123
Média indépendant à but non lucratif, en accès libre, sans pub, financé par les dons de ses lectrices et lecteurs

Énergie

En Allemagne, une semaine de mobilisation pour défendre les énergies renouvelables

La ministre de l’Économie conservatrice Katherina Reiche prépare deux projets de loi qui prévoient notamment la construction de nouvelles centrales à gaz, le ralentissement de la construction de l’éolien terrestre ou encore la suppression des subventions pour les installations solaires des particuliers.

Outre-Rhin, une coalition d’organisations environnementales lance une mobilisation massive contre la ministre de l’Économie qui accumule les projets de loi profossiles. Le conflit divise aussi profondément le gouvernement.

Berlin (Allemagne), correspondance

Des vivats bruyants pour les énergies renouvelables, des huées furieuses pour la ministre de l’Économie conservatrice Katherina Reiche ! Samedi 18 avril, le « tempo » de la manifestation berlinoise, qui a réuni près de 20 000 personnes sous le slogan « Défendons les énergies renouvelables » était clairement binaire. Sur les affiches, Mme Reiche était aussi une cible pour les caricaturistes. Avec la ministre en version « Œil de Sauron » ou en sorcière ajoutant du pétrole et du gaz dans le brouet saumâtre des énergies fossiles.

« Cette détestation est facile à comprendre. Notre ministre prépare des projets de loi qui veulent freiner les énergies renouvelables partout où cela est possible. Ceci juste au moment où la guerre en Iran et le blocage du détroit d’Ormuz montrent notre grande vulnérabilité énergétique. C’est pour cela que nous sommes dans la rue aujourd’hui », résume la journaliste et influenceuse environnementale Marisa Becker, venue de sa région de Saxe pour manifester devant le ministère de l’Économie.

Outre-Rhin, une coalition de grandes organisations environnementales — telles que Greenpeace, le WWF, Fridays for Future ou le réseau Campact — a décidé de lever la voix en mobilisant les partisans des énergies renouvelables pour une semaine de manifestations. Celle-ci a démarré samedi 18 avril, avec près de 80 000 personnes dans les rues de Berlin, Munich, Hambourg et Cologne. Elle s’achèvera le 24 avril par des mouvements de protestation sur tout le territoire.

Samedi 18 avril, 20 000 personnes ont défilé à Berlin sous le slogan «  Erneuerbare Energien verteidigen  » («  Défendons les énergies renouvelables  »).

Le dernier sondage en date tend à montrer que le moment est bien choisi. En effet, selon l’institut Insa, les Allemands semblent partagés sur la transition énergétique avec 43 % qui la jugent plutôt positive, contre 42 % qui la croient plutôt négative. 47 % des personnes interrogées restent néanmoins favorables à un développement accru des énergies renouvelables, qui assurent 58 % de la production nationale d’électricité (février 2026), et de l’indépendance énergétique. 26 % ne souhaitent aucun changement pendant que 16 % aimeraient tout arrêter.

Sur la tribune berlinoise, le biologiste Christoph Bautz, secrétaire général de Campact, n’a pas manqué de rappeler que « la flambée des prix de l’énergie nous montre à quel point le choix des énergies fossiles conduit à s’exposer à des risques incalculables qui touchent en premier lieu les revenus modestes, les retraités ou ceux qui doivent se déplacer pour leur travail ».

« Comment ne pas faire le choix des énergies renouvelables qui sont synonymes d’une “écologie de la liberté” et d’une industrie propre et prospère ? » martèle-t-il en annonçant des actions auprès des élus locaux « dans toutes les circonscriptions électorales », ainsi qu’une autre grande manifestation nationale contre le gaz pour le 30 mai.

Bras de fer entre le SPD et la CDU

Le bras de fer engagé dans la rue vient s’ajouter à celui qui se joue déjà dans les couloirs du gouvernement. Pour la ministre Reiche, qui a dirigé pendant plus de dix ans l’important distributeur de gaz Westenergie, c’est la marche vers le tout renouvelable qui est responsable de tous les maux. Responsable des prix élevés de l’énergie avec des aides aux renouvelables qu’elle juge excessives et mal orientées. Responsable aussi de l’instabilité des réseaux électriques, à cause d’une production tributaire des aléas climatiques.

La ministre préconise, sous couvert d’une prétendue « ouverture technologique », la mise en place d’un mix énergétique varié incluant le maintien des énergies fossiles, le gaz en premier lieu, et pourquoi pas, un jour, le nucléaire via les miniréacteurs SMR.

Lire aussi : 12 jours de voiture par personne et par an, cette mesure qui divise l’Allemagne

Aujourd’hui, elle est sur le point de boucler deux projets de loi qui prévoient notamment la construction de nouvelles centrales à gaz au détriment des technologies de stockage, le ralentissement de la construction de l’éolien terrestre ou encore la suppression des subventions pour les installations solaires des particuliers.

Vendredi 17 avril, le vice-chancelier et ministre des Finances Lars Klingbeil, chef du SPD, a donc choisi son camp. Il a fait savoir que son ministère examinait la possibilité d’opposer un veto aux projets de loi de Katherina Reiche qui sont suspendus pour l’instant. « Le développement des énergies renouvelables ne doit pas être stoppé — ceux qui le freinent nuisent à l’Allemagne », a expliqué le ministre, qui ouvre ainsi un nouveau front de taille entre le SPD et la CDU au sein de la coalition gouvernementale.

legende