Dans le Lot, une usine empoisonne le voisinage dans l’impunité

Durée de lecture : 2 minutes

9 octobre 2013 / Robins des Bois

Dans le Massif Central, une usine transforme les traverses de chemin de fer en charbon de bois. Ces traverses sont imprégnées de créosote, une substance cancérigène, et devraient être traitées dans une filière spécialisée. Mais cela n’émeut pas les autorités, qui ne ferment pas cette usine, au détriment de la santé des ouvriers et des riverains.


Ils travaillent sans masques, sans gants, torse nu, la clope au bec, au contact cutané et par inhalation de poisons. Ce n’est ni à Alang (Inde) ni au Bangladesh, c’est à Laval-de-Cère (Lot) aux confins du Massif Central, aux bords de la Cère, affluent du Lot. Depuis dix ans, Sidénergie transforme les traverses de chemin de fer créosotées en charbon de bois pour barbecue grâce à une dérogation du Conseil Supérieur de l’Hygiène Publique en France.

Depuis dix ans, Robin des Bois réclame d’urgence la fermeture de ce scandale industriel et sanitaire. Elle était finalement prévue pour juillet 2013 au grand soulagement des habitants de la vallée qui se plaignent de fumées sales et d’odeurs nauséabondes.

Mais ça continue encore grâce à l’inertie des autorités régionales et du député local, grâce au chantage à l’emploi, grâce à un trafic avec des paysagistes.

La fermeture immédiate de ce bagne s’impose. Mais fermer n’est pas suffisant. Il faut le sécuriser, séparer les montagnes de traverses pour éviter les incendies, les évacuer, analyser les sols et les eaux de la Cère et dépolluer cet ancien site électrométallurgique de Péchiney.

La gestion du million de traverses en bois retirées des voies chaque année expose l’environnement et la santé publique à la prolifération de la créosote. Cette substance est considérée comme cancérogène. Dans la vie courante, elle expose les particuliers à des vapeurs et des inhalations qui déclenchent des migraines, des insomnies, des irritations oculaires. Chaque traverse est un déchet dangereux selon la réglementation européenne et française.

Les ouvriers de Sidénergie ne sont pas les seuls à être exposés aux risques de la créosote. Les traverses de chemin de fer continuent à déferler dans les jardins, les lotissements, autour des piscines, dans les terrasses et les maisons. Elles restent vendues dans l’illégalité sans que l’acquéreur soit par contrat informé des risques sanitaires et de son obligation, en fin d’usage, de les éliminer dans une filière réglementaire.

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Complément d’information

Dossier : Déchets dangereux : le cas des traverses de chemins de fer traitées à la
créosote et des autres bois traités à l’arsenic.



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Source et photos : Courriel à Reporterre de Robins des Bois

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