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Ce qu’un non-violent peut dire sur le Mali

22 janvier 2013 / Louis Campana (Association Gandhi International)



« Il n’y a pas là de souci humanitaire, ni de volonté de défense des plus faibles, ce sont des fables qui ne tiendront pas face à l’Histoire, mais un calcul pour les intérêts français »


J’observe, pendant que nous nous posons la question de savoir si nous risquons de présenter « la non-violence comme une idéologie », que tous les terroristes, trafiquants, extrémistes de tous bords sont contents.

On parle d’eux, ils rameutent tous les frustrés et les désaxés contre l’Occident, ils s’apprêtent à mettre le feu au Magreb et au reste de l’Afrique, tout simplement parce que la France a pris l’initiative de corriger quelques fadas.

L’escalade de la violence n’est pas un vain mot, c’est une réalité encore une fois vérifiée.

Beaucoup de mes amis « non-violents » (et je les crois non-violents), approuvent en partie l’intervention militaire de la France, au mobile qu’il faut protéger les plus faibles.

Par cela même l’intervention provoque un désastre à venir et un bourbier sans fin qui mettra l’Afrique et le monde dans une spirale de violence.

Qu’aurait-il fallu faire ?

Je ne sais pas. En tout cas, ne pas réveiller nos vieux démons.

J’observe encore que les mensonges français concernant les véritables raisons sont les mêmes ou presque que ceux de Bush en Irak en 2003. Anciens colonisateurs, nous trouvons une bonne raison, défendre l’Etat malien (en fait des militaires corrompus, une oligarchie à notre botte), le même qui maltraite la population, pas plus ni moins que les « fadas » de tout poil.

La première chose à faire est donc de le dire, et non de se cacher derrière l’information officielle.

Ensuite distinguer ce qui est du ressort des délits de droits communs et ce qui est des menaces réelles affectant en profondeur l’état de droit.

Faire l’amalgame est tellement simpliste mais c’est ce que nous faisons.

Nous partons en guerre avec quelques milliers d’hommes suréquipés, sur un territoire grand comme la France pour exterminer quelques fanatiques fous de joie de leur importance et ravis de l’honneur qu’on leur fait. Tout d’un coup, leurs rapines ordinaires deviennent des causes capables de rallumer le combat idéologique et religieux contre l’Occident.

Je voudrais aussi m’arrêter sur les identités de ceux que nous appelons maintenant les « terroristes », « fanatiques », « Islamistes », « touaregs », « criminels », « trafiquants » et j’en passe. Ils le sont tour à tour, changeant de casquette et de comportement à l’envi. Leur comportement nous déroutera, ce ne sont pas des Occidentaux, ils ont une conception de la vie au jour le jour.

Et nous voilà embarqués pour des années de malheurs, pour en réalité préserver nos accords commerciaux sur l’uranium du Niger, le pétrole du Sahara et autres gisements de ressources qui nous sont indispensables pour notre bien-être. Il n’y a pas là de souci humanitaire, ni de volonté de défense des plus faibles, ce sont des fables qui ne tiendront pas face à l’Histoire, mais un calcul pour les intérêts français.

La non-violence, une idéologie ?

Non ! Elle est recherche de vérité et de justice dans un monde, le nôtre, qui en a perdu le sens.

Abandonnons nos privilèges et nos comportements envers des peuples qui ont besoin d’exercer leur « empowerment ».

« L’empowerment est un processus, un mécanisme par lequel les personnes, les organisations et les communautés acquièrent le contrôle des événements qui les concernent. Cette notion est traduite en français pour "pouvoir d’agir" ou capacitation ».

C’est tout le travail que je préconise à la suite de Gandhi, agir comme Ariyaratné au Sri Lanka pour donner aux peuples l’accès à leur propre puissance. Voir le documentaire Sarvodaya, vers une économie non-violente.

Voilà ce qu’il conviendrait de faire, un travail qui commence par leur foutre la paix et cesser de les prendre pour des peuples « non entrés dans l’Histoire ».





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Source : Association Gandhi International

Photo : La piqûre du scorpion

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