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ReportageClimat

« Ça commence à faire beaucoup » : un mois après le cyclone, Mayotte encaisse la tempête

Le 13 janvier 2024, un habitant récupère une tôle de sa barrière, emportée par la tempête Dikeledi. Elle avait aussi été arrachée au moment de Chido.

Un mois après le passage du cyclone Chido, Mayotte a de nouveau été éprouvée. La tempête Dikeledi a provoqué d’importantes inondations le 13 janvier, aggravées par les dégâts engendrés par Chido.

Chirongui (Mayotte), reportage

Kamal n’avait encore jamais vu ça. Le 12 janvier, alors que la tempête tropicale Dikeledi soufflait sur Mayotte, les rivières ont commencé à sortir de leur lit, notamment dans le sud de l’île. « Le niveau est monté très vite », indique l’habitant de la commune de Chirongui. Le lendemain, alors que l’alerte rouge cyclonique pesait encore sur le département, il est allé voir la maison de sa mère, située au bord d’une des rivières du village. Protégée par une barrière en tôles, seule la cour s’est remplie. Tous n’ont pas eu la même chance. « On a dû évacuer plusieurs maisons. À l’intérieur, l’eau arrivait aux genoux. À l’extérieur, on avait de l’eau quasiment jusqu’aux hanches », relate Mafana, un autre habitant.

Un constat corroboré par Dahilou Laoumi, directeur adjoint de la sécurité pour la commune. « Il y avait 30 cm d’eau dans certaines maisons », indique-t-il, ajoutant que les pompiers ont dû libérer plusieurs personnes prises au piège dans leur voiture. Pour l’heure, l’agent municipal n’a pas connaissance de victimes.

La maison de la mère de Kamal est située au bord d’une des rivières de Chirongui. La cour, qui a été inondée, a été nettoyée dès le lendemain de la tempête. © Marine Gachet / Reporterre

Aïcha, qui vit à Tsimkoura, un autre village de la commune, nettoie sa maison, où l’eau boueuse s’est invitée. « Heureusement, on n’a pas eu beaucoup d’affaires abîmées », raconte-t-elle, épuisée de devoir à nouveau tout remettre en état, un mois après le passage de Chido. Le cyclone a fait au moins 39 morts et plus de 5 000 blessés.

Sur les trottoirs de Chirongui, les tapis détrempés qui ont rejoint les débris du cyclone dévastateur témoignent du grand ménage qui a eu lieu dans plusieurs habitations. Un nettoyage qui se fait aussi dans les rivières, désormais obstruées par la végétation arrachée par le cyclone Chido en décembre.

« Tous les déchets verts n’avaient pas encore été ramassés », indique une femme qui, comme d’autres, a bravé l’alerte rouge — levée le 13 janvier à 15 heures — pour désencombrer un des cours d’eau, craignant qu’il déborde à nouveau avec les pluies annoncées. « On est obligés d’être dehors pour évacuer les caniveaux et déboucher les rivières. Vu ce qu’il s’est passé [avec la tempête Dikeledi], on a peur que le village soit encore inondé », justifie Mafana.

Kamal a eu très peur pendant le passage de Dikeledi, quand il a vu l’eau envahir le village. © Marine Gachet / Reporterre

La perte des arbres aggrave la pluie

Si l’île a l’habitude de subir de fortes précipitations en saison des pluies, les arbres détruits par Chido n’ont pas permis à la terre d’absorber les dizaines de millimètres d’eau tombés sur un laps de temps court. Météo-France a par exemple constaté 119 mm de précipitations en 3 heures dans une autre commune du sud, Bandrélé.

« Les arbres, avec leurs branches et leurs feuilles, freinent les fortes pluies qui arrivent alors sur le sol avec moins de violence. Avant de couler, une partie de l’eau a ainsi le temps de s’infiltrer grâce au réseau racinaire », explique Michel Charpentier, président de l’association environnementale locale Les Naturalistes.

Les rivières de la commune de Chirongui étaient de nouveau dans leur lit au lendemain de la tempête. © Marine Gachet / Reporterre

Sans ce couvert végétal, les précipitations n’ont pas le temps d’être absorbées et l’eau glisse directement sur le sol. À cela, se sont ajoutés les débris du cyclone précédent qui, en bouchant les rivières et les caniveaux, ont permis à l’eau de monter et de stagner dans le village.

« Ça commence à faire beaucoup »

Les arbres endommagés ont également laissé la terre glisser sur le bord de la route. Sur celle reliant M’zouazia à M’bouanatsa, deux villages de la pointe sud de l’île, on croise pompiers et gendarmes retirant de la boue à l’aide de pelles. Sur l’axe traversant la forêt de Dapani, des engins de la direction de l’environnement, de l’aménagement, du logement et de la mer (Dealm) déblayent le passage.

Le village de M’bouini, où conduit cette voie, a aussi vu sa rivière déborder. L’occupante d’une maison située directement en face en a fait les frais. Elle venait de finir de nettoyer les débris de Chido. Faute d’eau au robinet, elle a dû faire le ménage avec de l’eau de pluie qu’elle avait récupéré la veille sur son toit. « Ça commence à faire beaucoup. »

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