Haut-lieu de la lutte contre le charbon, le bois de Hambach est désormais protégé
Des activistes dans la forêt de Hambach durant une mobilisation, en 2018. - © Christophe Gateau / DPA / AFP
Des activistes dans la forêt de Hambach durant une mobilisation, en 2018. - © Christophe Gateau / DPA / AFP
Le petit bois millénaire de Hambach, en Allemagne, sera désormais une zone naturelle protégée. Il était devenu une zad contre le charbon et un lieu de lutte fondateur pour les mouvements écologistes des dernières années.
Berlin (Allemagne), correspondance
Le bois de Hambach, longtemps zad contre l’industrie du charbon, est sauvé ! La nouvelle du classement à venir en zone naturelle protégée de cette parcelle de bois de tout juste 500 hectares a fait les titres des grandes chaînes de télévision allemandes. Elle est aussi venue fortifier les militants climatiques de tous acabits, alors même que la lutte contre les énergies fossiles et le retour du gaz a repris de plus belle.
« La forêt de Hambach est considérée dans le monde entier comme le symbole d’une résistance sociale couronnée de succès contre la destruction de la nature et en faveur de la protection du climat. Il est désormais temps qu’elle puisse redevenir simplement une forêt », s’est réjoui Dirk Jansen, responsable régional de l’ONG environnementale Bund pour le bassin rhénan, présent le mardi 9 juin dernier, lors de l’annonce de la décision dans les locaux du ministère régional de l’Environnement du Land de Rhénanie du nord – Westphalie (NRW).
Des années d’occupation
Le bois de Hambach est situé en bordure de la plus grande mine de lignite à ciel ouvert d’Europe (46 km2) entre Cologne et Aix-la-Chapelle. Il est l’un des ultimes vestiges d’un massif forestier vieux de 12 000 ans. D’une superficie d’environ 5 000 hectares à la fin des années 1970, le bois ne fait aujourd’hui plus qu’un dixième de sa surface d’origine. Et il a bien failli être entièrement dévoré par les excavatrices de RWE, premier exploitant de centrales à charbon d’Allemagne.
C’est dans les années 2000-2010 que des militants de Greenpeace et du Bund ont commencé à l’occuper, construisant cabanes et tunnels malgré les premières expulsions. D’abord zad locale, le site est devenu un symbole national à partir de 2015 avec la création d’Ende Gelände, qui a intensifié la désobéissance civile et mobilisé jusqu’au-delà des frontières au moment où l’Allemagne débattait de la sortie du charbon.
Un mort pendant une expulsion
Le conflit a culminé en 2018 quand RWE a cherché à prolonger l’exploitation, soutenue par des décisions de justice autorisant le défrichement. À l’automne, une vaste opération policière d’expulsion de la zad a été marquée par la mort accidentelle de l’étudiant Steffen Meyn, militant et photographe, qui a chuté d’une plateforme.
La dynamique s’est rapidement inversée : un tribunal a suspendu l’exploitation, les manifestations ont gagné en légitimité et un compromis national prévoyant, entre autres, la fermeture de la mine de Hambach à l’horizon 2029.
« C’est dans le bois de Hambi que de nouvelles générations ont découvert la protestation pour le climat. C’est grâce à la défense réussie d’une petite parcelle de forêt située quelque part en Allemagne, que presque personne en dehors de la Rhénanie ne connaissait auparavant, que le mouvement pour le climat s’est transformé en un mouvement de masse », avait commenté à l’époque Tadzio Müller, cofondateur d’Ende Gelände.
« Il faut laisser le bois se développer en tant qu’espace sauvage, à l’abri de toute exploitation »
Le bois de Hambach va être agrandi et transformé en zone naturelle protégée vouée à « l’ensauvagement ». L’annonce a été faite le 9 mai par le Land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, après le transfert du site de RWE au domaine public en 2025 et les travaux d’un groupe réunissant les représentants du Land, de RWE Power et des ONG.
Pour sa part, Dirk Jansen ne veut pas baisser la garde et se méfie de la transformation du bois en alibi écologique. « Il faut laisser le bois se développer en tant qu’espace sauvage, à l’abri de toute exploitation. Cela exclut toute utilisation détournée de sa vocation initiale, ainsi que toute infrastructure touristique lourde dans la forêt et ses environs », a-t-il rappelé.
Sauf que pour renaturer le gigantesque site de la mine de Hambach, la région et RWE comptent remplir la mine avec de l’eau du Rhin, un fleuve de plus en plus vulnérable aux épisodes de sécheresse et de basses eaux. L’opération doit durer 40 ans et déboucher sur la création d’une grande zone naturelle… avec sa marina et sa base de loisirs.