Copenhague nous concerne toutes et tous

15 septembre 2009 / Txetx Etcheverry

Le rendez-vous climatique de décembre concerne tous les citoyens engagés dans l’action militante pour sortir du système capitaliste.


Quand un thème devient trop « à la mode », trop unanimement repris par les médias, la classe dirigeante, il devient vite suspect aux yeux des militant(e)s. Les abertzale n’échappons pas à cette règle et certains s’énervent déjà d’en voir d’autres défendre la cause écologique ou s’engager dans la lutte contre le réchauffement climatique. Pourtant les abertzale avons toujours été en pointe au coeur du combat écologique global et en tant qu’Arbasoen Herriaren Zainzaleak, il ne devrait pas en être autrement.

Le fait est que la lutte contre le réchauffement climatique risque d’occuper une grande partie de l’espace médiatique et politique d’ici décembre prochain, du fait du COP 15 de Copenhague, plus grand sommet mondial jamais organisé sur la question du changement climatique. Et pourtant, ce n’est pas « une mode », créé par le système, un faux-fuyant destiné à détourner l’attention de l’opinion publique des vrais problèmes.

La réalité rattrape le système

C’est plutôt la réalité qui a rattrapé le système, et l’oblige à se positionner devant un phénomène sans précédent dans l’histoire de l’Humanité, même s’il le fait avec 40 ans de retard (les premiers avertissements sérieux et audibles datent des années 60) - 40 ans qui vont coûter très cher à la planète et à nos sociétés.

Bien sûr, les intérêts économiques des élites dirigeantes, les carriérismes démagogiques d’une partie de la classe politique et sa soumission aux lobbies capitalistes font que les solutions envisagées ne sont pas celles qui seraient le plus efficaces et à la hauteur de la situation. Les solutions objet des négociations actuelles sont hélas en priorité celles qui ne remettent pas en question le type global de fonctionnement du système.

L’état des discussions internationales en perspective du COP 15 de Copenhague en est un inquiétant présage, où l’on privilégie les pistes de type Marché des droits d’émission carbone à celles de type Taxe carbone (et les propos de Jean Espilondo du PS Anglet ou de la représentante locale du NPA dans Le Journal du Pays Basque contre le principe même de la taxe carbone sont un symptôme inquiétant du hors-jeu total actuel d’une partie de la gauche française sur ces questions centrales, sans parler de la charge affligeante lancée par Ségolène Royal contre ce NOUVEL IMPÔT qui « se cache en fait derrière le principe de la contribution climat énergie » : depuis quand la gauche est contre le principe de l’impôt ? Je croyais au contraire qu’une telle position de principe était une des bases mêmes de l’idéologie de droite).

Tout va changer dans les années à venir

Tout cela n’enlève rien au fait que nous sommes devant un problème central et incontournable, le réchauffement climatique de la surface du globe, qui va tout changer dans les années à venir, et que la mobilisation des peuples de la planète est indispensable pour contrer les lobbies capitalistes afin que :

- les mesures prises à tous les niveaux, du mondial au local, soient réellement à la hauteur de la situation, de taille et de nature à stabiliser d’urgence le climat, autant que peut se faire. Bref, qu’on ne sacrifie pas le moyen terme de l’humanité au court terme des intérêts financiers d’une minorité.

- que ces mesures soient justes, c’est-à-dire que la lutte indispensable et inévitable contre le changement climatique ne soit pas l’occasion - et Copenhague sera un des premiers théâtres d’envergure de cette problématique - de refonder un ordre mondial encore plus injuste et barbare que celui qui condamne actuellement à la pauvreté et à la misère la majorité de l’humanité et qui marchandise chaque fois d’avantage la planète (eau, sols, énergie, génome, forêts, atmosphère...) et nos sociétés (lien social, culture, éducation, santé, souveraineté alimentaire, savoir...). C’est la seconde raison essentielle qui exige la mobilisation de tous(tes) dans cette bataille, dés aujourd’hui.

Adapter nos stratégies

Même si l’opinion publique est encore majoritairement très loin d’avoir pris conscience des bouleversements qui auront lieu dans les années à venir, nous devons adapter nos stratégies de lutte et de construction du Pays Basque de demain à la donnée fondamentale suivante : l’objectif fixé par les scientifiques du GIEC (Croupement Intergouvernemental d’Experts sur l’évolution du Climat) pour éviter les seuils de dangerosité, d’emballement et d’irréversibilité du changement climatique est une réduction des émissions de Gaz à Effet de Serre de 80 à 95 % (par rapport au niveau de 1990) à l’horizon de 2050.

Cela implique tout simplement d’abandonner quasi-complètement en deux générations les combustibles fossiles (pétrole, charbon, gaz...) alors même qu’ils représentent aujourd’hui 80 % de la production d’énergie au niveau mondial aujourd’hui. Soit nous le faisons et nous limitons les dégâts, soit nous ne le faisons pas et nous serons victimes de l’emballement climatique en même temps que les générations qui nous suivent devront malgré tout se passer des énergies fossiles du fait de leur disparition programmée dans quelques décennies, au rythme actuel de nos consommations. Répétons-le encore, la réalité s’impose à nos sociétés et seuls les intérêts financiers - à court terme - d’une minorité privilégiée et puissante retarde la mise en oeuvre des solutions adéquates.

Réaffirmer les fondements mêmes de notre projet

Dans tous les cas, l’avenir est à un autre type de système économique, d’organisation des sociétés : relocalisation des économies et du politique, sobriété énergétique et respect de l’environnement, bio-diversité, sociétés plus égalitaires et moins individualistes, privilégier le collectif et le communautaire au chacun pour soi et à la consommation matérielle (plus de liens et moins de biens), intérêt de chaque peuple à ce qu’aucun d’entre eux ne vive dans la misère et l’injustice, etc. Toutes ces mutations à venir, ou à arracher, vont dans le sens du projet abertzale, le constituent et lui confèrent toute sa modernité.

Les stratégies qui vont dans le sens inverse (productivisme, inégalités sociales, affaiblissement des services publics et de la régulation démocratique du marché, centralisation des systèmes énergétiques, consumérisme, mondialisation néo-libérale, absence de solidarité avec les parties les plus pauvres de la planète...) sont fondamentalement destructrices de toute perspective du projet abertzale. Ceux qui sont acteurs de ces stratégies - par exemple le PNV - ne comprennent tout bonnement pas qu’ils scient la branche sur laquelle ils sont assis, qu’ils dissolvent les conditions sociologiques mêmes de leur propre protagonisme politique.

Les abertzale en première ligne

Aujourd’hui, un peu partout dans le monde, des gens se lèvent, des peuples se mobilisent en perspective du Sommet de Copenhague et de ses différents enjeux. Mouvements altermondialistes, écologistes, syndicalistes, peuples indigènes, organisations de femmes ou mouvements de paysans, ONG travaillant sur les questions des migrants et des réfugiés, de la dette du tiers-monde, des libertés et des droits de l’homme, etc. - c’est par centaines de milliers que les militant(e)s du monde entier s’apprêtent à se mobiliser sur les questions liées au changement climatique et les enjeux liés au Sommet de Copenhague et à ses suites (ayons dés aujourd’hui en tête que Copenhague n’est que le début d’une longue et cruciale bataille pour l’avenir de la planète et de nos sociétés).

Ici et maintenant, en Euskal Herria et en cette année 2009, les abertzale avons le devoir d’être aux premières lignes de ce combat là, dans lequel notre camp mondial - celui des peuples dominés, des classes exploitées, le camp de la diversité, de l’égalité, de la justice, de la solidarité, de l’intérêt des générations à venir - n’aura que quelques années pour se montrer victorieux ou défait.

Traversée d’Iparralde en vélo du 25 au 27 septembre :

Le mouvement Bizi ! créé il y a à peine 2 mois en Iparralde sera à Copenhague en décembre prochain, aux côtés des autres ONG, syndicats et mouvements sociaux de la planète entière. D’ici là, une campagne de sensibilisation et de mobilisation sur la question de la lutte contre le réchauffement climatique -et des changements qu’elle exige au niveau du système de production, de consommation, de transports et d’aménagement du territoire- sera menée avec une intensité proportionnelle à la conviction qu’il s’agit là d’un enjeu central pour le Pays Basque et pour l’Humanité toute entière.

Parmi la multitude des rendez-vous qui seront proposés au cours des mois à venir, retenons en particulièrement deux dans nos agendas respectifs :

- du vendredi 25 au dimanche 27 septembre, de Mauléon à Bayonne, traversée d’Iparralde en vélo. Ce sera l’occasion pour tous(tes) ceux et celles qui -dans chaque canton ou village du Pays Basque nord- ont envie d’apporter leur contribution à cette campagne d’aider ainsi à sa réussite globale (pour rentrer en contact avec l’organisation de la traversée et de ses différentes étapes locales, téléphoner au 06 74 75 57 70)

- les 6 et 7 novembre en Iparralde, un Forum sur le réchauffement climatique, les fausses solutions à cette question et les alternatives globales et locales réelles.





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Source : Hebdomadaire Alda du 10 septembre 2009. http://www.mrafundazioa-alda.org/ar...

Ecouter aussi : Pourquoi se mobiliser pour Copenhague ? http://www.reporterre.net/spip.php?...

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