Constructions et rénovations des stades, ça suffit

Durée de lecture : 5 minutes

29 novembre 2012 / Non à l’Euro 2016 !



L’organisation de rencontres sportives internationales implique de lourdes dépenses publiques que ne compensent pas les recettes. A l’heure de réduction des déficits, il est temps d’arrêter ce gaspillage.


L’Europe est engagée dans ce qui est l’une des plus grandes crises
financières, économiques et sociales de son histoire.

Les peuples -
grec, espagnol, italien, irlandais, en attendant les autres - en
subissent déjà les conséquences, tour à tour touchés de plein fouet
par les mesures de la « Troïka », UE (Union européenne), FMI (Fonds
monétaire international) et BCE (Banque centrale européenne) qui
provoquent une dégradation générale et rapide des conditions de vie :
baisse des salaires, détérioration du niveau des retraites,
démantèlement de la protection sociale, « détricotage » du droit du
travail, licenciements, accroissement de la précarité et de la
vulnérabilité, chômage massif en particulier dans la jeunesse,
montée des populismes sur fond de racisme et de xénophobie, envolée
d’une extrême droite fascisante, etc.

Malgré cela, la plupart des gouvernements européens n’en continuent
pas moins de chercher à obtenir l’organisation de compétitions
sportives de niveau international.

Les conséquences financières, très
souvent désastreuses pour les pays en proie à cette ivresse
compétitive, sont désormais incommensurables pour des populations qui
en payent trop chèrement le prix : le Portugal, après son Championnat
d’Europe de football en 2004, décide de détruire les stades qui ne
sont plus utilisés et que le pays est incapable d’entretenir.

Bien que
la sélection nationale sorte victorieuse de l’Euro 2008 et 2012 ainsi
que de la Coupe du monde 2010, les clubs de football professionnels
espagnols cumulent une dette globale de 3,5 milliards d’euros et 752
millions d’euros sont dus au fisc par ces mêmes clubs.

Pour l’organisation de sa Coupe du monde en 2010, l’Afrique du Sud a
dépensé pour la construction de cinq nouveaux stades et la rénovation
de cinq autres 1 milliard d’euros pour un montant global des dépenses
s’élevant à 7 milliards (soit 30 % de dépenses de plus que prévu
initialement), alors que les recettes ne se sont élevées qu’à 3,7
milliards d’euros.

L’Angleterre, berceau du sport moderne et du
capitalisme, possède désormais des clubs cotés en bourse mais dont
l’état financier est catastrophique : en Premier League, 18 d’entre eux
ont un endettement global qui s’élève à 4 milliards d’euros.

Et que dire des budgets octroyés pour l’organisation des Jeux
olympiques. La Grèce a dépensé 9 milliards d’euros dont 7 milliards
payés par les citoyens pour l’organisation de ses Jeux en 2004 et 5 %
du PIB se sont envolés dans des installations sportives aujourd’hui
rouillées et en jachère.

Les Canadiens ont fini de payer en 2006 la
note des Jeux olympiques de Montréal de 1976 ; et il aura fallu
vingt-cinq ans pour que les Grenoblois règlent la facture des Jeux
d’hiver de 1968. Le coût réel des Jeux olympiques d’été de Londres
2012 a, au minimum, quadruplé passant de 3,7 à environ 15 milliards
d’euros, certains annonçant même un coût global de 28,6 milliards
d’euros.

On pourrait multiplier les exemples qui tous démontrent que
l’organisation de rencontres sportives internationales non seulement
n’est pas une source de revenus - la manne du tourisme est, elle aussi,
une belle illusion - mais qu’elle constitue une source de dépenses
publiques à la façon du tonneau des Danaïdes, les stades
représentant le summum des investissements inutiles et coûteux à long
terme.

Une étude de la Bank of America-Merril Lynch a permis de démontrer
qu’entre 1954 et 2006 les pays organisateurs de ces compétitions
avaient enregistré une croissance économique inférieure à leur
rythme habituel sans compter le nombre d’heures de travail perdues au
moment de la retransmission des matchs eux-mêmes !

Les grandes
compétitions sportives ne créent ni emplois sur le long terme, ni
rayonnement pour une ville, ni croissance économique pour le pays, ni
développement durable d’une pratique physique raisonnée des
populations.

Malheureusement, l’expérience n’a pas servi de leçon et
en 2010, se moquant des erreurs du passé, Nicolas Sarkozy arrachait
face à la Turquie l’obtention de l’Euro 2016.

Le coût financier de cette épreuve pour les seules constructions et
rénovations des stades en France s’élèverait officiellement à 1,7
milliard d’euros. Avec cette somme, combien pourrions-nous construire
de
logements, d’écoles, d’hôpitaux, de gymnases et d’espaces verts pour
tous ?

Face à des dépenses de pur prestige considérées comme
insensées, les villes de Strasbourg et de Nancy se sont retirées de ce
projet.

On rappellera le retrait de la candidature de la ville de Rome
pour les Jeux Olympiques de 2020 alors que le Brésil s’est lancé, en
vue de la Coupe du monde de football en 2014 et des JO en 2016, dans
une
dangereuse escalade de constructions sportives tous azimuts et de
destructions de quartiers entiers (habitations, écoles, etc.), le
gouvernement déplaçant pour l’occasion 1,5 million de familles soit
près de 10 millions de personnes.

Enfin, il ne faut pas oublier qu’un stade n’est pas un lieu isolé de
son contexte sociopolitique, un espace neutre. Le stade n’est pas qu’un
cadre architectural efficace. Partout en Europe et ailleurs, il est le
lieu d’incubation de nombreuses violences, là où couvent les
comportements les plus méprisables : xénophobie, antisémitisme,
racisme, concentration massive de toutes les bêtises, militarisation
des territoires, surveillance généralisée.

Nous refusons donc ces logiques d’appauvrissement, de militarisation,
de surveillance et de répression généralisés.

À l’heure des dramatiques politiques européennes d’austérité et des
coupes claires dans les budgets sociaux et culturels, nous disons :

NON aux constructions et aux rénovations pharaoniques des stades !

NON aux dépenses inutiles et délirantes d’argent dans un pays entré
en récession pour quelques jours de compétition !

NON à l’organisation par la France de la 15e Édition

du Championnat d’Europe U.E.F.A. de football 2016 !

NON À L’EURO 2016 !

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Vous pouvez signer la pétition et faire part de vos réactions ici






Source : Courriel à Reporterre de Non à l’euro 2016 !

Photo : AS Monaco

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