Areva soupçonnée de corruption en Afrique du sud

Durée de lecture : 2 minutes

14 août 2012 / Marie-Caroline Lopez (latribune.fr)

Un quotidien sud-africain affirme que Areva a surpayé la compagnie Uramin en 2007 afin de s’assurer des contacts politiques décisifs pour emporter le premier appel d’offres, en cours à l’époque. En vain, puisque la compétition a alors été suspendue.


L’affaire Uramin n’est peut être pas finie. Tandis que tout le monde s’interroge depuis plus d’un an sur les raisons qui ont poussé Areva et sa patronne d’alors, Anne Lauvergeon, à surpayer en 2007 trois mines d’uranium en Afrique, le quotidien sud africain Mail & Guardian donne une nouvelle version de l’histoire. Au terme d’une longue enquête très documentée, le journal affirme qu’Areva a sciemment payé « trop » cher afin de s’assurer du soutien d’hommes clés autour du président de la république de l’époque Thabo Mbeki. Le but : gagner le méga appel d’offres nucléaire en cours. Areva se battait alors farouchement contre Toshiba-Westinghouse pour vendre 2 EPR à Pretoria (3.500 MW) tandis que des réacteurs supplémentaires, allant jusqu’à 20.000 MW, étaient évoqués.

2,5 milliards de dollars partis en fumée

De quoi inciter Anne Lauvergeon à payer 2,5 milliards de dollars des mines qui semblaient en valoir la moitié à l’époque et qu’Areva a ramené récemment à zéro dans ses comptes ? C’est en tout cas la thèse de Mail & Guardian qui explique longuement, en citant nominativement un ancien conseiller du patron d’Uramin et un de ses premiers associés, que de nombreux « consultants », partenaires commerciaux, associés, dirigeants d’Uramin étaient des proches, à un titre ou à un autre, du président de la république de l’époque. Dont le frère de la vice présidente d’alors.

« Le deal était qu’Areva achète Uramin et gagne en retour l’appel d’offres. Areva payait trop cher Uramin - qui valait la moitié. Mais le groupe français allait décrocher des contrats pour des réacteurs et une usine d’enrichissement, pour une valeur dix fois supérieure », affirme un « consultant d’Uramin », anonyme, celui-là, selon le quotidien sud africain. Interrogé, Areva se refuse à tout commentaire.

Un lobbying très actif

Si l’histoire est vraie - toutes les personnes incriminées démentent dans l’article -, Areva aura décidemment fait une double mauvaise affaire puisque l’appel d’offres a été suspendue fin 2008, deux mois après le débarquement de Thabo Mbeki et d’une partie de son gouvernement. Le très actif lobbying d’Areva en Afrique du Sud et le soutien sans faille fourni par le gouvernement français dans cette bataille commerciale sont, eux, une réalité non démentie.

Lors du second round, qui devrait s’ouvrir dans les mois qui viennent et qui prévoit cette fois la construction de 9.600 MW de capacités nouvelles (l’équivalent de 6 EPR) d’ici 2023, la partie sera certainement différente. EDF, intronisé chef de file du nucléaire français par Nicolas Sarkozy, a affiché au printemps dernier, avant les dernières élections présidentielles, sa volonté de participer à la future compétition en s’associant avec Areva et des Chinois. En face, les Coréens, qui ont emporté le contrat géant d’Abu Dhabi fin 2009, les Russes mais aussi Toshiba-Westinghouse ont déjà annoncé leur intention de faire des offres.



Puisque vous êtes ici…

… nous avons une faveur à vous demander. La crise écologique ne bénéficie pas d’une couverture médiatique à la hauteur de son ampleur, de sa gravité, et de son urgence. Reporterre s’est donné pour mission d’informer et d’alerter sur cet enjeu qui conditionne, selon nous, tous les autres enjeux au XXIe siècle. Pour cela, le journal produit chaque jour, grâce à une équipe de journalistes professionnels, des articles, des reportages et des enquêtes en lien avec la crise environnementale et sociale. Contrairement à de nombreux médias, Reporterre est totalement indépendant : géré par une association à but non lucratif, le journal n’a ni propriétaire ni actionnaire. Personne ne nous dicte ce que nous devons publier, et nous sommes insensibles aux pressions. Reporterre ne diffuse aucune publicité ; ainsi, nous n’avons pas à plaire à des annonceurs et nous n’incitons pas nos lecteurs à la surconsommation. Cela nous permet d’être totalement libres de nos choix éditoriaux. Tous les articles du journal sont en libre accès, car nous considérons que l’information doit être accessible à tous, sans condition de ressources. Tout cela, nous le faisons car nous pensons qu’une information fiable et transparente sur la crise environnementale et sociale est une partie de la solution.

Vous comprenez donc sans doute pourquoi nous sollicitons votre soutien. Il n’y a jamais eu autant de monde à lire Reporterre, et de plus en plus de lecteurs soutiennent le journal, mais nos revenus ne sont toutefois pas assurés. Si toutes les personnes qui lisent et apprécient nos articles contribuent financièrement, la vie du journal sera pérennisée. Même pour 1 €, vous pouvez soutenir Reporterre — et cela ne prend qu’une minute. Merci.

Soutenir Reporterre

Source : La Tribune

Photo : Thabo Mbeki et Anne Lauvergeon (La Tribune)

Lire aussi : Enquête pour corruption contre des salariés de la filiale allemande d’Areva

12 novembre 2019
Pour les jeunes des centres sociaux, « la nature parle mais les hommes ne l’écoutent pas »
Reportage
9 novembre 2019
« Notre histoire s’est bâtie pour partie sur des violences populaires »
Tribune
9 novembre 2019
Chute du mur de Berlin : les écologistes étaient en première ligne
Info