Corinne Lepage rêve toujours de croissance

Durée de lecture : 9 minutes

7 septembre 2009 / Superno

Quand Superno entend les mots « développement », « relance », et « croissance », il voit rouge. Ce que n’est pas le Modem, assurément.


Je poursuis la série sur les (més)alliances de carpes et de lapins entre PC, P”S”, Modem et “Verts”, et sur les écotartuffes en général.

Aujourd’hui, je vais parler du Modem, et de sa spécialiste en écologie : Corinne Lepage. Elle a donné ce dimanche une petite interview sur RFI, que je vous invite à écouter (ça dure environ 9 minutes) :

Elle (ou un communicant du Modem) a ensuite floodé Twitter en découpant son discours en pièces de moins de 140 caractères… Remarquez, sans cela, ce billet n’aurait jamais vu le jour !

Premier leitmotiv : le projet : “les discussions sur les alliances sont de second ordre par rapport au projet”, et “on ne gagne pas sans un projet.” Oui, difficile d’être en désaccord avec ça. (Sauf au parti “socialiste”, bien entendu…). Elle parle même d’un “projet du 21e siècle” (ça tombe bien, nous y sommes indubitablement), qui serait “démocrate” (les projets dictatoriaux sont tout de même assez minoritaires) et “écologiste” (ils le disent tous en ce moment !)

Je me suis souvent moqué du Modem. Sans remords. Notamment dans ce billet , dans lequel je m’étonnais du décalage entre l’apparente exaltation de ses militants, et l’absence totale de caractère exaltant dans la ligne politique de ce parti de droite mollassonne.

Bon alors, il est où, ce projet ? Désolé, je ne l’ai pas trouvé… Il reste à construire, sans doute… Ah tiens, tout de même, quelques “principes fondateurs” sur le site du Modem. Bon, c’est très général et baratineur, mais deux articles sont tout de même assez inquiétants :

VI L’essor de la société démocratique repose sur la dynamique d’une social-économie durable, économie de création, entreprenante et réactive, à haute exigence sociale, visant au développement durable”. Ben si ça vise au développement, c’est une économie de croissance. Qui ne peut pas être durable. C’est donc de la croissance avec un cache-sexe. Un bon point pour s’allier aux Verts et/ou au P”S” donc.

VII- Le développement de la social-économie exige la liberté et la responsabilité des acteurs économiques, mais aussi des acteurs sociaux, civiques et associatifs.” Attends voir, un doute m’habite… “La liberté des acteurs économiques”. C’est plus connu sous un autre nom, ça… Ne serait-ce pas le “libéralisme“ ? Et pour la “responsabilité”, est-ce que la charte du MEDEF sera suffisante ou faut-il ajouter une ou deux virgules ici ou là ?

Du coup, quand Corinne Lepage dit qu’”Être anti-sarkosyste primaire ce n’est pas intéressant. Ce qui est intéressant c’est de montrer en quoi le projet est alternatif”, je suis pris d’un doute. Je ne vois pas en quoi un projet qui a pour principe la croissance et le libéralisme, même soi-disant “responsables” et “durables” pourrait être intéressant, alternatif ou révolutionnaire, puisque c’est à peu près ce que disent aussi l’UMP et le P”S”. Elle est d’ailleurs plus proche des Verts que du P”S”, Car elle ajoute “Il faut créer une majorité pour gouverner qui nous entraîne plus vers la gauche, mais en gardant ce que nous sommes. Si nous devenons un PS bis, le MoDem n’a plus d’intérêt”. La question à se poser serait plutôt de savoir s’il en a jamais eu un…

Et puis je m’inscris en faux, être antisarkozyste primaire, c’est intéressant, et c’est même indispensable ! Mais attention, antisarkozyste, c’est pas seulement être anti-bling-bling, ou contre les outrances style bouclier fiscal ou gamin de 3 ans en rétention, qui relèvent du truisme. Mais en vertu du système proposé par Hervé Kempf “Pour sauver la planète, sortez du capitalisme”, être anti-sarkozyste, c’est d’abord s’opposer au libéralisme, à ses dogmes (suppression des fonctionnaires, casse des services publics, diminution de toute forme d’aides sociales (sécu, retraites) et des “charges” sur les entreprises…), à ses moyens (les traités européens, la pub, la propagande), et à ses fins (la croissance perpétuelle, le gavage des actionnaires…).

Or je ne sache pas que Corinne Lepage, pas plus d’ailleurs que les autres dirigeants du Modem (comme la giscardo-barro-lecanuetiste Marielle de Sarnez ou le banquier Jean Peyrelevade), aient l’intention de renoncer à tout cela, bien au contraire ! Et même si elle peut, à titre personnel, avoir des opinions originales (sur la Taxe Tobin par exemple), ce n’est pas pour autant que cela reflète la ligne de ce vieux parti de droite plan-plan, même repeint à la hâte en orange…

Je ne vois donc pas d’antisarkozysme là-dedans, mais plutôt du parasarkozysme !

“Il y a plus de points qui nous rapprochent du PS que de l’UMP. Heu… Ne serait-ce pas seulement parce que Sarkozy, aussi minuscule soit-il, bouche tout l’horizon à droite ? Et que la seule possibilité pour un politicien de droite qui ne voudrait pas faire allégeance à Sarkozy mais voudrait néanmoins se faire élire, serait de faire mine d’être un peu plus à gauche, même au prix de quelques contorsions et quitte à prendre quelques libertés avec la réalité ? Exactement ce que Marie-Ségolène Royal a pathétiquement tenté de faire entre les deux tours de la présidentielle ?

Et elle ajoute “Je suis favorable à un rapprochement avec Europe Ecologie pour créer cette 3e voie“ : L’illustration parfaite du “théorème de Cohn-Bendit”, qui fut le prétexte du billet précédent : « Vous voulez avoir une majorité, oui ou merde ? S’il faut ajouter le Modem, on ajoute le Modem. Si vous voulez une majorité, il faut aller chercher les gens où ils sont, et non pas là où vous êtes ! »

Brassant les vieilles fadaises de Bayrou, elle assure que “la vraie alternative est de sortir du débat gauche / droite”. Je ne sais pas dans quel monde elle vit, Madame Lepage ! Certes, elle paie l’impôt sur la fortune et ne doit pas avoir une vision très précise de la situation sociale. Mais outre le fait que ce genre d’affirmation est toujours proférée par des gens de droite, qu’elle est surtout la conséquence regrettable de la droitisation forcée du P”S”, et qu’elle vise à la disparition de la Gauche, elle est de manière criante contredite par la réalité !

Rappelons aussi que Corinne Lepage fut en 2002, candidate “écolo” clairement identifiée “de droite”, envoyée en mission commando par Chirac pour torpiller les “vrais” écolos !

“Dans le civil”, elle est avocate, spécialiste de l’environnement. Ce qui lui confère une compétence certaine dans ce domaine, et ce n’est évidemment pas le cas de tous les politiciens qui grouillent sur ce sujet à la mode ! On peut aussi lui faire crédit d’être contre les OGM et contre le nucléaire. Encore que, au passage, il faudrait qu’elle nous explique comment, sans le nucléaire, elle arrivera à combler la demande d’électricité en perpétuelle augmentation inhérente à une société “croissantiste”… Bref.

J’ai aussi appris au cours de cette interview qu’elle était favorable au principe de la Taxe Tobin, cette taxe sur les transactions financières autour de laquelle s’est jadis montée l’association (de Gauche) ATTAC. Cette taxe était plus ou moins tombée dans les oubliettes, et je suppose que c’est la “crise financière” qui l’a ressuscitée… Juste un détail : quel taux préconise ATTAC ? Quel taux préconise Madame Lepage ?

Elle est aussi favorable à une taxe carbone, mais pas à la scandaleuse “taxe Sarkozy-Rocard”. Et elle s’explique, sur le site du Modem. Pour l’anecdote, soulignons que malgré toute sa compétence, elle commet la même erreur que Christine Lagarde, en mélangeant les euros et les centimes d’euros par tonne… Elle juge que 14 centimes d’euros la tonne (valeur qui risque d’être retenu par Sarkozy), c’est insuffisant face aux 32 proposés par Rocard. Elle aurait pu ajouter que Jancovici, qui lui ne s’encombre certes pas de préoccupations sociales, évoque pour une efficacité optimale 1000 ou 1500 euros la tonne [EDIT : comme je l’ai expliqué dans le billet sus-cité, Jancovici parle en tonnes de carbone, ce qui équivaut à 300 ou 400 euros la tonne de CO2, soit encore plus de 10 fois ce que propose Rocard et plus de 20 fois ce qui va être retenu !]

Voici donc sa conception de la “taxe carbone” : “Je fais partie de ceux qui pensent qu’il faut redistribuer (la taxe carbone) dans un but social, c’est-à-dire aider ceux qui sont les plus démunis d’abord à supporter le poids supplémentaire que cela représente, et surtout à pouvoir changer : changer de chauffage, changer de voiture, de manière à finalement abaisser sur la durée le coût supporté par le ménage.”

Bon, on pourrait ergoter sur le fait que commencer une phrase par “je fais partie de ceux qui pensent” est inutilement pompeux, et n’apporte guère plus d’information qu’un simple “je pense”. On pourrait surtout se demander en quoi le fait de subventionner une nouvelle voiture, quand on connaît le coût environnemental de sa fabrication, peut être “bon pour l’environnement”. D’autant que l’économie en carburant (et donc en CO2) par rapport à une vieille guimbarde reste le plus souvent anecdotique.

Mais là où on comprend qui est Madame Lepage et ce qu’est le Modem, c’est en lisant la suite :

“Si cette taxe est compensée “convenablement sur le plan social”, “c’est une occasion absolument formidable de relancer de l’activité économique dans notre pays, de relancer de l’industrialisation sur les économies d’énergie et l’efficacité énergétique, ça peut être un accélérateur de sortie de crise”.

Ite, missa est. Elle veut “relancer”. Toujours et encore. Sans fin. Le mythe de la “Croissance Verte”. Elle n’a rien compris. Rien de plus que les autres.




Source : http://www.superno.com/blog/2009/09...

Lire aussi : Pour faire perdre la gauche, alliez-vous au centre http://www.reporterre.net/spip.php?...

Lire aussi : La croissance n’améliore pas l’environnement http://www.reporterre.net/ecologie/...

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