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Monde

Débat Trump-Harris : pourquoi ils n’ont presque pas parlé d’écologie

Débat entre Donald Trump et Kamala Harris le 10 septembre 2024.

L’écologie a été quasi absente du débat entre les candidats à la présidentielle étasunienne Donald Trump et Kamala Harris, le 10 septembre. En parler serait un risque pour la Démocrate, qui cherche à attirer les voix des indécis.

Atlanta (États-Unis), correspondance

Pendant une heure et demie, les candidats sont revenus ce mardi sur l’immigration, l’économie ou la santé (lien de la vidéo du débat). Kamala Harris a su se montrer de taille, et a poussé Donald Trump à la défensive. Le climat, lui, a occupé seulement quelques minutes des discussions. Les candidats n’avaient qu’une minute pour répondre à la question : « Que feriez-vous pour lutter contre le changement climatique ? » Kamala Harris a vanté la politique de Joe Biden, notamment avec sa loi Inflation Reduction Act (qui prévoit de réduire de 40 % les émissions de carbone d’ici 2040), et son développement des énergies vertes. Elle s’est également targuée de l’augmentation de la production de pétrole américain, pour réduire la dépendance des importations.

Donald Trump n’a proposé aucune mesure pour l’environnement — le Républicain a tout de même concédé qu’il est « un grand fan du solaire » — tout en attaquant à maintes reprises son adversaire. Il l’a accusée de vouloir interdire le « fracking » (fracturation hydraulique), une technique d’extraction de gaz naturel. Kamala Harris a répété qu’elle ne l’interdirait pas (lors de sa campagne pour les primaires du Parti démocrate en 2019 pour l’élection présidentielle, elle avait affirmé vouloir mettre fin à cette pratique). Un des journalistes a demandé à Kamala Harris, si sur ce sujet, ses « valeurs » avaient changé. Elle a répondu que ses valeurs n’avaient pas changé, mais qu’elle ne bannirait pas la fracturation hydraulique.

En Pennsylvanie, comme dans d’autres États, les forages dégradent les forêts, les plaines ou les terres agricoles. Ecoflight

L’absence de place donnée au changement climatique lors de ce débat est à l’image de la campagne. « Je pense que les stratèges politiques Démocrates voient un risque potentiel à parler de ce sujet. Ils craignent que les indépendants, ou les Républicains modérés, qui pourraient voter pour Kamala Harris, soient réticents à cause de ses ambitions climatiques », estime Edward Maibach, professeur et directeur du George Mason University Center for Climate Change communication.

Parler d’écologie est un risque

En 2023, deux tiers des Étasuniens affirmaient vouloir atteindre la neutralité carbone d’ici 2050, selon une étude du Pew Research Center. Mais à côté d’autres thèmes de campagne, l’écologie n’est pas mise en avant. 45 % des Étasuniens interrogés affirmaient que la protection de l’environnement devrait être une priorité pour le président et le Congrès cette année, 36 % qu’il faudrait s’occuper du changement climatique, tandis que l’économie obtient 73 % des réponses, la lutte contre le terrorisme 63 % et l’immigration 57 %, selon un sondage de février 2024 du même institut.

Pourtant, en 2020, l’écologie a occupé une place plus importante dans la campagne de Joe Biden — qui une fois élu, a mis en œuvre des politiques ambitieuses. « Les électeurs préoccupés par le changement climatique sont assez satisfaits du bilan de l’administration de Joe Biden. Donc Kamala Harris peut déjà compter sur ces électeurs », explique Matt Burgess, professeur adjoint d’économie à l’Université du Wyoming, spécialisé sur la polarisation politique du changement climatique.

Lire aussi : Joe Biden, le président le plus vert de l’histoire des États-Unis

Le risque pour les Démocrates est de perdre ces électeurs. « Les Démocrates font un calcul, celui de se concentrer sur les électeurs indécis. Ils doivent estimer qu’ils sont plus précieux, qu’il est préférable de gagner une voix d’un indépendant, qui n’ira pas chez les Républicains, quitte à perdre la voix d’un électeur préoccupé par le climat. Car il y a un tel écart entre les programmes des Démocrates et des Républicains sur le climat, qu’il n’y a pas de risque que l’électeur préoccupé par le climat décide de rejoindre les Républicains », explique Christian Suarez, chercheur en politique climatique à l’University of Colorado Boulder.

Si Donald Trump se dit en faveur des industries d’énergies fossiles, il a très légèrement nuancé sa position. « Donald Trump avait qualifié le changement climatique de “blague”. Il ne l’a pas fait récemment. Je pense que lui et son équipe comprennent qu’il ne peut plus le nier, et que le faire pourrait lui nuire dans l’élection », analyse Matt Burgess. Un second mandat de Donald Trump laisse pourtant craindre le pire pour les militants écologistes, avec le risque d’une suppression des régulations environnementales et un passe-droit aux entreprises d’énergies fossiles. Pour Matt Burgess, d’un point de vue stratégique, « aucun candidat n’a intérêt à parler du changement climatique ».

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