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EntretienMonde

Ebola : « Cette épidémie est indissociable de l’exploitation de l’or en RDC »

Des personnels de santé équipés pour le contact avec Ebola à Mongbwalu, en RDC, fin mai 2026.

La propagation du virus Ebola depuis des zones minières aurifères a pour cause la prédation humaine sur les écosystèmes forestiers, explique le directeur adjoint de l’institut One Health pour l’Afrique, Didier Bompangue.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) décomptait, le 2 juin, 330 cas et 49 décès confirmés de la maladie à virus Ebola, qui se répand dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC) et en Ouganda. Le 29 mai, l’Africa CDC, l’agence sanitaire de l’Union africaine, dénombrait elle 246 décès probablement liés au virus.

Alors que cette zoonose est souvent présentée comme le fruit de la malchance ou du contact malheureux avec une bête sauvage, l’épicentre de l’épidémie actuelle se trouve dans la province congolaise de l’Ituri, une zone qui connaît une exploitation aurifère intense. Cette activité, extrêmement dommageable pour l’environnement, accroît les risques de propagation, explique Didier Bompangue, directeur adjoint de l’institut One Health pour l’Afrique.



Reporterre — Cette 17ᵉ flambée d’Ebola, en RDC, a pour épicentre la cité minière de Mongbwalu, en Ituri. De quoi est-ce révélateur ?

Didier Bompangue — On ne peut pas comprendre ce virus sans prendre en compte la problématique de l’exploitation de l’or dans l’est de la RDC. La grande compagnie aurifère internationale Sokimo dispose, à Mongbwalu, d’une de ses bases. Or, il faut raser des parcelles de forêts pour accéder aux mines. Et les machines avec lesquelles l’or est drainé entraînent un remue-ménage sans pareil dans l’écosystème forestier.

Au-delà même de l’activité minière en tant que telle, Mongbwalu et ses alentours ont connu, ces dernières décennies, une très forte croissance démographique. L’industrie y attire des gens de partout, au Congo, en Ouganda, en Centrafrique… Les petits villages deviennent de grandes cités.



En quoi cette activité minière, et la pression démographique qu’elle engendre, sont-elles liées à Ebola ?

Ces deux phénomènes concomitants entraînent des pressions en cascade sur la forêt et ses animaux sauvages. La fragmentation de leur habitat augmente considérablement les contacts entre humains et animaux.

Dans certaines localités, les léopards viennent dévorer des chèvres en bordure de village, car les chasseurs font disparaître les potentielles proies sauvages du félin. Ce rapprochement multiplie fatalement le risque de transmission d’un virus, dont on sait qu’il est d’origine animale.



Comment remédier à ces facteurs de risque ?

Maîtrisez le comportement humain et vous maîtriserez Ebola. Il faut freiner au maximum la déforestation. C’est là-dessus qu’il faut essayer de peser, bien avant d’investir dans la recherche médicale, qui est un chantier de long terme.

À titre d’exemple, le pipeline titanesque que construit TotalEnergies, entre l’Ouganda et le Kenya, est en train de raser des forêts et des villages entiers. Ce genre de projets sont des nids à maladies émergentes.

Mais les minerais et les énergies fossiles ne sont qu’une forme de prédation parmi d’autres. Chaque secteur qui mène à la perturbation des habitats de la faune sauvage doit être amendé, que cela soit la pêche intensive, les plantations et l’agriculture en général, la vente de bois…

Concernant l’accès aux protéines animales, il faut privilégier l’élevage, en opposition à la chasse. Ces moyens de subsistance des populations locales ne sont pas à mettre sur le même plan que les activités industrielles, nettement plus brutales. Néanmoins, sur le long terme, la croissance démographique congolaise est tellement incontrôlée que ces pressions finissent par être dommageables pour l’environnement.

Limiter ces prédations en série permettra de protéger les écosystèmes forestiers naturels. Or, seul un bassin du Congo résilient garantit une distance entre les humains d’un côté, et les animaux et leurs virus de l’autre.

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