Des milliers d’ordinateurs à recycler - et un savoir à transmettre

15 février 2014 / Jean-François Rolez et Sarah Trichet-Allaire (Snalis)



Les déchets électroniques et téléphoniques s’accumulent d’autant plus vite que les constructeurs organisent leur obsolescence rapide. En fait, il est relativement facile de prolonger leur existence, comme le montre l’association Snalis à Saint Nazaire.


- Saint-Nazaire (Loire-Atlantique), correspondance

Il est facile de prolonger la durée de vie des ordinateurs de bureau grâce à la possibilité de changer des composants relativement standardisés. Plusieurs associations proposent une alternative à ce sytème, en récupérant des ordinateurs auprès de particuliers, d’entreprises ou de collectivités, puis en les redistribuant pour une somme modique.

Elles sont regroupées sous le label national Ordi 2.0 qui, malgré le manque d’intérêt de l’État, permet une mise en réseau et une valorisation de cette lutte contre l’obsolescence programmée.

Une des ces associations, basée à Nantes, proposait un modèle permettant un essaimage sur tout le territoire : il s’agissait d’ALIS 44 (Association Libre Informatique Solidaire). Elle a inspiré la naissance de SNALIS (Saint-Nazaire Association Libre Informatique Solidaire), CALIS (Cholet Association Libre Informatique Solidaire) et NÂGA à Rezé.

Les ALIS sont des associations de petite taille n’ayant pas pour but de croître, mais de se multiplier, permettant une gestion à taille humaine. Cette multiplication permet aussi une diversité des modes de fonctionnement et de modèle économique en fonction des affinités et expériences de chacun-e.

Voici par exemple comment fonctionne Snalis.

Le don est au centre de l’association

Snalis récupère des ordinateurs, essentiellement auprès des entreprises, et, sans communication, le nombre d’ordinateurs est largement suffisant. Nous sommes dans un modèle de profusion des déchets, qui fait de l’ordinateur un objet « sans valeur ».

L’association donne ensuite ces ordinateurs à ses adhérent-es.

Le problème principal de la fracture numérique, et c’est un constat largement partagé, est moins une fracture sur l’acquisition du matériel que sur les usages. C’est pourquoi, pour une adhésion de 20 € par an (80 € pour les personnes qui le souhaitent), Snalis organise le don au sein d’un « atelier du don » de trois heures permettant une première prise en main de l’ordinateur. Ces ateliers se déroulent dans les maisons de quartier de la ville, participant ainsi à la vie de quartier. Une information sur les DEEE et sur les logiciels libres y est également présentée.

En effet, l’association a fait le choix d’un système d’exploitation libre, à la fois pour des raisons éthiques et pratiques. Éthique car les logiciels libres sont basés sur le partage des connaissances. Pratique car des ordinateurs de trois-quatre ans fonctionnent mieux sous un système libre GNU/Linux et sont plus simples d’utilisation pour des personnes débutantes, notamment du fait de l’absence de virus et de la facilité d’installation des logiciels.

L’association a développé un système d’exploitation propre basé sur Xubuntu appelé Xub.

Si des personnes le souhaitent, l’association propose également des formations complémentaires à des tarifs très accessibles (40 € pour 3h de formation par groupe de cinq personnes maximum, sur devis personnalisé ou dans le cadre des droits individuels à la formation).

Dans le cadre de son adhésion, toute personne peut également venir au local de l’association pour récupérer des périphériques dans la limite de leur disponibilité (carte wifi, imprimante, etc.) ou bénéficier du « SAD » Service Après Don pour la réparation ou l’installation.

Le reconditionnement des ordinateurs (vérification du fonctionnement matériel, formatage bas niveau - effacement total des données du disque dur par réorganisation magnétique des secteurs de la surface - du disque dur et installation du système d’exploitation) est aujourd’hui entièrement réalisé par des bénévoles, les salariés n’étant là qu’en soutien, de problème particulier et pour la coordination.

Outre ces activités, l’association est très investie dans la vie associative locale. Elle accueille en outre le GUL nazairien (groupe d’utilisateurs Linux), le N@utile, et participe à la création d’un fablab.

L’association, née en 2008, salarie aujourd’hui une personne en CDI (contrat à durée indéterminée) et deux personnes en CDD (contrat à durée déterminée).

Le Conseil d’Administration, très présent dans l’organisation de l’association, veille au respect des objectifs fondamentaux de l’association : l’acquisition d’une autonomie face à l’informatique et aux outils numériques, un esprit critique face au consumérisme numérique et la résistance à la pression de rentabilité faite aux associations par les collectivités.

Snalis commence à anticiper la fin des ordinateurs de bureau. Face aux ordinateurs portables, aux tablettes et aux smartphones, l’association propose dans le cadre de son bricolab la fabrication d’ordinateurs à très bas prix basés sur des cartes Open Source ARM type Raspberry Pi ou Cubieboard. L’organisation collective et mutualisée des usages est alors nécessaire – accès internet, groupement d’achat, lieu de rencontre et de réparation. Après l’autonomie d’usage, il s’agit d’arriver à l’auto-fabrication dans la lignée des ateliers communaux d’André Gorz.




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Source et photos : Courriel à Reporterre de Jean-François Rolez et Sarah Trichet-Allaire, administrateurs de l’association SNALIS (Saint-Nazaire Association Libre Informatique et Solidaire)

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