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Municipales 2026

S’allier ou non avec le PS : un débat révélateur des désaccords chez les Écologistes

Un drapeau écologiste lors d'une manifestation organisée à Paris, le 21 septembre 2025.

Municipales — À l’approche des élections, des militants écologistes dénoncent le rapprochement du parti avec les socialistes, et appellent à « une rupture ». Le signe d’un malaise croissant, ou un « faux débat », comme le dit la direction des Verts ?

Il y a de l’eau dans le biogaz. À moins de sept semaines du premier tour des municipales, plusieurs responsables des Écologistes ont vivement critiqué la stratégie du parti vert. En cause : les nombreuses alliances avec le Parti socialiste (PS), à Paris bien sûr, mais aussi à Nantes, Lyon, Rennes, Marseille, Rouen et Brest. Une accusation réfutée par le secrétariat national.

Dans une tribune publiée le 26 janvier sur Mediapart, plus d’une centaine d’adhérents [1] — ou ex-adhérents — du parti au tournesol ont ainsi refusé « que l’écologie se dissolve de nouveau dans la social-démocratie ». « Il y a une contradiction fondamentale entre le fait de voter les motions de censure à l’Assemblée, contre la position des socialistes, et d’être alliés au PS dans pratiquement toutes les métropoles françaises », indique Jérôme Gleizes, conseiller municipal parisien, signataire du texte.

Lire aussi : « Accepter cet accord, c’est se diluer » : à Paris, l’union entre écologistes et socialistes fait débat

Le 29 janvier, celui qui est aussi vice-président du groupe des écologistes a annoncé rejoindre la liste de l’insoumise Sophia Chikirou pour les municipales. Tout comme Émile Meunier, élu du parti qui préside la commission urbanisme au Conseil de Paris.

Pour Julia Mignacca, militante montpelliéraine, « il y a beaucoup trop de sujets de désaccord avec les socialistes, notamment leur soutien à l’A69 [l’autoroute entre Toulouse et Castres]. Et puis, ils n’ont jamais vraiment fait le bilan du quinquennat Hollande ». En d’autres termes, pas question de devenir « la béquille du PS, qui est lui-même devenu la béquille de la macronie ». Forte de ce constat, elle a décidé de démissionner de son poste de présidente du conseil fédéral des Écologistes.

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« Le débat autour du rapprochement avec le PS reflète des désaccords stratégiques profonds, constate Sabah Badji, membre du conseil fédéral, qui a choisi localement, à Avignon, de rejoindre la liste des insoumis. Certains y voient une nécessité pour peser davantage dans le rapport de force politique, d’autres craignent une dilution de l’écologie politique. »

Du côté de la direction nationale, on réfute « tout accord national avec le Parti socialiste » : « Les choix d’alliances sont décidés localement, par les militants », explique François Thiollet, secrétaire national. « Il n’y a pas de démarche nationale prosocialiste, abonde Jean-Louis Roumégas, chef de file de la liste montpelliéraine, opposée au maire socialiste sortant. Mais il peut y avoir des histoires communes, des habitudes de travailler ensemble qui expliquent localement qu’il y ait des alliances. »

Julia Mignacca lors de la campagne des législatives de 2022 dans la 3e circonscription de l’Hérault, à Montpellier, alors sous l’étiquette Nupes/EELV. © David Richard / Reporterre

D’après le politiste Simon Persico, les nombreuses alliances entre socialistes et écologistes s’expliquent par « l’affaiblissement de la gauche, qui rend la stratégie unitaire plus systématique, notamment avec 2027 dans le viseur ». Avec une sorte de pacte de non-agression : « Dans la plupart des communes qui sont gouvernées par les Verts, le PS se range derrière eux », indique le chercheur. Et vice versa.

La tentation de la rupture

Sauf que cette stratégie unitaire se fait au détriment d’une autre force politique de gauche : La France insoumise (LFI). C’est le second grief soulevé par les militants écologistes frondeurs, dont Julia Mignacca. À Montpellier, où elle était cocheffe de file de la liste verte, « tout a été fait pour hypothéquer la construction d’une union de gauche et écologiste portant une rupture », affirme-t-elle dans sa lettre de démission, que Reporterre a consultée. Un constat réfuté par Jean-Louis Roumégas, mais partagé par au moins dix personnes de sa liste, qui se sont également retirées.

Lors des législatives de 2022 et 2024, « Les Écologistes ont eu une posture de trait d’union entre le PS et LFI, qui a complètement été abandonnée », fustige Julia Mignacca. À l’instar des autres signataires de la tribune, pour qui l’écologie politique doit être une « force de recomposition sociale, altermondialiste, décroissante et démocratique », elle réclame « une clarification de la ligne politique » du parti de Marine Tondelier. En d’autres termes, une rupture claire avec le PS et un peu plus de radicalité.

Jean-Louis Roumégas en campagne lors d’un tractage à Montpellier, le 29 janvier 2026, pour les élections municipales. © David Richard / Reporterre

« Il y a un mal-être énorme, beaucoup d’écologistes sont partis sur la pointe des pieds, remarque aussi Jérôme Gleizes, adhérent depuis 1997. On a perdu notre fibre libertaire, notre créativité, notre réflexion intellectuelle… On ne fait plus que de la com’ et des stratégies électorales. »

Actant un « désaccord trop profond » avec les Verts, Julia Mignacca a finalement décidé de rejoindre la liste montpelliéraine de LFI. Un mouvement loin d’être isolé. À Marseille, Toulouse, Vaulx-en-Velin ou encore Avignon, des écologistes sont entrés en dissidence, soutenant les candidatures insoumises. Seule une poignée de villes — Dunkerque, Calais, Limoges et Perpignan — devraient voir partir ensemble insoumis et verts en mars.

« En 2027, ce sera pareil »

Pour la direction nationale, la faute est à chercher du côté du parti mélenchoniste, « qui a choisi une stratégie d’autonomie nationale coûte que coûte », selon François Thiollet. « On défendait des alliances les plus larges possible, insiste-t-il, mais on a eu des fins de non-recevoir de La France insoumise. »

Une analyse partagée par Simon Persico : « Les insoumis sont tournés vers la candidature de Mélenchon en 2027, la dynamique unitaire ne les intéresse pas. Et puis ils n’ont aucun maire sortant, ils peuvent se permettre de ruer dans les brancards en multipliant les listes autonomes. »

À l’inverse, pour Les Écologistes, ces municipales sont à haut risque. « S’ils perdent un nombre important de villes, ça signifiera qu’ils n’ont pas réussi à passer un cap », souligne le chercheur. Comprendre : qu’ils ne feraient toujours pas partie des forces politiques crédibles pour gouverner. Alors pour limiter la casse, impossible de dénigrer le Parti socialiste. « En 2027, ce sera pareil, souligne François Thiollet, pour gagner, on aura besoin de l’union la plus large possible. Dire qu’on ne travaillera plus jamais avec le PS, non, ça ne marche pas. »



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