Chili : la protestation écologique a lancé le mouvement social

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29 août 2011 / Patricio Arenas




L’articulation des événements qui viennent d’avoir lieu au Chili ne peut pas s’expliquer sans saisir l’importance de la dynamique démontrée par le mouvement citoyen organisé, de manière partielle, autour des revendications écologiques.

De façon organisée et porteur de revendications diverses, le mouvement populaire chilien vient de s’exprimer comme un large mouvement de citoyens qui a pris en charge l’ensemble des revendications sans attendre les appareils des partis politiques, qui essayent désespérément de récupérer ce mouvement qui leur échappe.

En effet, dès le début de cette année, les différentes organisations sociales mènent des luttes sectorielles qui, dans leur éparpillement, n’arrivaient pas à atteindre les buts visés : les Mapuche en grève de la faim, les revendications du mouvement citoyen de Magellan, le collectif contre le projet Hidroaysén qui, faible mais actif, essaie de réaliser sa dynamique de front, les étudiants et les revendications sur l’éducation publique, le cuivre, etc.

Le mouvement citoyen de Magellan avait déjà signifié un triomphe sectoriel, tout en faisant reculer les mesures anti populaires du gouvernement, mais aucune de ces organisations n’avait réussi à articuler un mouvement national d’envergure pour relancer une dynamique populaire qui puisse prendre en charge l’ensemble des difficultés auxquelles le peuple chilien se voit confronté depuis l’arrivée au pouvoir de la Concertation, qui n’a fait qu’approfondir le modèle néolibéral pinochetiste et renforcer la constitution antidémocratique de la dictature.

C’est le mouvement contre le projet Hidroaysén qui a fait la différence. Celui-ci, articulé autour d’un collectif assez dynamique, a su s’allier avec le mouvement des citoyens et, en même temps, parvenir à une large coalition qui avait pour but de rassembler, dans la différence, tous les mouvements qui cherchent à se défaire des attaches antidémocratiques hérités de la dictature, lesquels ont été renforcés par la gestion de la Concertation.

Cette dynamique intelligente rassemble tout le mouvement citoyen autour de revendications diverses, sans fragiliser la dynamique populaire, avec de nouveaux contenus et formes d’organisation. Le gouvernement montre d’énormes difficultés à faire face à ce mouvement organisé.

Par la suite, les revendications citoyennes vont s’articuler avec l’ensemble de ces revendications pour renforcer l’unité dans la réflexion et l’action du mouvement citoyen. C’est le moment d’organiser la lutte politique autour du mouvement des étudiants. C’est dans cette mobilisation articulée nationalement (à partir des manifestations contre Hidroaysén) qu’on a réussi à organiser l’une des plus fortes mobilisations de rue qui ait eu lieu pendant cette transition interminable : 700 000 citoyens dans la rue sur toute l’étendue du pays dont 350 000 à Santiago.

Le mouvement en est sorti renforcé et a, en plus, la grande vertu de s’être développé sans l’intervention des appareils des partis politiques. Le mouvement continue à s’articuler et jusqu’ici il n’y a aucun parti politique qui puisse, comme par le passé, s’approprier ce mouvement à partir d’intérêts égoïstes et de calculs politiques. C’est un mouvement autonome, politique, social et écologique, qui avec sa nouvelle proposition de travail (l’unité dans la différence) pourrait bien créer de nouveaux référents dans la société civile et dans le mouvement citoyen, ce qui serait alors la base de grandes réussites démocratiques pour le peuple chilien, qui en a tant besoin.






Source : http://novacite.fr/index.php?id=74

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