Dans les Vosges, manifestation contre le trop-plein de poids lourds

Durée de lecture : 6 minutes

10 mars 2012 / Association du Massif vosgien

Où l’on découvre que la privatisation d’un tunnel - financé en bonne partie par des fonds publics - provoque des embouteillages de poids lourds sur les routes alternatives...


L’Association du Massif Vosgien (AMV) organise une manifestation, avec blocage de circulation, au col de Bussang le mardi 13 mars, de 10h à 13h, en liaison avec les élus des vallées concernées.

Il s’agit de rendre publique l’incapacité des pouvoirs publics et de trouver des solutions raisonnables (et non coûteuses) aux graves problèmes de circulation dans le massif. L’AMV a écrit aux candidats à l’élection présidentielle la lettre que voici :

.......................................

Mesdames, Messieurs les
candidats à la présidentielle 2012

Les cols du Massif Vosgien sont depuis longtemps des lieux de passage d’une importante circulation de poids lourds en transit, allant de l’Alsace à la Lorraine et vice versa, mais aussi venant de plus loin et allant plus loin. Cette circulation trop importante génère de grands problèmes dans des vallées étroites et très urbanisées où existent peu de déviations : problèmes de sécurité, nuisances sonores, pollution atmosphérique et coût financier d’entretien des routes pour les communes situées sur ces axes.

Plus de 100 000 habitants en subissent chaque jour les nuisances

Lors de la fermeture du Tunnel de Sainte-Marie en 2000, nos cols et nos routes ont été saturés par un trafic routier encore plus dense, heureusement atténué par une nouvelle réglementation mise en place en 2000, utile mais très insuffisante :
- Elle permet par exemple à un poids lourd qui vient de très loin de passer par nos cols s’il s’arrête en Alsace-Lorraine,
- Celle concernant le trafic de nuit et celle concernant les matières dangereuses apparaissent comme beaucoup trop laxistes et incomplètes en laissant place à de trop nombreuses dérogations.

C’est pourquoi, les élus du Massif Vosgien, regroupés dans l’Association du Massif Vosgien (AMV), se sont battus pour que les travaux s’effectuent le plus rapidement possible pour mettre aux normes le tunnel de Sainte-Marie qui devait prendre une part notable du trafic interrégional dans le cadre d’un schéma d’ensemble, défendu par tous les élus du Massif, sans exception, et repris en 2003 dans le cadre du schéma national de service, malheureusement abrogé en 2007.

Nous défendions et nous défendons toujours quatre niveaux de service pour la circulation des poids lourds dans le Massif :

- 1er niveau : Le trafic de poids lourds de grand transit doit être totalement interdit dans le Massif vosgien et dévié vers le nord (A4) et le sud (RN 19), ce qui implique d’améliorer les aménagements routiers sur ces axes ;

- 2e niveau : Le tunnel de Sainte-Marie-aux-Mines doit être principalement orienté pour accueillir uniquement le trafic interrégional de poids lourds ;

- 3e niveau : Les cols principaux (Bussang, Bonhomme et Saâles) doivent être strictement réservés à un trafic de poids lourds de cabotage interdépartemental ;

- 4e niveau : les autres cols ne doivent accepter qu’une circulation strictement locale.

Ces restrictions ne devraient pas concerner l’accès aux entreprises du Massif qui doit bien entendu être totalement libre en journée.
Par contre, le trafic de nuit des poids lourds de toute sorte et le transport des matières dangereuses doivent être totalement interdits, sauf cas très particulier.

En 2010, deux ans après la réouverture du tunnel, la situation du trafic des poids lourds dans le massif vosgien n’a pas du tout évolué : les trois grands cols du massif que sont Le Bonhomme, Bussang, Saâles voient passer chaque jour plus de 1000 camions par col, alors que le tunnel n’accueille pas plus de 180 camions quotidiennement. Et les petits cols connaissent toujours une circulation de transit.

Il y a là une situation ubuesque et totalement contraire à une démarche de développement durable :

- le tunnel, un équipement coûteux (plus de 200 millions d’euros), concédé à une société privée (APRR) mais financé en partie par les fonds publics n’est que peu utilisé ;

- à l’inverse, le gros des flux des poids lourds traverse encore des vallées très encombrées, avec de fortes nuisances (il y a des villages traversés par plus de 1 500 camions jours, qui circulent à ras les maisons).

La cause de cette situation est connue par tout le monde :

- le prix du tunnel est trop élevé pour les transporteurs, 57 euros pour un seul aller pour un poids lourd alors que les transporteurs indiquent que le prix ne devrait pas excéder 30 euros, ce qui correspond à leur surcoût de passage dans les cols ;
- la réglementation concernant le trafic dans les cols vosgiens est trop laxiste.

En janvier 2011, suite à la rencontre d’une délégation d’élus de l’AMV avec Mme la Ministre de l’Environnement et des Transports, Nathalie Kosciusko-Morizet, un Inspecteur Général a été nommé, Monsieur Sicherman.
Il devait rencontrer les différents acteurs concernés, puis rendre un rapport au mois de mai. Ce rapport a finalement été présenté lundi 28 novembre 2011 par les Préfets des Régions Alsace et Lorraine, sans que l’AMV ne soit invitée, alors même qu’elle avait initié ce projet !

Nous découvrons ce rapport avec intérêt d’une part, et stupéfaction d’autre part :

- on voit s’esquisser un premier schéma cohérent de circulation des poids lourds qui concerne le nord et le centre du massif vosgien (les cols du Bonhomme et de Saâles), avec une réglementation stricte réservant l’accès aux cols au trafic de cabotage local et avec une baisse substantielle du prix du tunnel pour les flottes poids lourds ayant souscrit un abonnement. Aussi, le col du Bonhomme devrait perdre 600 camions par jour, et le tunnel de Sainte-Marie en gagner 400.

- par contre, le col de Bussang ne serait pas réglementé. Il devrait, selon le rapport, voir sa fréquentation augmenter de 200 à 300 camions de plus par jour, alors même que les vallées concernées sont déjà les plus encombrées du massif (Le Thillot, bourg très étroit et non dévié, et Thann, ville très étroite avec 24 000 véhicules/jour, non déviée) et les normes de pollution sont déjà largement dépassées en bas de vallée.

Cette proposition concernant le col de Bussang est inacceptable pour les élus du massif vosgien : elle a comme conséquence de rendre le schéma d’ensemble incohérent.

En effet, la réduction du tarif du tunnel ne sera conséquente qu’à partir de 15 passages par mois pour les flottes poids lourds ayant souscrit un abonnement. Ce qui laisse penser que les transporteurs non réguliers - de plus en plus nombreux- n’emprunteront pas le tunnel mais choisiront plutôt le col de Bussang ou passeront en fraude dans l’un des deux autres cols. Le chiffre d’affaires de la société APRR n’en sera donc pas suffisamment augmenté et la société concessionnaire n’aura plus qu’à augmenter à nouveau le prix à la suite des deux ans d’expérimentation proposés.

Aussi, les populations et les élus du Massif Vosgien s’impatientent alors qu’une solution raisonnable s’impose qui, de plus, ne coûte rien au contribuable national, mais demande de la pensée et du courage politique.

C’est pourquoi aujourd’hui, en tant que candidat à l’élection présidentielle, nous voulons connaître votre position sur le schéma d’ensemble de la circulation des poids lourds dans le massif vosgien.



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Complément d’infos : http://www.vosges-ecologie.net/fich...

Contact : François Tacquard, président de l’AMV : assocmassifvosgien (at) orange.fr

Ecouter aussi : Pourquoi la taxe poids-lourds n’est-elle pas écologique ?

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