l’élection présidentielle. Au risque de rendre l’écologie inaudible durant la campagne.
Il y a comme une effervescence dans l’air. À un an du scrutin présidentiel (prévu en avril 2027), les partis de la gauche et des écologistes multiplient les initiatives pour se démarquer les uns des autres… quitte à se tirer dans les pattes et à perdre du temps sur la composition d’un programme. Et donc sur la mise en avant des sujets écologiques dans la campagne.
Un nouveau mouvement a ainsi été créé le 20 avril : Les Verts populaires. Celui-ci a été fondé par des dissidents des Écologistes, qui avaient démissionné ou été exclus du parti en janvier, après avoir écrit une tribune sur Mediapart. Ils y critiquaient les nombreuses alliances faites avec le Parti socialiste (PS) au niveau local, lors des élections municipales.
« On a fait le bilan au lendemain des municipales et on a eu envie de lancer ce mouvement parce qu’on ne se retrouve pas aujourd’hui dans la ligne portée par Les Écologistes », explique Julia Mignacca, ancienne présidente du conseil fédéral du parti au tournesol, et cofondatrice des Verts populaires. Selon elle, « la direction des Écologistes a fait le choix de rompre sa position de trait d’union avec toute la gauche ».
Julia Mignacca cite comme exemple le courrier envoyé le 17 avril par Marine Tondelier : la secrétaire nationale du parti a énuméré dans une lettre « 21 priorités communes qui devraient pouvoir nous rassembler »… mais La France insoumise (LFI) ne figurait pas parmi les destinataires, contrairement au Parti socialiste, au Parti communiste français ou encore à Place publique.
Les Verts populaires estiment donc que Les Écologistes privilégient le PS à LFI, et qu’une telle fraction de la gauche au profit des socialistes est « irresponsable », alors que la droite et l’extrême droite ont des chances de remporter l’élection présidentielle. « [Les Écologistes avaient pourtant eu] une position d’équilibre pendant le Nouveau Front populaire [lors des élections législatives anticipées de 2024]. La gauche et les écologistes s’étaient unis et il y avait eu un certain engouement populaire. L’enjeu, c’est de préserver cette ligne-là pour affronter 2027 », estime Julia Mignacca.
Une primaire toujours plus contestée
Marine Tondelier était pourtant l’une des premières à appeler à l’union de la gauche depuis des semaines. Elle fait partie des figures de proue de la « primaire de la gauche », prévue le 11 octobre… mais à laquelle LFI (et donc son futur candidat Jean-Luc Mélenchon) refuse catégoriquement de participer.
Le PS ne semble pas décidé non plus, déchiré entre ceux qui y sont favorables — représentés par le Premier secrétaire du parti Olivier Faure — et ceux qui veulent « construire une coalition basée sur les idées et pas les ego », incarnés par le président du groupe socialiste à l’Assemblée, Boris Vallaud.
Ce dernier a d’ailleurs débauché le sénateur écologiste Yannick Jadot — lui aussi en désaccord avec Marine Tondelier — et l’eurodéputé Raphaël Glucksmann (Place publique), pour publier une tribune collective, le 18 avril. « Nous nous donnons un seul objectif : construire un projet à vocation majoritaire, construire l’équipe qui le mettra en œuvre, ont-ils écrit. C’est le seul chemin pour qu’émerge une candidature de large rassemblement, la candidature qui sera la plus forte pour gagner l’élection présidentielle. »
Dit autrement, le trio plaide pour décider d’abord d’un programme avant de désigner qui le portera dans la course à l’Élysée. Et, par conséquent, éviter le processus de primaire, qui est « un outil ni efficace ni mobilisateur pour gagner », a estimé Yannick Jadot auprès du journal Les Échos. Certains militants gardent toujours en tête l’échec retentissant de la Primaire populaire en 2022, qui n’avait abouti à aucune candidature commune à gauche et avait même été accusée de contribuer à la division.
« Il faut donner une autre image de l’écologie »
Les divergences ne s’arrêtent pas à la forme de désignation d’un candidat. Sur le fond, Les Verts populaires veulent se différencier des Écologistes, en les accusant de ne pas porter une « écologie populaire » — sous-entendu, à cause de leur trop grande proximité supposée avec le PS. « Aujourd’hui, l’écologie a une image qui est celle de la technocratie et des bobos, tance Julia Mignacca. Il faut donner une autre image, réaffirmer une écologie de rupture, celle qui est faite pour les gens et par les gens, et pas celle qui rajoute des contraintes. »
Pour Marine Tondelier, le lancement des Verts populaires est un non-événement. « Ils sont quatre et demi et font semblant d’être 100 », se moque la cheffe des Écologistes (le néomouvement revendique « une centaine de partisans répartis en France »). Elle accuse ses membres d’être « pilotés pour saboter » — sous-entendu, pilotés par LFI.
« Porter quelque chose de plus qui n’est pas dans le paysage politique »
De fait, un article publié par le journal L’Opinion avait révélé en mars la retranscription d’une discussion entre Julia Mignacca et Manuel Bompard, coordinateur de LFI. Au cours de cet échange, qui s’était déroulé en février, le chef des insoumis avait suggéré à la cofondatrice des Verts populaires d’aller plus loin que la tribune publiée sur Mediapart, en réunissant « ensemble sur une même image » les frondeurs, au niveau national, après les élections municipales. Manuel Bompard avait conseillé « une interpellation à la direction des Écologistes autour de l’idée que, en gros, ce n’est pas dans l’axe écolo-socialiste que se joue la prochaine présidentielle. C’est dans l’axe insoumis-écolo et les insoumis ont fait une proposition ».
Et c’est précisément ce qui s’est passé depuis. Le 3 avril, Manuel Bompard a appelé Les Écologistes et les communistes à bâtir « une nouvelle alliance populaire » pour 2027 — sans réponse des concernés. Puis, le 20 avril, Julia Mignacca et les autres cofondateurs ont lancé le mouvement des Verts populaires au niveau national. Elle réfute cependant toute accusation de combine ou de plan secret piloté par LFI : « C’était un échange de cadre à cadre sur la suite » pour réussir à « porter quelque chose de plus qui n’est pas dans le paysage politique », justifie-t-elle. Si elle reconnaît des « proximités » avec LFI, elle assure qu’elle veut garder les « singularités » des Verts populaires, et ne pas se fondre dans le parti insoumis.
Une situation illisible
De son côté, Marine Tondelier déplore le « spectacle » que donne la gauche à un moment où la droite et l’extrême droite essaient de peser pour remporter l’élection présidentielle. « C’est le moment le plus difficile de notre vie politique, insiste-t-elle. Moi, j’ai pris mes responsabilités [en étant candidate à la primaire de la gauche]. » Elle rappelle que, selon un récent sondage, 82 % des sympathisants de gauche sont pour la tenue d’une primaire de la gauche et des écologistes.
Le 21 avril, elle a lancé le conseil scientifique de sa campagne, présidé par le mathématicien et ancien député macroniste Cédric Villani. Ce conseil servira à éclairer les propositions de son programme, et à alimenter un observatoire des reculs environnementaux.
Car l’une des principales victimes de cette situation illisible à gauche, c’est bien l’écologie. Tant que les partis de gauche se déchirent sur des questions de primaire et de candidature unique, il est quasi impossible d’aborder des sujets de fond. Les thématiques de changement climatique, de biodiversité ou encore de pollutions pourraient ne pas être assez représentées au sein de la campagne présidentielle, tandis que la droite et l’extrême droite auront le champ libre pour pousser leurs marottes. Alors que des initiatives intéressantes émergent, du conseil scientifique de Marine Tondelier aux discussions initiées par LFI sur l’écologie en temps de guerre, en passant par le concept de « démarchandisation » que le socialiste Boris Vallaud tente de mettre en avant.
Mais sans clarification claire et rapide sur la position de la gauche française, ces initiatives risquent de rester inaudibles.