A quoi EELV sert-il ?

16 novembre 2013 / Denis Baupin



Le parti EELV (Europe Ecologie Les Verts) prépare son congrès, qui aura lieu à Caen le 30 novembre. Dans cette perspective, Reporterre publie une série de tribunes où écologistes, politiques et intellectuels nous aideront à répondre à la question : « A quoi EELV sert-il ? » Après Jean-Claude Guillebaud, Denis Baupin répond.


La transition écologique ne peut attendre

Participer de façon minoritaire à un gouvernement qui fait si peu d’écologie, quelle idee ! C’est ce que semblent penser nombre de commentateurs, mais aussi de membres et cadres d’Eelv... mais ni nos électeurs (à 90% favorables à ce qu’Eelv reste au gouvernement malgré les désaccords) ni les responsables des associations avec lesquelles nous oeuvrons depuis des années.

Le paradoxe n’est qu’apparent, tant la contradiction est forte, y compris au sein de chacun d’entre nous, entre la conscience aigue que nous avons qu’il est urgent de faire face à la crise structurelle de notre mode de developpement (dont les impacts environnementaux, sociaux, economiques sont chaque jour plus dramatiques) et les limites de notre influence sur la politique menée.

Pour autant, je reste convaincu, comme nos électeurs, que moins que jamais nous n’avons le droit de renoncer, de nous replier sur notre Aventin.

Ceux qui nous ont élus en juin 2012 attendent de nous que nous nous battions tout au long du mandat, pas simplement que nous nous contentions de postures. Il suffit de voir qui se réjouirait de voir les écologistes quitter le gouvernement – les lobbies du nucléaire, du béton, des OGM, et tous les conservateurs de droite et de gauche qui ne veulent surtout rien changer au productivisme – pour savoir que, même si c’est inconfortable, il ne nous faut surtout pas renoncer à peser partout où nous le pouvons.

Et cela d’autant plus que non seulement il n’existe pas d’option de succès des écologistes dans un échec de la majorité en place, car celui-ci ne pourrait se traduire que par un retour à des politiques de droite, voire pire. Mais plus encore parce que nous sommes convaincus que la transition écologique ne peut attendre, elle ne peut attendre que des circonstances meilleures tombent du ciel.

Mais il y a une condition : ne jamais renoncer à notre liberté de parole. C’est valable pour les ministres, a fortiori pour les parlementaires, et plus encore pour EELV.
Cette liberté de parole est d’autant plus nécessaire qu’il est impératif de proposer un nouveau cap pour la politique gouvernementale, d’autant plus nécessaire que la crise environnementale s’aggrave, mais aussi que les réponses écologiques constituent une issue à la crise. Elles sont créatrices d’emplois, de pouvoir d’achat (par la baisse des dépenses contraintes)… mais force est de constater qu’il nous reste à convaincre aussi bien nos partenaires politiques que nos concitoyens.

Pour changer les rapports de force, la priorité d’action d’EELV dans les mois et années à venir doit être de tisser des alliances, avec des partenaires politiques (y compris en s’appuyant sur les contradictions internes au plus important d’entre eux), associatifs, sociaux, étape indispensable à des mobilisations face aux conservatismes de tous ordres, tout en faisant des rendez-vous électoraux de 2014 des moments forts de proposition et de sortie des 2 % mortifères de la Présidentielle.

Car nous ne sommes pas des observateurs, nous sommes des acteurs. Nous ne pouvons nous contenter d’être les notaires d’un accord – en faisant semblant de croire qu’il suffisait de signer pour que les transformations s’opèrent seules –, nous devons en être les opérateurs, ceux qui en faisons notre feuille de route et agissons pour mettre en mouvement la société. Et c’est à l’aune des résultats de cette action, de son influence sur le cours de la politique menée, que doit s’évaluer régulièrement la pertinence de notre stratégie.

Les enjeux principaux en sont connus : la transition énergétique, avec pour la première fois de l’histoire une décroissance du nucléaire, mais aussi une décroissance de la consommation énergétique (- 50% à l’horizon 2050 annoncés par le Président), tout en créant des centaines de milliers d’emplois et en renouant avec l’indépendance énergétique ; redonner du pouvoir d’achat en réduisant par l’encadrement des loyers les dépenses contraintes, une mobilité moins coûteuse, les économies d’énergie ; réorienter l’économie d’un business model productiviste vers un business model circulaire ; repenser notre lien avec le reste du monde en utilisant les leviers de la diplomatie et de l’aide française au service de la paix et du développement durable (notamment la conférence climat de 2015) ; et peut-être le plus important de tous, retisser le lien social en redonnant du crédit à la parole publique, parce qu’apportant non seulement des réponses concrètes mais aussi un cap, une vision, une lecture du monde.

Sur tous ces sujets, où des pas ont été faits, mais où le sens n’est jamais vraiment donné, on peut regarder le verre à moitié plein ou à moitié vide. Mais ça a finalement peu d’importance, car la seule question qui vaille est comment faire mieux, peser plus, être plus efficace. Ca ne peut être dans une moindre implication, mais dans une implication plus déterminée encore pour démontrer que l’écologie n’est pas une sanction, que l’écologie est la solution.


Vous aussi, lectrices et lecteurs de Reporterre, vous pouvez répondre à la question « A quoi EELV sert-il ? ». Ecrire à planete (arobase) reporterre.net.




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Source : Denis Baupin pour Reporterre.

Denis Baupin est député d’EELV et vice Président de l’Assemblée Nationale.

Photo : 20 Minutes

Lire aussi : A quoi EELV sert-il ?, Jean-Claude Guillebaud.


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