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Politique

Pour Marine Tondelier, organiser une primaire à gauche est une « nécessité antifasciste »

Marine Tondelier à Villepinte, en Seine-Saint-Denis, le 2 avril 2026.

Dans un manifeste, la cheffe des Verts plaide en faveur d’une primaire de la gauche et des Écologistes en vue de la présidentielle. Elle réaffirme sa candidature, en s’appuyant sur le concept de « prospérité écologique ».

Marine Tondelier reste déterminée à sauver l’union de partis de gauche. Parce que l’extrême droite « s’installe dans le paysage politique comme une option crédible » et qu’elle « façonne les imaginaires », la cheffe de file des Écologistes continue d’œuvrer à une primaire de la gauche.

Pour battre le rappel, la secrétaire nationale a publié jeudi 2 avril un manifeste de 40 pages intitulé « Ce que nous vous devons » plaidant en faveur de la primaire, tout en esquissant les contours de sa propre candidature. Deux semaines après le camouflet électoral enregistré par le parti au tournesol lors des municipales, la secrétaire nationale entend relancer le débat autour de la stratégie présidentielle, mais aussi celui de la place des Écologistes à gauche.

Lire aussi : Municipales : « La gauche a été toxique pour elle-même »

« Deux fois de suite, la gauche et Les Écologistes ont été absents du second tour de l’élection présidentielle, rappelle-t-elle. Ce constat devrait suffire à nous faire changer de méthode. » Face au risque que l’extrême droite gouverne le pays, « organiser une primaire de la gauche et des Écologistes en 2026 n’est pas un luxe démocratique, insiste Marine Tondelier. C’est une nécessité antifasciste. » D’autant qu’en parallèle, « la planète brûle », la « biodiversité s’effondre », « l’eau manque ou inonde » et « les maladies environnementales » se propagent.

La primaire rencontre peu d’enthousiasme

Sauf que pour l’instant, l’initiative, supposée se tenir le 11 octobre, est semée d’embûches : ni La France insoumise (LFI), ni le Parti communiste français (PCF), ni Place publique ne souhaitent jouer le jeu. Tandis que soutenu par Olivier Faure, l’enjeu divise désormais le Parti socialiste.

« Le PS joue un jeu compliqué : ses cadres empêchent concrètement d’avancer en essayant de trouver des solutions alternatives qui pour le moment n’existent pas, fustige auprès de Reporterre Léa Balage El Mariky, porte-parole de Marine Tondelier. Dans le même temps, la droite et l’extrême droite s’organisent pour nouer des alliances. »

Dans son texte, Marine Tondelier entend mettre un terme à une musique lancinante : celle de la théorie des « gauches irréconciliables » sur laquelle surfent les opposants à la primaire tels que Jean-Luc Mélenchon, Raphaël Glucksmann et François Hollande. Entre ceux désireux de concurrencer la gauche réformiste, et ceux déterminés à faire de la gauche radicale un repoussoir, la secrétaire nationale met en garde : ce « jeu de rôle toxique » n’a « pour effet que de transformer le camp de la gauche en champ de mines, déposées par les différents belligérants afin de rendre irréversible leur rupture ».

Marine Tondelier à Villepinte le 2 avril, avec son manifeste intitulé «  Ce que nous vous devons  ». @marinetondelier / Bluesky

« Ils n’empoisonnent pas seulement les possibilités d’union à court terme, ils fabriquent délibérément des clivages et des affects qui rendront pour longtemps impraticable le rassemblement des gauches dans une perspective à vocation majoritaire », écrit-elle encore.

Tondelier regrette que soit déjà oublié l’enthousiasme des militants qui avaient intimé aux chefs des partis de gauche, devant le siège des Écologistes à Paris, au lendemain de la dissolution de 2024 : « Unissez-vous, ne nous trahissez pas ». Bientôt deux ans après la naissance du Nouveau Front populaire (NFP), la secrétaire nationale tient à marteler l’existence d’une « convergence des buts » concernant « ce qui fait société ».

Autrement dit, sur les enjeux de justice sociale et fiscale, de transition écologique, de reconstruction des services publics, de VIe République, de sécurité sociale de l’alimentation, ou de sortie des pesticides, les partis de gauche sont capables de s’allier. Preuve en est : le groupe écologiste et social à l’Assemblée nationale fait bloc en votant nombre de textes en commun.

Candidature à la présidentielle

Par ce texte, Marine Tondelier réaffirme également sa candidature à l’élection présidentielle et esquisse une vision en faveur d’une « gauche écologiste de transformation ». S’appuyant sur le concept de « prospérité écologique » développé par l’économiste britannique Tim Jackson, elle articule son projet autour de trois enjeux : la réparation, la protection (sociale, sanitaire, géopolitique…), et la préparation de l’avenir.

Dévoyant l’expression régulièrement brandie par le président du Rassemblement national (RN) Jordan Bardella « d’écologie du bon sens », la conseillère régionale des Hauts-de-France table sur une écologie « proche des gens, adaptée aux réalités, qui organise l’ensemble de notre projet de société ». Ou ce qu’elle qualifie, dans une formule floue, de cadre qui « organise la transition sans abandonner personne ».

Si toutefois elle n’était pas élue candidate à l’issue du processus, « la seule raison pour laquelle Les Écologistes se rangeraient derrière une autre candidature qu’Écologiste à la présidentielle serait parce que cette personne aurait gagné la primaire », prévient-elle.

Toujours est-il que lorsqu’ils partent seuls, Les Écologistes enregistrent de mauvais scores : moins de 5 % à l’élection présidentielle de 2022, 5,5 % aux européennes, et un recul aux dernières municipales. Sur la dizaine de grandes villes gagnées il y a six ans, le parti n’en compte désormais plus que trois : Grenoble, Tours, et Lyon — mais la métropole est passée à droite.

« Nous n’avons pas réussi à donner à voir un municipalisme écologiste audacieux »

Peu importe les bilans globalement positifs des maires sortants, les polémiques de début de mandats — la place de la voiture à Tours, la fin du sapin de Noël à Bordeaux — ont été largement instrumentalisées par la droite. Pour la députée écologiste Sandrine Rousseau, le parti n’a pas su imposer un contre-récit :

« Nous n’avons pas réussi à donner à voir un municipalisme écologiste différent, singulier et audacieux. Les levées de bouclier des débuts de mandats ont un peu tétanisé tout le monde. Ce n’est pas uniquement la faute des maires, c’était la première fois que nous étions à la tête d’aussi grandes villes et je crois que les bilans de ces mairies ont manqué d’amplification au niveau national ».

Comment imposer leur voix ?

Nécessitant des transformations importantes, les politiques des maires écologistes auraient bénéficié de pouvoir compter sur quelques années supplémentaires, plaide auprès de Reporterre le député européen (EELV) David Cormand : « Nous avons globalement voulu agir vite, pour tenir leurs programmes de changements parfois radicaux, les maires ont dû engager rapidement d’importants travaux, et cela n’a sans doute pas toujours été bien perçu. »

Une question reste toutefois en suspens : avec 2027 en ligne de mire, comment les Écologistes vont-ils pouvoir imposer une voix centrale pour peser à gauche ? « Une chose est sûre, on ne peut pas se mettre dans une position de vassalité du PS dans le seul but qu’il participe à la primaire, insiste Sandrine Rousseau. Les alliances à gauche dès le premier tour lors des municipales comme à Paris ou Marseille ont contribué à invisibiliser les candidats et les thématiques écologistes ». « La priorité n’est pas de faire des appels du pied aux autres partis mais de réfléchir à comment construire une véritable offre politique écologiste », dit-elle à Reporterre.

« On ne peut pas se mettre dans une position de vassalité du PS »

Une tâche d’autant plus délicate que le retour de bâton écologique est en cours : d’après l’Observatoire des médias sur l’écologie, au mois de mars, le temps d’antenne dédié aux dérèglements climatiques n’atteignait même pas les 3 %.

« Le premier message [des résultats des élections municipales], c’est que les thèmes qui dominent l’agenda sont déterminants pour comprendre comment les électeurs peuvent voter », nous expliquait le politologue Florent Gougou. Dans ce contexte, nul doute que la mise à l’agenda des enjeux cruciaux pour l’écologie politique sera décisive pour le parti de Marine Tondelier.

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