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Tribune —

Bon anniversaire ?

40 ans après sa parution, le rapport au club de Rome sur les limites de la croissance reste d’une inquiétante pertinence.


Dans une époque si incertaine de son avenir qu’elle célèbre avec enthousiasme le moindre anniversaire, un événement notable a bizarrement échappé à l’attention des commémorateurs : les quarante ans du rapport au Club de Rome sur les limites de la croissance (The limits to growth, Universe Books, 1972). On peine à imaginer aujourd’hui l’intensité des débats que ce livre avait provoqués.

On ne trouve plus le livre aisément, hélas, un de ses co-auteurs, Dennis Meadows, refusant sa réédition. Sa lecture n’en est pas moins passionnante. La place manque pour en détailler les fruits multiples. Rappelons que pour la première fois, le rapport modélisait sur ordinateur la planète, considérée comme un système où cinq facteurs interagissent dynamiquement : la production industrielle, la population, les ressources alimentaires, les ressources non renouvelables et la pollution. Les chercheurs montraient, en faisant varier ces variables sous différentes hypothèses, la principale étant que les ressources sont limitées, que la croissance continue de la production industrielle (on dirait aujourd’hui l’économie) conduisait à l’effondrement. Ils ne fixaient pas d’échéance précise, indiquant au détour d’une phrase « avant qu’un siècle soit écoulé ».

En 2008, un scientifique australien, Graham Turner a examiné si l’évolution de la situation mondiale sur les trois décennies écoulées depuis la parution du rapport correspondait aux extrapolations du modèle du Club de Rome. Réponse : oui, avec une surprenante exactitude. En fait, et c’est pourquoi la lecture du rapport est saisissante, la situation qu’il décrit est plus d’actualité que jamais, compte tenu de la dégradation très rapide de la situation écologique globale.

L’OCDE (Organisation de coopération et de développement économique) vient de publier ses perspectives de l’environnement pour 2050. Elle imagine que le taux de croissance connu depuis 1970 (environ 3,5 %) va se maintenir, ce qui conduirait à un quadruplement de l’économie mondiale. Soit plus de quinze fois le volume de l’économie de 1970.

Ces brillants économistes imaginent-ils que l’écologie planétaire le supportera ? L’effondrement reste, hélas, une hypothèse crédible. Diagnostic de Dennis Meadows, dans une intervention à Washington, le 1 mars : « L’humanité ferait maintenant mieux de se focaliser sur la résilience – la capacité à résister aux chocs – que sur la soutenabilité  ».


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