À la fac de Bordeaux, les étudiants choisissent l’option jardin

22 janvier 2015 / Baptiste Giraud

Sur le campus de l’université de Bordeaux, l’association AOC (Appellation Origine Campus) cultive son jardin et sème des graines de nature et de vivre ensemble. Un idéal de campus pour le XXIe siècle ?

- Bordeaux, correspondance

C’est en 2011 que le campus de Pessac, à côté de Bordeaux, a vu pousser son premier jardin partagé. Il est né de la motivation d’étudiants en droit réunis dans l’association AOC, pour Appellation Origine Campus. On le trouve niché dans un coin du domaine universitaire, au fond d’une de ces grandes étendues d’herbe qui entourent les bâtiments.

Dès le départ, l’ambition d’AOC était multiple. D’abord, permettre à ceux qui n’en ont pas les moyens de s’alimenter en fruits et légumes. Il suffit d’adhérer à l’association et de participer au jardinage pour bénéficier de la production.

Une démarche environnementale aussi : le jardin fournit, par définition, des fruits et légumes locaux et de saisons, sensibilisant aux questions d’origine et de conditions de production des aliments.

Enfin, les initiateurs ont souhaité « partager le campus, ce bel espace, qu’il soit ouvert à tous, étudiants comme voisins », comme l’explique à Reporterre Lucas Bento, président et co-fondateur de l’association. On y trouve donc des étudiants, profs, personnels de l’université, habitants des alentours ou même du centre ville. Ces derniers temps – avant la pause hivernale –, une petite dizaine de personnes faisaient vivre ce lopin de terre, un noyau dur de cinq ou six jardiniers, plus quelques autres qui participent à tour de rôle.

Un jardinage collectif

Ils se réunissent le dimanche pour jardiner, ensemble. Car pas question de répartir les parcelles en fonction des adhérents : « Chacun va pas faire sa patate dans son coin », rigole Lucas. C’est l’ensemble du groupe qui s’occupe des buttes, et, à la fin, la récolte est partagée en fonction des goûts et préférences de chacun.

Dans ce jardin collectif, les connaissances et savoir-faire sont eux aussi partagés. « En majorité, les gens qui viennent ont une sensibilité pour la terre, mais ne s’y connaissent pas beaucoup non plus. Par contre ils ont une vraie volonté d’apprendre », explique Lucas.

Fred, étudiant en portugais, a rejoint l’équipe il y a un an pour renouer le « contact avec la terre », présent dans sa famille d’origine rurale et qu’il avait perdu. Il apprécie ce fonctionnement où « on est libre de s’impliquer ». « Celui qui veut apprendre demande. Au début, on reste dépendant de la connaissance des autres, puis on devient indépendant. »

Au départ, la terre n’était pas bonne, constituée de remblais issus de la construction du tramway, chargée de cailloux. Mais petit à petit, les jardiniers en ont fait quelque chose de riche et vivant, utilisant notamment du compost, du fumier, des engrais verts ou encore la technique des « lasagnes ».

A l’autre bout du campus, L’astragale et la fourmi a monté son jardin il y a deux ans. L’objectif premier de cette association vieille d’un cinquantaine d’années est de proposer des sorties naturalistes, du nettoyage des plages à la découverte de la faune et la flore. C’est avec l’arrivée d’un étudiant québecois que le projet de jardin démarre. Un terrain est trouvé dans l’enceinte d’une annexe de la fac, et les étudiants s’en occupent rapidement. Ils plantent des arbres fruitiers, expérimentent différents types de buttes, des associations de cultures, fabriquent un hôtel à insectes.

Créer du lien sur le campus

Pour les membres d’AOC comme de L’astragale et la fourmi, faire connaître ces jardins et renouveler les jardiniers avec le plus de diversité possible est une nécessité. Ils profitent notamment des évènements qui ont lieu sur le campus pour attirer du monde, organisant des visites de leurs potagers.

L’étape suivante serait de créer des liens entre ces initiatives – auxquelles il faut rajouter les deux jardins étudiants internes à l’école d’architecture et l’école d’agronomie de Bordeaux. L’idée est donc venue à Emeric, de L’astragale et la fourmi, de créer des Incroyables comestibles Campus. Faire des plantations dans des lieux visibles afin que ceux qui y passent puissent se servir constituerait en outre un bon moyen de faire connaître les jardins existants et d’y faire venir les gens.

En fin de compte, si les récoltes sont loin de permettre une autonomie, ces jardins campus font au minimum croître le lien social, dans un espace qui en manque souvent. « On est devenus de vrais potes, grâce au jardin », nous dit la bande d’AOC, « c’est pas juste un jardin, pas qu’un lieu de production. C’est un lieu de vie. » Sans oublier, ajoute Emeric, que « ce qu’on veut c’est expérimenter. Notre but c’est pas de nous nourrir, c’est d’apprendre. » Créer des liens, apprendre, renouer le contact avec la terre : un idéal de campus pour le XXIe siècle ?



Puisque vous êtes ici…

… nous avons une faveur à vous demander. Il n’y a jamais eu autant de monde à lire Reporterre, mais nos revenus ne sont pourtant pas assurés.

Contrairement à une majorité de médias, nous n’affichons aucune publicité, et laissons tous nos articles en libre accès, afin qu’ils restent consultables par tous. Reporterre dépend en grande majorité des dons de ses lecteurs. Le journal, indépendant et à but non lucratif, compte une équipe de journalistes professionnels rémunérés, nécessaire à la production quotidienne d’un contenu de qualité. Nous le faisons car nous croyons que notre point de vue, celui de l’environnement et de l’écologie, compte — car il est aussi peut-être le vôtre.

Notre société a besoin d’un média qui traite des problématiques environnementales de façon objective, libre et indépendante, en restant accessible au plus grand nombre ; soutenir Reporterre est ma manière de contribuer à cette démarche. » Renan G.

Si toutes les personnes qui lisent et apprécient nos articles contribuent financièrement, la vie du journal sera pérennisée. Même pour 1 €, vous pouvez soutenir Reporterre — et cela ne prend qu’une minute. Merci.

Soutenir Reporterre



Vous avez aimé cet article ? Soutenez Reporterre.

Lire aussi : Sur le campus de Bordeaux, les étudiants découvrent la récupération organisée

Source et photos : Baptiste Giraud pour Reporterre

22 septembre 2018
Au Jardin sans pétrole, les frelons ont droit à leur part du raisin
Chronique
24 septembre 2018
Au Québec, humains et coyotes apprennent à cohabiter
Info
24 septembre 2018
Un trésor forestier, l’Arboretum des Barres, est menacé
Tribune


Vous avez aimé cet article ? Soutenez Reporterre