De Hiroshima à Fukushima

Durée de lecture : 2 minutes

18 avril 2011 / Makoto KATSUMATA 



« Rendez-nous la terre, la mer et l’homme »


Il m’est arrivé par une belle journée ensoleillée de remonter en Shinkansen (le TGV japonais) toute la côte du Pacifique, de Hiroshima à Tokyo. Je regardais par la fenêtre les paysages qui défilaient : les rizières bien cultivées ou abandonnées, les forêts tantôt bien entretenues, tantôt presque sauvages, les maisons aux toits couverts de diverses sortes de tuiles, le tout encadré dans un décor de montagnes dont les pentes descendent jusqu’au littoral. Je me suis alors demandé, pourquoi et comment, nous, les Japonais, avons-nous entrainé ce beau pays dans une guerre avec d’autres pays d’Asie, une guerre dont la phase finale reste mondialement connue sous le nom de Hiroshima ?

Et le 11 mars 2011. Le nom de Fukushima est devenu à son tour mondialement connu en raison du grand malheur survenu dans notre pays. Je me suis à nouveau demandé pourquoi et comment nous, les Japonais, avons-nous à nouveau mis un si beau pays dans un tel état ?

Fuksuhima s’écrit avec deux caractères chinois qui signifient “une île heureuse”. (福島) C’est nous-mêmes qui avons rendu cette île malheureuse parce que nous avons cru dans les normes de sécurité de la production de l’énergie nucléaire et parce que nous nous sommes habitués à un mode de vie toujours plus aisée matériellement.

Fukushima nous oblige à interroger la scientificité de la sécurité de l’énergie nucléaire pour la survie de l’humanité. Comme Hiroshima nous a fait interroger les scientifiques sur le sens des armes nucléaires.
Nous avons cru à la sécurité annoncée par les experts. Mais croire pour quelle raison ? Croire est un acte qui donne du sens au monde. Il ne peut en aucun cas être réservé aux seuls scientifiques. C’est du ressort de l’homme même, seul animal qui vit du sens qu’il donne au monde.

Il y a 60 ans, un « hibakusha », comme nous appelons les victimes survivantes de la bombe atomique d’Hiroshima, Sankichi Toge, a crié dans ses poèmes : ”Rendez-nous l’homme ! ” (にんげんをかえせ). Aujourd’hui, nous devons crier face à l’évènement de Fukushima : “Rendez-nous la terre, la mer et l’homme ! ”(だいちとうみとにんげんをかえせ)






Source : Courriel à Reporterre.

Se définissant volontiers comme un « écolo-économiste », Makoto Katsumata est professeur à la faculté des études internationales de l’université Meiji Gakuin, à Yokohama. Ses travaux portent sur l’économie politique internationale, l’économie du développement, l’Afrique et les enjeux environnementaux. Il a présidé l’Institut d’études sur la paix internationale (PRIME) de l’université Meiji Gakuin entre 1998 et 2009.

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