Couleuvres à neutrons

1er juillet 2012 / Hervé Kempf



Un nouveau type de surgénérateur est lancé le 26 juin. La sortie du nucléaire attendra...


Le 19 juin 1997, le premier ministre, Lionel Jospin, annonçait la fermeture du surgénérateur Superphénix. Le 26 juin 2012, aucun ministre du gouvernement socialo-écologiste n’a annoncé la signature d’un contrat pour construire un surgénérateur à Marcoule. Il est donc revenu au Commissariat à l’énergie atomique (CEA) et à Bouygues Construction d’informer de leur accord pour concevoir le prototype Astrid, réacteur à neutrons rapides refroidi au sodium. Le rejeton de Superphénix aura une puissance de 600 mégawatts, ce qui est une échelle industrielle. Il s’agit, écrit le CEA, du « développement d’une filière de réacteur à neutrons rapides ». Par une délicate attention, les études sont censées s’achever en 2017, terme du mandat présidentiel de M. Hollande, avant une « mise en service à l’horizon 2020 ».

On se souvient peut-être qu’en novembre 2011, le Parti socialiste et Europe Ecologie-Les Verts (EELV) ont signé un « accord national de majorité ». Le texte comprenait la phrase : « Aucun nouveau projet de réacteur ne sera initié. » En bon français, cela voudrait dire que rien ne sera enseigné à ces projets mais, enfin, la langue a évolué, et maintenant « initier » signifie, indique le dictionnaire Larousse, « Mettre en route, prendre l’initiative d’un processus ».

La « conception du prototype » était prévue dans une loi de 2006 et dans une convention entre l’Etat et le CEA signée en 2010. On peut donc juger que l’accord de collaboration s’inscrit dans le déroulement d’un processus déjà « initié ». Mais cet accord de collaboration n’est-il pas une « mise en route » ? Auquel cas, il s’agit bien « d’initier » un projet de réacteur.

Au demeurant, la matière doit être appréciée au regard de l’esprit du texte signé par le PS et EELV. Le lancement d’Astrid ne pouvait-il pas attendre ? La nouvelle ministre chargée de l’énergie, Delphine Batho, nommée le 21 juin, a-t-elle été informée par le CEA, avant sa signature le 26 juin, de cet accord aux conséquences évidemment politiques ? EELV juge-t-il qu’il ne s’agit pas là de « l’initiation d’un projet de réacteur » ?

Le député (EELV) Denis Baupin découvre l’affaire. Il réagit : « Il est surprenant de lancer un tel chantier avant qu’ait eu lieu le grand débat annoncé sur la transition énergétique. C’est comme si l’on en anticipait les résultats. »

Les biologistes s’interrogent : combien de couleuvres un organisme peut-il avaler avant de se sentir vraiment mal ?





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Source : Cet article est paru dans Le Monde daté du 1 juillet 2012

Complément d’info : Un documentaire video de Dominique Martin-Ferrari, La fin des surgénérateurs

Lire aussi : PS et écolos : bras de fer sur le nucléaire

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