Climat : le GIEC pourrait ouvrir la porte à la géo-ingénierie

Durée de lecture : 2 minutes

30 mars 2013 / Hervé Kempf (Reporterre)

La géo-ingénierie pourrait être avalisé comme un moyen de lutte contre le climat par le GIEC. Au Forum social mondial de Tunis, Pat Mooney, d’ETC Group, a lancé l’alerte.


- Reportage, Tunis

Pat Mooney, est le coordinateur d’ETC Group, une des organisations les plus affutées sur la question du lien entre technologies et société. Elle a été parmi les premières à faire connaître la question des OGM et celle des nanotechnologies.

A Tunis, Pat Mooney est venu porteur de deux idées. D’une part, alerter sur le fait que le prochain rapport du GIEC (Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat) risque fort d’ouvrir la porte sans grande réticence à la géo-ingénierie ; d’autre part, pousser à la constitution d’une plate-forme de la société civile pour évaluer les nouvelles technologies, telles qu’OGM, nanotechnologies, biologie de synthèse, et géo-ingénierie.

Alerte à la géo-ingénierie

La géo-ingénierie, c’est ce projet technique visant à agir sur la biosphère pour limiter le changement climatique. Par exemple, déverser du sulfate de fer dans l’océan pour stimuler le plancton qui absorberait alors plus de CO2 ou répandre des particules dans l’atmosphère, qui bloqueraient une partie du rayonnement solaire. Cela pose de nombreux problèmes, d’abord que jusqu’à présent, les expériences ne se sont pas révélées efficaces, ensuite que cela risque d’avoir des conséquences imprévues et négatives sur l’environnement, et puis que cela ne régle pas le problème de fond, qui est de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Mais la géo-ingénierie est une solution technique qui permet au système capitaliste de perdurer sans changement majeur.

« La géo-ingénierie, explique Pat Mooney, est juste un moyen de repousser le problème du changement climatique. Mais c’est dangereux, et ceux qui la promeuvent n’ont pas le droit de contrôler le climat »

Cela n’empêche pas les expériences de se préparer. Dans le Nouveau Mexique, un chercheur, David Keith, voudrait ainsi tenter de la « gestion solaire » (solar management).

Pat Mooney, qui est un activiste toujours concret, a plusieurs objectifs pour contrer le développement de la géo-ingénierie. D’abord, à court terme, peser sur le GIEC : une version préliminaire du rapport scientifique qui sera publiée en octobre prochain laisse la porte ouverte à la géo-ingénierie. Par des commentaires et le poids de l’opinion publique, on peut peser sur ce texte.

Par ailleurs, deux possibilités légales permettraient d’agir :

- d’une part, étendre le traité sur la modification de l’environnement aux activités civiles. Ce traité (la convention ENMOD) avait été élaborée dans les années 1970 dans le contexte de la guerre du Vietnam. Il ne concerne que les activités militaires.

- d’autre part, faire un recours devant la Cour international de justice de La Haye, par des pays très sensibilisés à cette question, comme les Philippines.



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Source : Hervé Kempf pour Reporterre.

Photo : ETC Group

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